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[Tribune] Fiducie-sûreté et dette privée : quand la robustesse juridique devient un avantage stratégique

Par Sandro Lamay Cubeddu, Directeur Juridique Fiducie chez Sanso Longchamp AM.

 

Depuis la crise financière de 2008, le financement de l’économie a profondément changé. Sous l’effet des contraintes prudentielles renforcées (Bâle III puis Bâle IV), les banques ont progressivement réduit leur exposition au risque, en particulier vis-à-vis des PME et des ETI. Ce retrait relatif a ouvert la voie à une désintermédiation bancaire massive et à l’essor rapide de la dette privée, des fonds spécialisés et de nouveaux modes de financement directs.

 

Cette évolution a une conséquence majeure : les investisseurs non bancaires doivent aujourd’hui compenser l’absence de confiance institutionnelle par une confiance juridique renforcée. Dans ce nouvel équilibre, la structuration des sûretés n’est plus un élément accessoire du financement. Elle en devient

un pilier.


C’est précisément là que la fiducie-sûreté s’impose.

 

Une sûreté taillée pour la dette privée

La dette privée est, par nature, un financement sur-mesure. Les profils de prêteurs sont hétérogènes, les stratégies multiples, les appétits pour le risque variables. Il était donc logique qu’émerge une sûreté capable d’offrir la même souplesse.

 

Le maître-mot de la fiducie est la flexibilité, elle permet d’embrasser l’ensemble des actifs et des flux d’un projet : titres, créances présentes ou futures, revenus, voire actifs immobiliers. Elle s’adapte aussi bien à un financement corporate, immobilier ou infrastructure, là où les autres sûretés sont spécialisées. Elle s’adapte aussi bien à un financement structuré en plusieurs tranches en offrant la possibilité de prévoir des rangs entre les prêteurs et potentiellement de ségréguer certains actifs au profit de certains d’entre eux qu’à une dette unitranche avec laquelle elle partage la philosophie de simplicité de mise en place et de la rationalisation de la documentation de financement. Dans ce dernier cas en effet, le prêteur unique, à la fois senior et mezzaneur, peut structurer un dispositif de sûretés cohérent, centralisé et lisible, un seul contrat de fiducie-sûreté pouvant remplacer un security package complet (nantissements, cessions de créances et hypothèques), tout en offrant une efficacité juridique supérieure.

 

Cette efficacité juridique, c’est ce qui distingue la fiducie-sûreté : elle repose sur un transfert de propriété et non sur un simple droit de préférence. Contrairement aux sûretés réelles classiques, elle confère donc au créancier un droit exclusif sur les actifs transférés, sans subir le concours de créanciers privilégiés et elle permet de ne pas subir l’effet réel des procédures collectives. En matière de taux de recouvrement, la différence est loin d’être théorique.

 

Un outil compatible avec la culture “hands on” des acteurs de la dette privée

Là où les banques redoutent traditionnellement la prise de contrôle d’un débiteur en difficulté, de nombreux acteurs de la dette privée revendiquent au contraire une approche proactive et opérationnelle. Pour ces investisseurs, la capacité à intervenir vite et à reprendre le contrôle du projet ou de l’actif financé est un facteur clé de création de valeur.

 

La fiducie-sûreté permet précisément cette réactivité. Les modalités de réalisation peuvent être entièrement aménagées contractuellement : cession des actifs par le fiduciaire ou au contraire transfert de propriété au créancier, organisation du processus de valorisation, recours à des experts indépendants, prix plancher, calendrier maîtrisé.

 

Lorsqu’elle porte sur des actions ou des parts sociales, la fiducie peut même permettre de reprendre rapidement le contrôle du véhicule portant l’actif financé, de réorganiser le management et de piloter activement le projet. Aucun autre mécanisme juridique ne permet aujourd’hui une telle efficacité, notamment en comparaison des restructurations classiques ou des debt-to-equity swaps, souvent longs et subis.

 

Une sûreté robuste rétablissant la confiance des prêteurs

La véritable force de la fiducie-sûreté se révèle dans les situations difficiles. Là où la plupart des sûretés voient leur exécution paralysée par l’ouverture d’une procédure collective, la fiducie résiste, dans la majorité des cas, au droit des entreprises en difficulté. Dans un environnement juridique historiquement protecteur du débiteur, elle fait figure d’exception.

 

Ce n’est pas un hasard si de nombreux fonds internationaux, habitués à des cadres plus “creditors friendly”, privilégient la fiducie dans leurs opérations françaises. Elle rééquilibre le rapport de force, sécurise le capital investi et offre une visibilité accrue sur les scénarios de sortie.

 

Un standard appelé à se généraliser

La dette privée française a atteint un haut niveau de maturité. Les levées de fonds sont dynamiques, les stratégies se sophistiquent, les investisseurs deviennent plus exigeants. Dans ce contexte, la fiducie-sûreté n’est plus un outil d’exception réservé aux montages complexes.

 

Elle est appelée à devenir un standard de robustesse, au même titre que certaines structures de financement aujourd’hui incontournables. Dans un marché arrivé à maturité, la performance de la dette privée ne se joue plus uniquement sur le rendement, mais sur la capacité à sécuriser, piloter et, le cas échéant, reprendre le contrôle. De ce point de vue, la fiducie-sûreté n’est pas une option technique : elle est un marqueur de sophistication.

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