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[Expertises] Retour de vacances : 61 % des professionnels RH constatent une hausse des alertes liées au mal-être

- Après un signalement, 39 % des salariés n’arrivent pas à déconnecter mentalement pendant leurs vacances. 

- La peur de retourner au travail multipliée par quatre chez les salariés ayant déjà signalé du harcèlement.

 

Pourquoi les salariés ayant déjà effectué un signalement n’arrivent-ils pas à déconnecter mentalement pendant leurs vacances, contrairement à ceux qui n’ont jamais lancé d’alerte ? Comment expliquer que les professionnels impliqués dans la gestion RH disent constater davantage de remontées liées au mal-être au retour des congés ? Quelques jours loin de l’entreprise suffisent-ils parfois à rendre visible une situation qui avait fini par sembler normale ?

 

Reversens, cabinet de psychologues fondé par Anne-Sophie Chéron et dédié aux enquêtes éthiques, a interrogé* 3 203 salarié(e)s (79 % n’ayant jamais effectué de signalement ou d’alerte et 21 % ayant déjà effectué un signalement ou une alerte pour une situation de harcèlement au travail) ainsi que 1 002 professionnels RH (DRH, RRH, responsables relations sociales, dirigeants impliqués dans la gestion RH) afin de comprendre comment les vacances, la déconnexion et l’appréhension de la reprise peuvent favoriser la prise de conscience et la mise en mots de situations professionnelles préoccupantes.

 

Selon Anne-Sophie Chéron, ingénieure, psychologue clinicienne et fondatrice du cabinet Reversens : « Après quelques jours loin des mails, du management, de l’équipe, de la pression quotidienne et des habitudes, certains salariés réalisent que ce qu’ils avaient fini par considérer comme normal ne l’était peut-être pas. La peur de reprendre, le recul retrouvé, les échanges avec les proches, puis les confidences à un collègue, aux RH ou à un membre du CSE peuvent transformer un malaise diffus en prise de conscience. Les vacances ne créent pas les situations nocives, mais elles peuvent les rendre plus visibles et devenir un véritable moment de bascule. Pour l’entreprise, l’enjeu est alors de disposer de canaux d’écoute et de signalement clairement identifiés, protecteurs et capables de traiter avec rigueur la parole qui se libère. »


1. Du côté des salariés

 

Vacances et harcèlement au travail : les salariés lanceurs d'alerte trois fois moins nombreux à réussir à déconnecter


Alors que 27 % des salariés n'ayant jamais signalé de harcèlement parviennent à totalement déconnecter pendant leurs vacances, ce chiffre chute à seulement 10 % chez ceux ayant déjà effectué un signalement — et 39 % d'entre eux avouent même n'avoir jamais réussi à décrocher mentalement, contre 12 % pour le reste des salariés. Un écart spectaculaire qui met en lumière que le poids psychologique persistant du travail, lorsqu’il est là, se retrouve révélé pendant les congés.

 

Pendant vos dernières vacances, avez-vous réussi à couper réellement avec votre travail ?

Réponses

Total

Sans expérience de signalement

Ayant déjà effectué un signalement

Oui, totalement

24 %

27 %

10 %

Oui, en grande partie

22 %

24 %

13 %

Non, j’ai consulté mes mails ou messages de temps en temps

26 %

28 %

20 %

Non, j’ai été régulièrement sollicité(e) par mon entreprise

9 %

7 %

16 %

Non, je n’ai pas réussi à déconnecter mentalement

17 %

12 %

39 %

Je ne sais pas / je ne souhaite pas répondre

2 %

2 %

2 %

 

Reprise post-vacances : la peur de retourner au travail multipliée par quatre chez les salariés ayant déjà signalé du harcèlement

 

Le retour au travail après les vacances vire au cauchemar pour les salariés ayant déjà lancé une alerte : 27 % ressentent une forte boule au ventre (contre 10 % pour les autres) et 21 % redoutent littéralement de retrouver leur manager ou certains collègues, un chiffre plus de quatre fois supérieur à celui des salariés sans expérience de signalement (5 %). Une fracture révélatrice qui souligne combien la reprise reste un moment à haut risque pour ces salariés, et l'importance d'un suivi dédié bien au-delà de l'alerte initiale.

 

Au moment de reprendre le travail après les vacances, qu’avez-vous ressenti principalement ?

Réponses

Total

Sans expérience de signalement

Ayant déjà effectué un signalement

De l’envie de retrouver mon travail

16 %

18 %

6 %

Une appréhension normale liée à la reprise

29 %

32 %

16 %

Une forte boule au ventre ou un stress important

13 %

10 %

27 %

La peur de retrouver mon manager ou certains collègues

8 %

5 %

21 %

Une envie de changer d’équipe, de poste ou d’entreprise

15 %

13 %

23 %

Rien de particulier

17 %

20 %

5 %

Je ne sais pas / je ne souhaite pas répondre

2 %

2 %

2 %

 

Quand la déconnexion révèle une situation de travail anormale

Chez les salariés ayant déjà signalé du harcèlement, la coupure estivale agit comme un véritable révélateur : 30 % affirment avoir pris clairement conscience du caractère anormal de leur situation grâce aux vacances, contre seulement 11 % des salariés sans expérience de signalement — un écart de près de trois fois. Plus frappant encore, 19 % de ces mêmes salariés admettent avoir identifié le problème sans savoir comment agir ensuite, soulignant l'importance cruciale d'un accompagnement structuré une fois le déclic amorcé.

 

Les vacances ou une période de déconnexion vous ont-elles déjà fait prendre conscience qu’une situation vécue au travail n’était pas normale ?

Réponses

Total

Sans expérience de signalement

Ayant déjà effectué un signalement

Oui, clairement

15 %

11 %

30 %

Oui, mais je m’en doutais déjà avant

15 %

12 %

27 %

Oui, mais je n’ai pas su quoi faire ensuite

10 %

8 %

19 %

Non, les vacances n’ont rien changé à ma perception

17 %

17 %

15 %

Non, je n’ai jamais vécu de situation anormale au travail

39 %

48 %

5 %

Je ne sais pas / je ne souhaite pas répondre

4 %

4 %

3 %

 

Suivant que les salariés ont déjà effectué une alerte ou non, la prise de conscience de l’anormalité ne porte pas sur le même type de situation

Le recul pris pendant les vacances permet aux salariés sans expérience de signalement de prendre conscience de l’aspect anormal de deux types de situations :

1) celles concernant la pression au travail (dont les sollicitations en dehors du temps de travail),

2) celles concernant les maladresses ou l’absence managériale.

 

Alors que les réponses des salariés ayant déjà effectué une alerte montrent que le recul pris pendant les vacances permet de prendre conscience, certes de la pression au travail, mais aussi de dysfonctionnements relationnels sévères (mise à l’écart, management brutal ou agressif, remarques humiliantes). Ainsi, 55 % des salariés ayant déjà signalé du harcèlement évoquent un management brutal, instable ou agressif contre 13 % pour les autres, soit 4 fois plus.

 

« Être l’objet de comportements inadaptés au point qu’un signalement a été fait laisse des traces profondes. Ainsi il est probable que les salariés lanceurs d’alerte aient développé un système de détection aiguisé des situations fortement délétères (comme l’agressivité ou l’humiliation), a contrario de ceux qui n’y ont pas été exposés. C’est ce que l’on voit dans les traumatismes, ceux qui en ont été victimes gardent pendant longtemps une hypervigilance aux anormalités. C’est un mécanisme de défense classique qui vise à pouvoir identifier et se protéger beaucoup plus vite des situations qui ont créé de la souffrance », déclare Anne-Sophie Chéron.

 

De quelle situation avez-vous pris conscience ou pourriez-vous prendre conscience pendant ou après une période de recul ?

Plusieurs réponses possibles.

Réponses

Total

Sans expérience de signalement

Ayant déjà effectué un signalement

Pression excessive, objectifs irréalistes ou surcharge de travail

50 %

46 %

68 %

Isolement, mise à l’écart ou exclusion de certaines discussions

24 %

18 %

49 %

Messages, appels ou sollicitations abusives en dehors du temps de travail

32 %

30 %

41 %

Comportements sexistes, déplacés ou ambigus

16 %

13 %

27 %

Management absent ou négligent, absence de cap ou d’accompagnement

34 %

30 %

52 %

Management maladroit ou abrupt

36 %

32 %

50 %

Management brutal, instable ou agressif

21 %

13 %

55 %

Iniquité de traitement

31 %

26 %

53 %

Remarques humiliantes ou dévalorisantes du management ou des collègues

26 %

17 %

60 %

Peur de parler, de contredire ou de signaler un problème

29 %

20 %

63 %

Aucune situation de ce type

20 %

24 %

3 %

Je ne sais pas / je ne souhaite pas répondre

4 %

4 %

2 %

 

Mise à distance et effets sur la santé : les deux principaux déclencheurs de la prise de conscience

Chez les salariés ayant déjà signalé du harcèlement, ce sont d'abord la simple mise à distance de leur environnement professionnel (59 %), suivis de près par les effets physiques et psychologiques du travail — épuisement, troubles du sommeil, anxiété — qui déclenchent la prise de conscience (58 %, contre 39 % pour les autres). Un signal fort : 28 % de ces salariés ont eu besoin d'un professionnel de santé pour nommer la situation, preuve que le corps alerte souvent bien avant que la parole ne se libère.

 

Qu’est-ce qui vous a fait prendre conscience de cette situation pendant ou après une période de recul ?

Plusieurs réponses possibles.

Réponses

Total

Sans expérience de signalement

Ayant déjà effectué un signalement

Le fait de sortir de mon environnement de travail et de côtoyer une réalité différente

52 %

48 %

59 %

Des remarques de mes proches sur mon état de santé ou mon comportement

30 %

24 %

40 %

Le fait d’échanger avec des proches, famille ou amis

41 %

38 %

46 %

Le fait d’échanger avec un professionnel de santé

18 %

12 %

28 %

Des échanges plus approfondis avec des collègues, les RH ou des représentants du personnel

17 %

14 %

22 %

Le fait de constater les effets du travail sur ma santé : épuisement, troubles du sommeil, rêves liés au travail, anxiété…

46 %

39 %

58 %

Une autre situation

5 %

5 %

5 %

Je ne sais pas / je ne souhaite pas répondre

3 %

4 %

2 %

  

Les RH, premier réflexe des salariés face au harcèlement

Pour les salariés ayant déjà effectué un signalement, les ressources humaines s'imposent comme l'interlocuteur privilégié pour envisager une alerte (45 %), légèrement devant les représentants du personnel (41 %) et les collègues de confiance (36 %) — mais 16 % avouent ne pas savoir vers qui se tourner.

 

Après des vacances, avez-vous déjà envisagé d’alerter quelqu’un au sujet d’une situation problématique au travail ?

Plusieurs réponses possibles

Réponses

Total

Oui, mon manager ou mon responsable hiérarchique

35 %

Oui, les ressources humaines

45 %

Oui, un représentant du personnel ou le CSE

41 %

Oui, la médecine du travail ou le service de prévention et de santé au travail

35 %

Oui, un référent interne : harcèlement, RPS, éthique ou dispositif d’alerte

26 %

Oui, un collègue ou une personne de confiance

36 %

J’ai envisagé d’alerter, mais je ne savais pas vers qui me tourner

16 %

Non, je n’ai jamais envisagé d’alerter quelqu’un après des vacances ou une période de recul

8 %

Je ne sais pas / je ne souhaite pas répondre

2 %

 

 2. Du côté des professionnels impliqués dans la gestion RH et les alertes internes

Rentrée sous tension : 61 % des professionnels constatent une hausse des alertes liées au mal-être au travail au retour des vacances

Du côté des professionnels RH, la reprise est bien loin d’être un long fleuve tranquille. Ainsi, près de deux tiers d'entre eux (61 %) observent une recrudescence des signalements liés au mal-être au travail dès la reprise post-vacances, dont 23 % de façon particulièrement marquée. Un phénomène de rentrée qui confirme la période post-estivale comme un moment charnière pour la santé mentale en entreprise, et l'urgence d'anticiper cette vague plutôt que de la subir.

 

Dans votre entreprise, constatez-vous une hausse des alertes ou signalements liés au mal-être au travail au retour des vacances ?

Réponses

Total

Oui, très clairement

23 %

Oui, légèrement

38 %

Non, pas particulièrement

30 %

Non, nous constatons plutôt une baisse

3 %

Je ne sais pas / je préfère ne pas répondre

6 %


Deux semaines, le seuil critique : le moment où le mal-être au travail refait surface

Selon les DRH interrogés, c'est après environ deux semaines de vacances que la hausse des alertes liées au mal-être est la plus marquée (49 %), suivi par les congés de plus de deux semaines (24 %) — un signal clair que la coupure prolongée agit comme un véritable révélateur pour les salariés. Une donnée précieuse pour les entreprises soucieuses d'anticiper les moments de vigilance RH plutôt que de les découvrir a posteriori.

 

Après quelles vacances avez-vous le plus constaté cette hausse ou cette baisse des alertes ou signalements ?

Réponses

Total

Après environ une semaine de vacances

21 %

Après environ deux semaines de vacances

49 %

Après plus de deux semaines de vacances

24 %

Je ne sais pas / je préfère ne pas répondre

6 %

 

Épuisement et surcharge en tête des signaux d'alerte RH à la rentrée

Après les congés, les RH voient d'abord remonter l'épuisement ou la démotivation (59 %) et la surcharge de travail (55 %), loin devant les conflits avec le manager (48 %) — mais un chiffre interpelle particulièrement : près d'un tiers des professionnels RH (32 %) rapporte des situations évocatrices de harcèlement moral.

 

Après les périodes de congés, quels types de situations remontent le plus souvent aux RH ?

Plusieurs réponses possibles.

Réponses

Total

Conflits avec le manager

48 %

Tensions entre collègues

35 %

Surcharge de travail ou pression excessive sur les résultats

55 %

Dysfonctionnements dans l’organisation du travail

44 %

Sentiment d’épuisement ou de démotivation

59 %

Situation évocatrice de harcèlement moral

32 %

Situation évocatrice de harcèlement sexuel ou comportements sexistes

11 %

Situation évocatrice de harcèlement discriminatoire

10 %

Demandes de mobilité interne

25 %

Demandes de rupture conventionnelle ou volonté de départ

23 %

Arrêts maladie ou demandes d’aménagement du travail

33 %

Nous n’observons pas de remontées particulières

8 %

Je ne sais pas / je préfère ne pas répondre

4 %

 

Pour 71 % des DRH aussi, les vacances sont le révélateur d'un mal-être professionnel invisible au quotidien

Plus de 7 professionnels RH sur 10 estiment que les vacances permettent aux salariés de prendre conscience qu'une situation professionnelle n'est pas normale, dont 22 % de façon très marquée. Un constat qui confirme le rôle d’une période de vacances ou de déconnexion comme véritable déclic du mal-être en entreprise.

 

Selon vous, les vacances permettent-elles à certains salariés de prendre conscience qu’une situation professionnelle n’est pas normale ?

Réponses

Total

Oui, très souvent

22 %

Oui, parfois

49 %

Rarement

10 %

Non, je ne pense pas que les vacances jouent un rôle

5 %

C’est possible, mais difficile à mesurer

11 %

Je ne sais pas / je préfère ne pas répondre

3 %

 

Les vacances renforcent la détermination des salariés à agir

68 % des professionnels RH ont déjà observé des salariés revenir de congés avec une volonté plus affirmée de signaler une situation problématique, de changer de poste ou même de quitter l'entreprise, dont 19 % de façon très fréquente. Un signal fort qui positionne clairement la rentrée comme un moment charnière où les résolutions estivales se transforment en décisions professionnelles concrètes.

 

Avez-vous déjà observé des salariés revenir de congés avec une volonté plus forte de signaler une situation, changer de poste ou quitter l’entreprise ?

Réponses

Total

Oui, très souvent

19 %

Oui, parfois

49 %

Rarement

17 %

Non, jamais

4 %

Nous n’avons pas assez de recul pour le mesurer

8 %

Je ne sais pas / je préfère ne pas répondre

3 %

 

Quel est le premier déclencheur ?

Selon les DRH interrogés, c'est d'abord une accumulation ancienne qui finit par ressortir (24 %) et le recul pris pendant les congés (23 %) qui poussent les salariés à signaler une situation problématique, loin devant un événement précis survenu au retour (4 %). Une donnée essentielle qui rappelle que les vacances ne créent pas le mal-être mais agissent comme un puissant catalyseur de prises de parole trop longtemps différées.

 

Quand un salarié signale une situation problématique après les vacances, quel est selon vous le principal déclencheur ?

Réponses

Total

Le recul pris pendant la période de congés

23 %

La comparaison entre le bien-être en vacances et le mal-être au travail

17 %

Les échanges avec les proches pendant les congés

9 %

Des échanges plus approfondis pendant une période plus calme

6 %

La peur ou l’angoisse au moment de reprendre

14 %

Une accumulation ancienne qui finit par ressortir

24 %

Un événement précis survenu au retour

4 %

Il n’y a pas de lien particulier avec les vacances

2 %

Je ne sais pas / je préfère ne pas répondre

1 %

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