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[Tribune] Transmission d’entreprises : il est plus qu’urgent d’anticiper

Par Isabelle Saladin, Présidente d’I&S Adviser.

  

Les projets de transmission sont souvent lancés trop tardivement. Pour que la vague annoncée dans les prochaines années ne se solde pas par une marée de fermetures d’entreprise, il est temps que les dirigeants anticipent et s’appuient sur des partenaires maîtrisant la dimension opérationnelle de ce type de projet.

 

Depuis quelques semaines, le sujet de la transmission d’entreprises revient dans le débat public. Jusqu’au 12 décembre, le réseau des CCI organise le « mois de la transmission » à travers toute la France avec plus d’une centaine d’événements organisés. A l’Assemblée nationale, le débat budgétaire a questionné l’exonération fiscale instaurée par la loi Dutreil. De son côté, le ministre des PME s’est exprimé fin octobre sur l’idée d’un « pacte Dutreil pour les salariés » destiné notamment aux TPE, défendant l’idée que « celui qui est intéressé par la continuité est le salarié ».

 

Le sujet va en effet devenir majeur pour pérenniser la richesse du tissu d’entreprises françaises.

Environ 17 000 entreprises ferment chaque année au moment du départ en retraite du dirigeant.

D’ici 2035, ce sont au total 500 000 entreprises employant 3 millions de salariés dont le dirigeant va passer la main, et elles seront même plus d'un million au moment du pic annoncé entre 2025 et 2030.

La pyramide des âges accélère en effet le mouvement avec les départs en retraite de nombreux

« boomers » qui ont créé leur entreprise à l’époque des Trente Glorieuses.

 

La question va être encore plus vive dans les entreprises familiales. Plus de 50% des entreprises familiales seront transmises dans les 10 prochaines années, sachant qu’elles comptent pour 71% des entreprises en France, représentent 65% de la valeur ajoutée produite dans le pays et 69% des emplois selon le premier baromètre dédié à la transmission d’entreprises familiales publié le 6 octobre 2025 par EY For Talents et Family Business Network.

Or depuis quelques années, les observateurs notent que les jeunes héritiers ne se projettent plus systématiquement dans le métier de leurs parents. Ils ne partagent plus nécessairement les mêmes aspirations, ont une autre conception de l’équilibre « vie pro - vie perso », et ne cherchent pas à marcher dans les pas de leurs aînés...

 

Alors se pose légitimement la question de trouver des pistes pragmatiques et efficaces pour non seulement pour financer le projet de transmission mais aussi et surtout projeter ces entreprises dans le futur. Car les entreprises transmises affichent des performances tout à fait satisfaisantes. A ce titre, la DGE note un taux de pérennité à trois ans de 85,5% pour les cessions-transmissions, contre 81,4% pour les créations pures, avec davantage d’emplois créés et un chiffre d’affaires médian plus élevé, ceci du fait d’une clientèle existante, de process rodés, d’équipes en place, etc.

 

La priorité d’entre les priorités est d’anticiper. En 2025, un tiers des dirigeants de plus de 65 ans n’ont pas encore entamé la réflexion sur la transmission de leur entreprise. Pourtant, une transmission ne se prépare pas en 6 ou 12 mois, elle requiert au moins 3 à 5 ans. Sur ce point, une prise de conscience doit avoir lieu.

 

Ce temps est nécessaire pour réaliser les diagnostics financier et organisationnel, définir un plan de développement à 5 et 10 ans avec ses descendants, structurer opérationnellement l’entreprise pour la préparer à vivre sa nouvelle phase de développement et de création de valeur avec la génération suivante. Par exemple, il sera possible de compléter l’approche comptable menée sur l’entreprise (bilan, résultat d’exploitation, marge, valeur comptable) par la dimension opérationnelle (gouvernance, services, implantations, base clients, réseau de partenaires, etc.). Ces éléments factuels et concrets aideront à convaincre les partenaires bancaires et financiers de soutenir le projet.

 

Par ailleurs, travailler sa transmission 2 ans en amont ne signifie pas en parler à tout le monde tout de suite. Il faut distinguer le temps de la préparation et le temps de la communication. Anticiper sert avant tout à préparer la succession, à structurer, à faire des choix pertinents pour garantir la capacité d’exécuter les futurs projets. Informer les équipes viendra une fois que le travail aura bien avancé et que les éléments structurants pour la mise en œuvre du projet auront été sécurisés.

 

Pour travailler sur ces différents aspects, solliciter uniquement des experts juridiques et fiscaux ne suffit pas. Le chef d’entreprise ne doit pas hésiter à mobiliser l’ensemble des ressources disponibles. Différents dispositifs ont été mis en place par l’État, Bpifrance et les CCI pour fluidifier et sécuriser les transmissions comme, par exemple, le « Plan transmission » en début 2025 lancé par Bpifrance comprenant des solutions d’accompagnement et de financement ainsi qu’une “bourse de la transmission” qui centralise des annonces.

 

Autres partenaires clés : les operating partners dont l’accompagnement sur-mesure du dirigeant se nourrit de leurs retours d’expérience terrain de chef d’entreprise ayant déjà conduit des projets de cession-transmission. Leur valeur ajoutée est particulièrement reconnue pour analyser l’existant, identifier le potentiel de l’entreprise, préparer les données et documents, structurer l’organisation afin de garantir sa capacité à répondre aux attentes et à exécuter le plan prévu.

 

Enfin, développer une culture de la transmission sera nécessaire car transmettre n’est pas juste une question de succession, c’est aussi un levier de croissance et d’innovation. Une entreprise bien transmise peut se renouveler, se moderniser et conquérir de nouveaux marchés.

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