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[Expertises] 10 Octobre : Journée mondiale de la santé mentale - L’organisation du travail représente à la fois un risque et un levier de prévention

Décryptage de Dina Sarioui, juriste en droit social, les Éditions Tissot.

 

À l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale du 10 octobre, la question de la santé psychologique au travail revient au premier plan. Charge excessive, faible autonomie, réorganisations mal accompagnées ou pratiques managériales inadaptées peuvent fragiliser la santé mentale des collaborateurs.


Agir sur ces mêmes dimensions permet de prévenir les risques psychosociaux et d’améliorer les conditions de travail. Un enjeu d’autant plus important qu’en 2026, 7 salariés sur 10 déclarent avoir déjà ressenti au moins un trouble de santé mentale à cause du travail.

 

Les indicateurs sur la santé mentale s’améliorent. Entre janvier 2025 et janvier 2026, le score moyen de bien-être mental est passé de 59,8 % à 62,8 %. Mais le lien entre travail et santé mentale reste fort : un salarié sur deux déclare avoir déjà mal dormi à cause du travail et 53 % ont déjà été victimes d’une situation négative au travail.

 

 

L’organisation du travail peut fragiliser la santé mentale

 

Si les données 2026 permettent de mesurer certains progrès, elles montrent également le chemin qui reste à parcourir dans les entreprises. L’organisation du travail a, à ce titre, un rôle important à jouer. En effet, la santé mentale ne dépend pas uniquement de facteurs individuels. Les conditions dans lesquelles le travail est organisé et réalisé peuvent également contribuer à la fragiliser.

 

Selon la Grande enquête sur la Santé mentale menée par l’Ifop, les principales sources de satisfaction au travail favorables à la santé mentale incluent l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, et la charge de travail. Le soutien du manager, la possibilité d’exprimer librement ses désaccords et la reconnaissance sont également associés à une meilleure santé mentale.

 

La charge de travail ne se résume d’ailleurs pas au volume de tâches demandé. L’Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (ANACT) distingue une charge prescrite, correspondant aux objectifs et consignes, une charge réelle, qui tient compte des aléas de l’activité, et une charge perçue, liée notamment à la reconnaissance et au sentiment d’utilité. Ne prendre en compte que le travail théorique peut donc empêcher d’identifier les difficultés réellement rencontrées.

 

L’autonomie constitue également un point de vigilance, y compris pour les managers. Lors d’une transformation organisationnelle de l’entreprise, ces derniers peuvent voir leur marge de manœuvre se réduire, alors même qu’ils doivent faire face à une intensification du travail, à des rapports sociaux dégradés, à des conflits de valeurs ou encore à des incertitudes professionnelles. À leurs missions habituelles peuvent également s’ajouter : réunions, reporting, accompagnement des équipes et appropriations de nouveaux outils.

 

L’organisation constitue aussi un levier de prévention important

 

Agir sur l’organisation permet précisément d’intervenir à la source. Pour la charge de travail, trois étapes sont proposées :

•   Suivre et évaluer, en organisant des échanges réguliers sur l’activité réelle,

•   anticiper et planifier, en tenant compte de la charge réelle et ressentie,

•   réguler, en priorisant, arbitrant et adaptant les objectifs et les moyens.

 

Cette régulation peut passer par des mesures très concrètes : revoir les procédures pour supprimer certains doublons et laisser davantage de place à l’autonomie, simplifier des tâches ou revoir la répartition de la charge au sein du collectif. Pour les salariés au forfait jours, le Code du travail impose par ailleurs que la charge de travail reste raisonnable (art. L. 3121-60).

 

Le droit à la déconnexion (art. L. 2242-17) et le droit d’expression collective sur le travail (art. L. 2281-1 et L. 2281-2) constituent aussi des outils mobilisables.

 

Accompagner les réorganisations plutôt que les subir

 

Les périodes de transformation peuvent être génératrices de mal être au travail pour les collaborateurs impactés, mais également pour le manager. En effet, ce dernier  est chargé de mettre en œuvre et d’expliquer le changement, tout en pouvant lui-même subir ces incertitudes. L’associer en amont aux réflexions et aux décisions concernant son activité, notamment au moyen de groupes de travail ou d’ateliers de co-construction, permet de mieux prendre en compte les contraintes du terrain et de renforcer son sentiment de maîtrise.

 

D’autres leviers sont identifiés : information spécifique avant les communications aux équipes, espaces d’échange entre pairs, formation et accompagnement, mais aussi adaptation temporaire de la charge de travail, par exemple en revoyant certaines priorités ou certains objectifs. À l’inverse, demander aux managers de conduire le changement sans tenir compte de ces nouvelles contraintes accroît leur risque d’épuisement.

 

Ce qu'il faut retenir

 

La prévention de la santé mentale ne repose donc pas uniquement sur l’accompagnement individuel des salariés en difficulté. Elle peut aussi consister à agir directement sur la manière dont le travail est organisé.

 

Dans les faits, l’accès des salariés aux mesures de prévention reste toutefois limité. La 3e édition du baromètre Qualisocial–Ipsos4 souligne que près d’un salarié sur deux n’a accès à aucune mesure de prévention, tandis que seuls 2 salariés sur 10 bénéficient d’une prévention complète associant prévention primaire, secondaire et tertiaire. Parmi ceux qui disposent d’un tel dispositif, 86 % estiment qu’ils ont  amélioré leur santé mentale.

 

Pour les RH, la démarche passe ainsi par l’observation du travail réel, la régulation de la charge, le maintien de marges d’autonomie, des pratiques managériales favorisant l’expression et la reconnaissance, et un accompagnement spécifique lors des transformations organisationnelles.

 

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