Commentaire de Julien
Chabbal, Président-directeur général d’Alphabet France.
La loi de Finances 2026
prolonge les évolutions engagées ces dernières années en matière de fiscalité
automobile. Elle s’inscrit dans une logique de renforcement progressif des
dispositifs existants, avec pour objectif de soutenir la décarbonation des mobilités.
Dans ce contexte, la
mobilité occupe une place croissante dans les réflexions stratégiques des
entreprises. Les décisions en la matière impliquent des arbitrages toujours
plus nombreux entre enjeux économiques, sociaux et environnementaux, dans un
cadre réglementaire en constante évolution.
Sans remettre en cause
l’orientation générale de cette trajectoire, certains ajustements pourraient
néanmoins en améliorer l’efficacité. Des dispositifs plus lisibles, progressifs
et anticipables offriraient aux entreprises une meilleure visibilité pour construire
leur stratégie de mobilité et planifier leurs investissements. Une plus grande
stabilité réglementaire favoriserait ainsi une gestion plus fluide des
renouvellements et limiterait les logiques d’attentisme.
La mobilité, un pilier
concret des stratégies de décarbonation
Le transport représente
l’un des principaux postes d’émissions de gaz à effet de serre en France : les
transports routiers représentent à eux seuls près de 30% des émissions
nationales. La transition énergétique ne peut donc se penser sans transformation
profonde des mobilités.
Dans le même temps, les
entreprises jouent un rôle majeur dans le renouvellement du parc automobile
français. Les personnes morales sont en effet à l’origine de plus de la
moitié des immatriculations de voitures particulières neuves en France. Les
choix qu’elles opèrent influencent donc directement la structure du parc
roulant et, à terme, son niveau d’émissions.
Cette responsabilité
confère à la mobilité professionnelle une véritable dimension stratégique. Pour
beaucoup d’entreprises, celle-ci occupe désormais une place essentielle dans
les trajectoires de décarbonation et s’incarne très concrètement dans leurs engagements
environnementaux : la mobilité est souvent l’un des premiers domaines où la
réduction des émissions devient tangible, mesurable et impactante.
Transformer la mobilité
implique néanmoins de continuer à répondre efficacement aux besoins des
collaborateurs. Dans ce cadre, les gestionnaires de flotte jouent un rôle
déterminant : ils doivent concilier contraintes budgétaires, choix des
motorisations, définition de la car policy et adaptation continue aux usages
réels.
La fiscalité, un
paramètre clé des arbitrages de mobilité
La loi de Finances 2026
s’inscrit dans la continuité de la trajectoire engagée depuis plusieurs années
par l’État : en 2026, pas de changement de cap, mais un renforcement marqué des
contraintes et des pénalités appliquées aux véhicules émettant des émissions de
CO2.
La pression fiscale et
réglementaire pèse donc directement sur les choix de mobilité que les
gestionnaires de flotte doivent effectuer : modèles, motorisations, catégories
de véhicules... Les durcissements successifs du malus, des taxes sur les
émissions, l’arrivée en 2025 de la TAI et les nouvelles modalités de calcul des
avantages en nature traduisent cette volonté d’orienter le marché vers des
véhicules zéro émission.
Dans ce contexte,
l’extension des dispositifs incitatifs à l’ensemble des véhicules 100 %
électriques permettrait d’atteindre plus rapidement les objectifs de
décarbonation : 67,2% des véhicules électriques proposés sur le marché français
ne sont pas éco-scorés. Adapter les critères d’éligibilité contribuerait à
démocratiser le développement de la mobilité électrique, à soutenir les volumes
et à accélérer la transition énergétique.
En complément, une mise
en place rapide de mesures de soutien aux véhicules d’occasion 100% électriques
rendrait ces modèles plus accessibles aux particuliers et permettrait à un
public plus large de s’orienter vers ce type de motorisation, ce qui contribuerait
à soutenir la transition énergétique du parc routier français.
La mobilité, reflet de
la transformation des entreprises
Au-delà du cadre
réglementaire, la mobilité s’impose comme un sujet stratégique à part entière
qui doit mobiliser plusieurs fonctions dans l’entreprise : achats, finance,
ressources humaines, RSE, direction générale, etc. : les arbitrages doivent se
faire de manière coordonnée.
La mobilité impose de
concilier performance économique, attractivité employeur et ambition
environnementale. À ce titre, l’évolution des politiques de mobilité illustre
une tendance de fond : l’intégration progressive des enjeux climatiques au cœur
des stratégies d'entreprise.
La fiscalité et la
réglementation automobile en 2026 s’inscrivent dans la continuité d’une
dynamique déjà engagée depuis plusieurs années. Leur renforcement traduit la
volonté des pouvoirs publics de faire de la mobilité un levier majeur de la
transition énergétique des entreprises.
Longtemps considérée comme un sujet opérationnel, la mobilité s’impose désormais comme une composante stratégique à part entière. Elle reflète la capacité des organisations à anticiper les évolutions réglementaires, à intégrer les enjeux environnementaux dans leurs décisions et à inscrire leurs choix dans une vision de long terme.


