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[Tribune] Projet de loi de finances 2026

Surtaxe sur les bénéfices : l’exception fiscale qui affaiblit durablement les entreprises et l’économie

 

Dans le cadre du projet de loi de finances pour 2026, le Gouvernement fait le choix de reconduire la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, initialement présentée comme temporaire. Cette décision installe dans la durée une surtaxe sur l’impôt sur les sociétés (IS), et marque un durcissement supplémentaire de la fiscalité pesant sur les entreprises françaises.

 

Cette mesure se traduit par une majoration de l’IS de 20,6 % pour les entreprises dont le chiffre d’affaires dépasse 1,5 milliard d’euros, et de 41,2 % pour celles au-delà de 3 milliards d’euros. Le taux facial de l’impôt sur les sociétés passe ainsi de 25 % à 30,1 % ou 35,3 %, et atteint près de 36 % une fois intégrée la contribution sociale.

 

Dans le commerce et la distribution en particulier, activité de volume par nature, les chiffres d’affaires sont élevés mais les marges nettes structurellement faibles, souvent proches de 1%. Dans un contexte déjà fortement contraint, cette surtaxe pèse mécaniquement sur la capacité d’investissement, l’emploi et la présence commerciale dans les territoires.

 

Un choix qui va à l’encontre de la stabilité fiscale

 

La Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD) et ses adhérents assument la nécessité d’un effort collectif pour le redressement des finances publiques et la construction du budget de l’État.

 

Pour autant, la reconduction en 2026 de la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises appelle une vive inquiétude.

 

Présentée initialement comme temporaire et ciblée, cette surtaxe intervient pour la deuxième année sans qu’une trajectoire de réduction de la dépense publique ne soit définie. Ce choix empêche la lisibilité et la stabilité pour des entreprises qui ont besoin de visibilité pour investir, innover et créer de l’emploi.

 

Le chiffre d’affaires : un mauvais critère économique

 

Le choix du chiffre d’affaires comme critère d’assujettissement ne semble pas pertinent pour mesurer la capacité d’une entreprise à payer des impôts. Pour les entreprises du commerce, concentrant déjà une fiscalité lourde, cette surtaxation n'est pas neutre : elle n'incite plus mais décourage. Un critère d’assujettissement fondé sur la rentabilité doit être intégré pour ne pas pénaliser les entreprises à forte activité mais à faible marge. Plus largement, il est indispensable d’évaluer la cohérence des fiscalités applicables aux entreprises au regard de leurs modèles économiques réels et de leur rôle dans les territoires.

 

Une compétitivité française dégradée

 

La France figure parmi les pays de l’OCDE où la fiscalité sur les bénéfices est la plus élevée, comme le rappelle un rapport statuant sur 145 juridictions. La prorogation de cette surtaxe accentue l’écart avec nos voisins européens et pénalise la compétitivité des entreprises françaises face à leurs concurrents étrangers non soumis à ce type de contribution. Les entreprises concernées sont pourtant précisément celles qui génèrent l’essentiel de l’investissement productif, de la recherche et développement et de l’emploi. Les surtaxer revient à affaiblir les moteurs de la croissance et de l’innovation.

 

La FCD appelle à une réforme de la fiscalité des entreprises fondée sur des principes de stabilité, de prévisibilité et d’équité. Il est urgent de sortir de la logique des surtaxes exceptionnelles pérennisées et de bâtir un cadre fiscal cohérent et compatible avec les réalités économiques des entreprises.

 

Judith Jiguet, déléguée générale de la FCD, conclut : « En transformant une mesure temporaire en fiscalité permanente, on envoie un signal de défiance aux entreprises qui investissent, innovent et créent des emplois en France. La compétitivité d’un pays se construit dans la durée, avec de la cohérence, avec de la stabilité. Il faut redonner aux entreprises de la lisibilité et non les décourager. Déjà confronté à un environnement fortement contraint et à un modèle économique de marges structurellement faibles, le commerce et la distribution ne peuvent pas être une variable d’ajustement budgétaire. »

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