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[Expertises] Souveraineté & climat : la délocalisation des data centers, une bombe carbone silencieuse

Alors que l’Ademe a récemment publié son rapport prospectif sur la consommation des datacenters en France, Edouard Lotz, analyste du cabinet français de conseil en énergie OMNEGY, en partage sa lecture.

 

Le rapport de l’Ademe soulève des enjeux cruciaux au croisement de l'énergie, de la géopolitique et de la transformation numérique :


·         Souveraineté numérique sous tension : dans certains scénarios, près de 80% de la consommation électrique des data centers servant les usages français se ferait à l'étranger – principalement aux US. Quelles conséquences pour la protection des données et l'autonomie technologique européenne ?

·         Un défi énergétique majeur : la consommation des data centers français pourrait être multipliée par 3,7 d'ici 2035. Entre 2024 et 2030, elle passerait de 10 à 21 TWh sur le territoire national, posant la question de l'adaptation des réseaux électriques et des moyens de production, ainsi que de l’impact sur la facture énergétique des citoyens.

·         Fuite carbone cachée : délocaliser les besoins numériques français à l'étranger engendrerait des émissions considérables. En 2030, selon le scénario tendanciel, les data centers étrangers servant la France émettraient 22,2 Mt CO2 eq., contre seulement 1,25 Mt pour les infrastructures hexagonales – grâce à un mix électrique français décarboné à 96,3%.

·         L'atout français : la France dispose d'une électricité nucléaire compétitive et décarbonée, permettant d'allier performance économique, souveraineté numérique et objectifs climatiques.

 

Conclusion de Edouard Lotz : « La France se doit, autant que possible, de réaliser les projets numériques sur son sol en proposant des solutions électriques allant de pair avec une stratégie climatique de décarbonation. Ayant eu un solde exportateur net de 92,4 TWh en 2025, la France peut aisément proposer de l’électricité nucléaire aux opérateurs en colocation / hyperscaler à un prix compétitif, et ainsi maîtriser l’impact carbone des infrastructures sur son sol, et disposer dans le même temps d’une souveraineté numérique plus robuste, tout en implémentant un modus operandi pour raccorder ses infrastructures à son réseau électrique. Dans l’autre sens, des efforts de sobriété sont également à mettre en place pour éviter la privatisation importante d’une ressource commune, l’électricité (comme c’est le cas aux États-Unis) et une consommation électrique incontrôlée, qui risquerait de peser sur les factures de tout un chacun. »

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