Cécile
Guivarc’h, Directrice de la performance opérationnelle chez Orisha Real Estate,
explique pourquoi la formation ne peut plus être considérée comme une simple
contrainte liée à la loi ALUR, mais comme un moteur de transformation pour les
professionnels de l’immobilier.
Longtemps, la formation
des professionnels de l’immobilier a été perçue comme une obligation
réglementaire. Un passage obligé, parfois vécu comme une parenthèse
administrative dans des agendas déjà saturés. Pourtant, à mesure que le secteur
se transforme, cette vision devient non seulement dépassée, mais dangereuse.
Car l’immobilier
traverse aujourd’hui une mutation silencieuse mais profonde. Digitalisation
accélérée, évolution des attentes clients, complexification réglementaire,
pression sur les marges, transformation des métiers de l’administration de
biens : jamais les professionnels n’ont dû conjuguer autant de compétences
différentes. Dans ce contexte, continuer à considérer la formation comme une
contrainte revient à regarder le rétroviseur alors que la route change devant
nous.
La Loi ALUR a instauré
un cadre clair, 42 heures de formation tous les trois ans, avec une intention
louable : garantir un haut niveau de professionnalisme. Mais sur le terrain,
cette obligation a parfois produit un effet paradoxal. Beaucoup d’acteurs ont
cherché à « cocher la case », privilégiant la conformité à court terme plutôt
que la montée en compétences réelle. La formation est alors devenue un coût,
rarement un investissement.
Or le véritable enjeu
n’est plus réglementaire. Il est économique et humain.
Les métiers immobiliers
ne reposent plus uniquement sur la connaissance juridique ou commerciale. Ils
exigent désormais une capacité d’adaptation permanente. Le gestionnaire doit
maîtriser des outils numériques complexes tout en conservant une relation client
irréprochable. Le négociateur doit analyser des données, piloter sa performance
et rassurer dans un marché incertain. Le dirigeant d’agence, lui, doit
recruter, fidéliser et accompagner des équipes confrontées à une évolution
constante de leurs pratiques.
Dans ce nouveau
paysage, la compétence n’est plus stable : elle devient périssable.
Dans ce paysage, la
formation change de nature. Elle n’est plus une réaction, mais une
anticipation. Elle ne s'arrête plus à des sessions isolées, mais devient un
flux continu, intégré au quotidien.
Plus profondément
encore, la formation constitue aujourd’hui un levier RH majeur. Le secteur
immobilier fait face à une tension croissante sur le recrutement et la
fidélisation des talents.
Les nouvelles
générations ne recherchent pas uniquement une rémunération ou un statut ; elles
attendent des perspectives d’évolution, un accompagnement et une capacité à
progresser. Une entreprise qui ne forme pas devient rapidement une entreprise
qui peine à retenir.
Former, c’est donc
aussi reconnaître la valeur du collaborateur.
Mais un autre
changement s’opère, plus structurel : la frontière entre compétence métier et
compétence technologique disparaît. Les outils numériques ne sont plus de
simples supports ; ils façonnent la manière de travailler, de décider et de
servir le client. Maîtriser son environnement digital devient indissociable de
la maîtrise du métier lui-même. Ignorer cette convergence crée une fracture
entre les professionnels capables d’exploiter la technologie et ceux qui la
subissent.
L’enjeu collectif du
secteur est là : éviter une immobilité des compétences dans un marché en
mouvement rapide.
La formation continue
peut alors devenir un facteur de confiance pour l’ensemble de l’écosystème.
Confiance des clients, qui attendent expertise et transparence. Confiance des
collaborateurs, qui souhaitent évoluer. Confiance des entreprises, enfin, qui doivent
traverser des cycles économiques de plus en plus courts.
Le lancement récent de
nouvelles initiatives de formation dans le secteur illustre cette prise de
conscience progressive : la conformité seule ne suffit plus, et l’apprentissage
doit désormais accompagner la transformation des pratiques professionnelles.
Demain, les acteurs qui
réussiront ne seront pas nécessairement les plus grands, mais les plus
apprenants. Ceux qui auront compris que la compétence n’est pas un acquis mais
un mouvement. Ceux qui auront intégré que former n’est pas ralentir l’activité,
mais préparer sa résilience.
Au fond, la question
n’est plus de savoir combien d’heures former, mais comment créer une culture
professionnelle capable d’apprendre en permanence.
Dans un marché incertain, la formation n’est plus une obligation. Elle est votre stratégie.


