Le
point de vue de l'Expert, Julien Bodin, Cogérant de MVN, pionnier de la ventilation
mécanique basse pression (VMBP).
Chaque été, la chaleur tue, et de plus en plus souvent à domicile.
En 2025, 5 700 personnes en sont mortes en France. 2026 a commencé fort : la canicule de juin, historique, a de nouveau frappé d’abord les gens chez eux.
Avec la canicule, un logement sur
deux devient « une bouilloire », selon le dernier rapport de la Fondation pour
le Logement.
Alors qu’en France, on
peut espérer se croire à l’abri au sein de son logement, la réalité est tout
autre. En effet, près d’un Français sur deux déclare avoir souffert de la
chaleur dans son logement l’été dernier. Dans le même temps, plus d’un tiers a
subi le froid en hiver. Ces chiffres traduisent autant d’une dégradation des
conditions de vie, que d’une incohérence dans la manière dont nous pensons la
rénovation. L’isolation au détriment de la ventilation.
Logements-bouilloires :
de l’agréable en hiver à l’invivable en été
Depuis plusieurs
années, la rénovation énergétique s’est construite autour d’un objectif : conserver la chaleur
en hiver. L’isolation est devenue le pilier des politiques publiques, à travers
MaPrimeRénov’ et l’obligation de rénover les passoires. Mais cette approche,
centrée presque exclusivement sur la performance thermique hivernale, montre
aujourd’hui ses limites. Un logement bien isolé mais mal ventilé ne régule pas
la chaleur, il la conserve. En hiver comme en été.
Le rapport de la
Fondation pour le Logement introduit ainsi une réalité encore peu prise en
compte :
celle de logements devenus invivables lors des fortes chaleurs. Aujourd’hui,
une grande partie du parc collectif ancien n’a jamais été pensée pour de telles
chaleurs car le confort d’été est longtemps resté secondaire dans la
réglementation thermique. En effet, il a fallu attendre la RT2005 pour
introduire la notion de température avant que celle-ci soit renforcée par la
RT2012 puis la RE2020 et son indicateur de degrés-heures d’inconfort.
Dans les bâtiments
collectifs, où MVN accompagne la rénovation depuis 2003, le même constat
revient chaque été : trop souvent, l’amélioration de l’enveloppe thermique ne
s’accompagne pas d’une adaptation de la ventilation. De ce fait, l’air circule
moins, l’humidité s’installe et les polluants s’accumulent. En période
estivale, la chaleur reste piégée dans le logement, aggravant l’inconfort et
les risques sanitaires.
Ce phénomène n’est pas
marginal, il s’inscrit dans un contexte plus large, marqué par un parc
immobilier vieillissant et fortement sollicité. Avec 2,8 millions de demandeurs
de logements sociaux et une construction neuve en recul, la rénovation du parc
existant devient le principal levier d’action, encore faut-il qu’elle soit
pensée dans sa globalité.
Remettre la ventilation
au centre du parc de logements
Depuis le 1er octobre
2023, le décret n° 2023-695 a inscrit dans le Code de la santé publique
(article R.1331-26) une obligation passée presque inaperçue : tout logement proposé
à l’habitation doit être muni d’un système, naturel ou mécanique, de régulation
de la chaleur, et d’un dispositif de renouvellement de l’air. La ventilation y
est explicitement citée. Cette règle vise le parc existant, en location comme
en copropriété, et pas seulement les constructions neuves : elle concerne
directement la rénovation.
Mais cette obligation,
encore récente, reste largement méconnue : ni les occupants ni les acteurs du
logement ne s’en sont vraiment emparés. Une proposition de loi transpartisane,
« Zéro logement bouilloire », déposée à l’Assemblée en juillet 2025 par plus de
150 députés, va plus loin : elle créerait un droit pour les locataires d’exiger
que leurs bailleurs installent des systèmes de brassage de l’air ou encore
rendrait obligatoire la mise en place d’un indicateur de confort d’été sur les
annonces immobilières, au même titre que le DPE (diagnostic de performance énergétique).
Mais brasser l’air ne suffit pas à le renouveler. Un ventilateur déplace l’air
sans l’assainir et, au-delà de 32 à 35 °C, il ne rafraîchit plus : il souffle
de l’air chaud. Évacuer l’humidité et les polluants, renouveler l’air en
continu, c’est le rôle de la ventilation.
Dans ce contexte, la ventilation ne peut plus être considérée comme un élément secondaire.
Elle
conditionne directement la qualité de l’air intérieur, le confort thermique et,
à terme, la durabilité des rénovations. Aérer ponctuellement ne suffit pas à assurer
un renouvellement d’air constant et maîtrisé. Dans des logements de plus en
plus étanches, seule une ventilation adaptée permet de maintenir un équilibre
entre performance énergétique et qualité de vie.
Des réponses existent, et elles n’imposent pas de travaux lourds pour les propriétaires et les bailleurs.
En rénovation, une ventilation mécanique à basse pression, conçue
pour s’adapter aux conduits maçonnés des immeubles anciens, peut renouveler
l’air en continu, y compris pendant les canicules, quand les systèmes qui
dépendent des courants d’air naturels perdent en efficacité. Mais l’essentiel
est ailleurs : il faut ventiler avant d’isoler, et non l’inverse. Isoler
un logement mal ventilé revient à y enfermer l’humidité et les polluants ;
ventiler d’abord, c’est créer les conditions pour que chaque étape de la
rénovation porte ses fruits.
Une urgence sanitaire
silencieuse
Le mal-logement ne se
résume pas à l’absence de toit. Il concerne aussi les conditions dans
lesquelles nous vivons. Respirer un air dégradé, subir des températures
extrêmes, vivre dans un environnement instable, ces réalités entraînent des
conséquences directes sur la santé.
Les épisodes
climatiques récents l’ont montré. Les logements sont devenus un facteur
d’exposition, parfois aggravant. Dans un contexte où les canicules se
multiplient et où les hivers restent marqués par des situations de précarité
énergétique, continuer à traiter séparément les enjeux thermiques et la qualité
de l’air intérieur n’est plus tenable.
La rénovation des logements ne peut plus être pensée uniquement comme une réponse énergétique.
Elle doit devenir une réponse sanitaire, globale, adaptée aux usages réels.
La rénovation française
a appris à garder la chaleur.
Elle doit maintenant apprendre à laisser respirer. Car un logement bien isolé mais mal ventilé n’est pas un logement rénové : c’est un logement scellé.


