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[Tribune] Transmission : comment sécuriser l'avenir d'un enfant handicapé sans rompre l'équilibre familial ?

Le point de vue de Nathalie Lejeune, directrice générale de FAPES Diffusion (ASAC-FAPES)

 

Assurer l’avenir d’un enfant en situation de handicap suppose de renforcer sa protection financière sans porter atteinte à la réserve héréditaire ni créer de déséquilibre entre héritiers. Plusieurs dispositifs permettent d’agir, encore faut-il anticiper et structurer la transmission pour concilier besoins spécifiques et équilibre familial.

 

La France compte plus de 18 millions de personnes en situation de handicap. Pour les familles concernées, la question de l’avenir est centrale : prise en charge durable, frais de santé élevés, nécessité d’assurer une autonomie financière parfois à vie. Dans ces fratries, les besoins sont rarement équivalents et appellent à une transmission patrimoniale plus personnalisée.

Si le droit français interdit de déshériter un enfant, tous héritiers réservataires, il permet toutefois d’en avantager un dans la limite de la quotité disponible, c’est-à-dire la part du patrimoine transmissible librement, sans porter atteinte à la réserve héréditaire des enfants. D’où l’importance d’anticiper et d’agir de son vivant, afin d’éviter incompréhensions et tensions futures. Plusieurs mécanismes permettent en effet de sécuriser l’enfant handicapé tout en respectant les droits de chacun.

 

L’assurance vie, l’enveloppe la plus souple pour personnaliser la transmission

 

Les capitaux transmis au décès sortent de la succession, dans la limite des règles relatives aux primes manifestement exagérées. Les parents peuvent ainsi flécher des montants significatifs vers l’enfant handicapé, sans remettre en cause la réserve héréditaire. La fiscalité est, de plus, très avantageuse :

152 500€ d’exonération par bénéficiaire pour les capitaux versés avant 70 ans, puis 30 500€ pour les primes, tous bénéficiaires confondus, après. La clause bénéficiaire permet d’aller plus loin en précisant et désignant qualitativement et quantitativement les volontés.

 

Au-delà du dispositif classique, les familles peuvent également ouvrir un contrat d’assurance vie

« Épargne Handicap », spécialement conçu pour préparer l’avenir financier d’un enfant invalide à plus de 80%. Souscriptible dès 16 ans pour une durée minimale de six ans, ce contrat offre au choix une rente garantie à vie ou un capital versé à terme, afin d’assurer des ressources durables à l’adulte handicapé.

Il ouvre en outre droit à une réduction d’impôt de 25% sur les primes versées, dans la limite de 1 525€ par an, majorés de 300€ par enfant à charge. Pour une famille avec trois enfants, cette enveloppe atteint

2 425€ déductibles chaque année. Un outil précieux pour structurer progressivement un capital dédié à l’autonomie future de l’enfant vulnérable, tout en bénéficiant d’un avantage fiscal immédiat.

 

La donation, l’outil le plus direct

 

La donation hors parts successorales permet de gratifier un enfant au-delà de sa part réservataire. Elle sera imputable sur la quotité disponible et soumise à indemnité de réduction si elle porte atteinte à la réserve. Lorsqu’un enfant est reconnu handicapé au sens fiscal du terme, il bénéficie d’un abattement spécifique de 159 325€, qui s’ajoute aux abattements classiques (notamment les 100 000€ par parent renouvelables tous les 15 ans). Ce cumul permet de transmettre des montants beaucoup plus conséquents pour répondre à des besoins financiers accrus.

 

D’autres formes d’avances consenties peuvent offrir un cadre personnalisé, comme la donation-partage qui permet de donner de son vivant à chacun de ses enfants. Il y a aussi les donations graduelles ou résiduelles qui offrent une réponse adaptée lorsque les parents souhaitent protéger durablement l’enfant handicapé tout en prévoyant la transmission finale aux autres membres de la fratrie ou de leurs héritiers. Ainsi, la donation graduelle permet de transmettre un bien à l’enfant handicapé en lui imposant de le léguer à sa mort aux héritiers désignés par les parents, alors que la donation résiduelle, plus flexible, lui permet d’utiliser ou même de vendre le bien : seul ce qu’il en reste à son décès revient automatiquement au bénéficiaire suivant désigné.

 

L’ensemble de ces dispositifs peut être réduit s’il excède la quotité disponible, d’où la nécessité d’un calibrage précis. Par exemple, pour un couple ayant trois enfants et un patrimoine de 100 000€, la quotité disponible représente un quart, soit 25 000€, librement arbitrables en faveur de l’enfant à protéger.

 

Le présent d’usage ou la pension alimentaire pour accompagner le quotidien

 

Au-delà des mécanismes successoraux, certaines aides peuvent être apportées au fil du temps pour répondre aux besoins concrets de l’enfant handicapé : financement d’un véhicule adapté, aménagement du domicile, acquisition d’un fauteuil ou d’un équipement médical, etc. Les présents d’usage, lorsqu’ils restent proportionnés aux revenus et au patrimoine des parents, ne constituent ni une donation taxable ni un avantage rapportable à la succession. Ils permettent d’aider ponctuellement, sans alourdir la masse successorale ni créer de déséquilibre perçu au sein de la fratrie.

 

La pension alimentaire constitue une autre modalité d’accompagnement, particulièrement utile lorsque l’enfant handicapé n’est plus rattaché au foyer fiscal ou réside hors du domicile familial. Versée pour couvrir ses besoins essentiels, elle est déductible du revenu imposable, dans la limite de 6 794€ en 2025, lorsque l’enfant n’est plus compté à charge.

 

Chaque situation familiale étant unique, la transmission doit être pensée comme un véritable projet patrimonial, construit dans la durée et, idéalement, accompagné par un professionnel. Une stratégie préparée de son vivant reste la meilleure façon de garantir l’autonomie future de l’enfant vulnérable tout en préservant l’équilibre et la sérénité de l’ensemble de la fratrie. 

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