Le point de vue de Mario
Bucciarelli, Fondateur de CoachingCore et créateur du programme ASSO©
Jamais le mot performance n’a été autant invoqué dans le monde du travail. Performance individuelle, collective, émotionnelle, mentale.
Pourtant, jamais les signaux
de fatigue, d’épuisement et de désengagement n’ont été aussi visibles. Cette
contradiction mérite d’être posée clairement : et si notre manière dominante de
penser la performance était devenue, non seulement inefficace, mais dangereuse
?
Depuis plusieurs
décennies, nous avons largement adopté une vision linéaire de la performance.
Une performance qui se mesure presque exclusivement par l’écart entre des
résultats attendus et des résultats réalisés. Dans ce modèle, il n’existe pas
d’issue de secours : soit les objectifs sont atteints, soit c’est l’échec. La
pression est constante, la tolérance aux variations quasi inexistante.
Cette performance
linéaire fonctionne comme un sprint permanent. Elle peut être efficace à court
terme, dans des contextes précis, mais elle devient destructrice lorsqu’elle
est appliquée comme norme durable. Car la vie, le travail et les organisations
ne sont pas des sprints. Ce sont des marathons. Et personne ne peut courir un
marathon à la vitesse d’un sprint sans s’épuiser gravement.
Face à ce modèle, une
autre lecture de la performance existe : une performance systémique. Une
performance qui ne cherche pas à produire des bénéfices en continu, mais qui
intègre les cycles naturels de l’énergie humaine et collective. Dans cette
approche, la performance connaît des pics. On les célèbre. Puis vient une phase
de consolidation, de conservation, de récupération. Ensuite, un nouveau cycle
s’enclenche.
Cette logique cyclique permet de transformer la performance immédiate en performance durable.
Elle
repose sur une boucle de rétroaction permanente : évaluer les ressources
disponibles, ajuster les objectifs, préserver l’énergie du capital humain. Le
résultat ? Peut-être moins de pics spectaculaires, mais une création de valeur
qui grandit dans le temps. Sur un cycle de trois ans, par exemple, la richesse
produite est souvent bien supérieure à celle générée par une succession de
sprints épuisants.
Il est important de le
dire clairement : ce n’est pas que les organisations ou les individus « font
mal ». Depuis plus de cinquante ans, nous avons collectivement entretenu une
véritable propagande de la performance linéaire, associant effort constant, intensité
maximale et réussite. Or cela fait déjà plus de dix ans que les faits
s’accumulent : ce modèle ne peut pas durer.
Les conséquences sont
désormais visibles partout : burn-out, désengagement silencieux, perte
d’initiative, conformisme. Non pas par manque de motivation, mais parce que le
cadre impose une intensité incompatible avec la réalité humaine. Vouloir une
médaille d’or aux Jeux Olympiques suppose un entraînement d’exception, mais
certainement pas de courir cinq marathons par an à pleine vitesse.
Repenser la performance
ne signifie pas renoncer à l’exigence ou aux résultats. Cela signifie accepter
que la performance ne peut pas être permanente, et que la durabilité passe par
le respect des rythmes, des ressources et des cycles. La véritable modernité
managériale consiste aujourd’hui à construire des cadres exigeants mais
respirables, capables de soutenir l’engagement sans l’épuiser.
La performance n’est pas condamnée à devenir une source de pression. Elle peut redevenir un levier d’élan, de clarté et de cohérence, à condition d’être pensée non plus comme une course sans fin, mais comme une dynamique vivante, humaine et durable.


