Le point de vue de Fidel
Martin, Président d’Exoé.
Si 2025 devait être
résumée en un mot, ce serait « rupture » : rupture avec les certitudes, rupture
avec les modèles financiers traditionnels, et surtout rupture avec une vision
trop lisse des marchés. Car si les indices ont finalement fini en ordre dispersé
ou en hausse, le récit de l’année boursière révèle une réalité plus profonde :
celle d’un système en pleine mutation face à des forces économiques, politiques
et technologiques sans précédent.
Un début d’année sous
tension politique et commerciale
L’année a démarré sur
les chapeaux de roues. Dès les premières semaines, des politiques commerciales
agressives notamment une série de droits de douane massifs ont secoué les
marchés mondiaux, déclenchant l’un des plus importants replis boursiers depuis plusieurs
années. Aux États-Unis, ces mesures ont ébranlé la confiance des investisseurs,
plongeant certains indices dans une correction sévère et rappelant brutalement
la vulnérabilité inhérente des marchés aux décisions politiques majeures.
Résilience ou mirage ?
Le rebond spectaculaire des actions
Mais comme souvent dans
l’histoire des marchés, la réaction humaine a pris le dessus. Après ces
turbulences printanières, les indices américains S&P 500, Nasdaq et Dow
Jones ont non seulement recouvré leurs niveaux, mais ils ont achevé l’année sur
des gains à deux chiffres, portés par une confiance renouvelée dans les
technologies d’intelligence artificielle et par des politiques monétaires
accommodantes.
Ce rebond a été
spectaculaire, presque paradoxal : alors que l’économie réelle peinait parfois
à suivre, croissance molle, inflation persistante, inquiétudes sociales, les
marchés ont fait fi de ces signaux, portés par des flux de capitaux massifs
vers les valeurs technologiques et les actifs jugés « disruptifs ».
L’IA, moteur… et source
de risques
2025 restera aussi
l’année où l’intelligence artificielle n’a pas seulement transformé les usages,
mais redéfini la bourse elle-même. Les champions de l’IA ont capté une part
disproportionnée des gains, au point que certains s’interrogent désormais publiquement
sur l’émergence d’une bulle spéculative.
Cette
hyperconcentration des valorisations pose un défi inédit à la conception même
d’un marché équilibré : quand moins de dix entreprises technologiques dictent
la performance des grands indices mondiaux, la notion traditionnelle de
diversification s’en trouve profondément ébranlée.
Des marchés renaissants
aux quatre coins du monde
Mais la finance n’est
pas qu’un spectacle new-yorkais. En 2025, les marchés européens, asiatiques et
émergents ont eux aussi raconté une histoire de résilience et d’opportunité :
• L’Europe a vu ses indices tenir bon malgré
les vents contraires économiques, soutenus par des secteurs comme la défense ou
l’énergie.
• Le Japon a enregistré de nouveaux records,
symbole d’un regain de confiance malgré les vents géopolitiques.
• Les marchés émergents ont connu leur
meilleure année en une décennie, portée par une combinaison de valorisations
attractives et de flux de capitaux nouveaux.
Pourquoi 2025 peut être
un tournant
Loin d’être une simple
année de reprise post-pandémique, 2025 a posé les jalons d’un nouveau paradigme
:
• Un univers où la politique économique
internationale influe directement sur la volatilité et la structure des
marchés.
• Une accélération sans précédent des
technologies de rupture qui redessine les chaînes de valeurs financières.
• Une concurrence mondiale qui remet en
question l’hégémonie boursière d’hier et ouvre la porte à de nouveaux centres
de gravité économiques.
Vers 2026 :
opportunités et fragilités
À l’orée de 2026, deux
sentiments s’affrontent. D’un côté, l’optimisme prudent d’un cycle économique
qui, sur certains indicateurs, conserve sa vigueur malgré les risques de
ralentissement. De l’autre, la conscience accrue que valorisations élevées,
dépendance aux innovations technologiques et tensions géopolitiques créent un
terrain fertile pour de fortes corrections ou des redistributions de capital.
La leçon de 2025 est
claire : dans un monde où l’incertitude devient la norme, les marchés ne se
contentent plus de refléter les données économiques classiques. Ils anticipent,
s’adaptent, sur-réagissent, et parfois… nous surprennent.
2025 n’a pas seulement
été une année boursière, elle a été une année de transformation.
En réalité, 2025 nous a
rappelé une chose essentielle : la Bourse n’est jamais un long fleuve
tranquille, mais un miroir fidèle de nos choix collectifs. Choix politiques,
choix technologiques, choix d’investissement. Plus que jamais, la performance
ne se résume pas à un indice, elle se construit dans la capacité à lire les
signaux faibles, à gérer l’incertitude et à faire preuve de discernement.
En ce début de 2026, une certitude demeure : les marchés continueront de surprendre, parfois de déstabiliser, souvent de redistribuer les cartes. Dans ce contexte mouvant, le véritable enjeu ne sera pas de prédire l’avenir, mais de s’y adapter avec méthode, rigueur et humilité. Car si 2025 a été l’année où la finance a vacillé, 2026 pourrait bien être celle où elle apprendra, enfin, à se réinventer durablement.


