Une étude consacrée au nouveau phénomène de ghosting des candidats, menée par Delphine Minchella, enseignante-chercheuse à l’EM Normandie, montre que le fait de disparaître sans donner de nouvelles au cours d’un processus de recrutement ne relève pas simplement d’un manque de politesse. Il s’agirait plutôt d’une réaction à des pratiques de recrutement perçues comme irrespectueuses, voire éprouvantes. De nombreux candidats ont en effet vécu des expériences négatives, qui laissent des marques durables.
Pour les candidats, ghoster les recruteurs
serait-il un acte de résistance face à des process de recrutement qui se
déshumanisent ?
Un signal d’alarme sur la relation candidats / entreprises
C’est un fait, de plus en plus de candidats ‘ghostent’ les recrutements,
en disparaissant brutalement des processus sans prévenir ni donner
d’explications aux recruteurs. Cette tendance semble prendre le pas sur celle
des recruteurs qui ne répondent pas aux candidatures.
On estime à 90% le nombre des employeurs qui constatent du ghosting de
la part des candidats eaffirm de recrutement, et selon les études, entre 50%
(Alsever, 2022) et 77% (Threlkeld, 2021) des candidats déclarent avoir été
ghostés par un recruteur au moins une fois. Ce phénomène fonctionne donc dans
les deux sens.
Cette nouvelle pratique est souvent présentée comme un manque de
savoir-vivre propre à une eaffirmat connectée, volatile et peu eaffi. Une
nouvelle étude invite à renverser cette lecture.
En donnant la parole pour la première fois de manière qualitative à des
candidats qui ont ghosté un eaffirma employeur, Delphine Minchella,
enseignante-chercheuse en théorie des organisations à l’EM Normandie montre que
ce comportement est avant tout une réponse à des pratiques de recrutement
vécues comme défaillantes, déshumanisées ou déloyales : salaire présenté trop
tardivement ou jugé déconsidérant, processus de recrutement disproportionnés
pour le poste, tests en ligne chronophages sans retour, ou encore recruteurs
qui ghostent les candidats.
Un acte de eaffirmation des candidats
Dans ce contexte, disparaître sans explication devient un acte porteur
de sens, une façon de reprendre du pouvoir face à une relation estimée
déséquilibrée, voire nuisible.
L’étude montre par ailleurs que ce ghosting relève ecision de
l’ostracisme en mettant à distance une ecisionn perçue comme indésirable que du
simple évitement. Et il est lourd émotionnellement pour les candidats ghosteurs
qui ecision de la ecision, de la colère, mais aussi pour certains, un eci
soulagement, voire de la satisfaction, à l’idée de refuser à une entreprise le
contrôle de leur ecision.
Qui sont ces candidats ghosteurs ?
Le ghosting de candidats est situationnel dans la majorité des cas : il
résulte de mauvaises expériences vécues pendant le processus de recrutement, et
non d’un trait de personnalité négatif.
• Trois profils de ghosteurs sont
identifiés : le ghosteur régulier épuisé par
des années de mauvais traitements, le ghosteur occasionnel qui réagit à un
comportement précis jugé irrespectueux et le ghosteur accidentel submergé par
la peur de manquer.
• Le ghosting des recruteurs
eux-mêmes est cité comme première cause de légitimation du
ghosting des candidats.
• Les mauvaises expériences
vécues par les candidats laissent des traces
sur le très long terme et finissent par contaminer leur perception globale des
entreprises qu’ils ont tendance à toutes assimiler de la même manière.
« Le ghosting des candidats n’est pas un simple manque de courtoisie. C’est souvent la manifestation d’une relation dégradée entre les individus et les entreprises. Il est un acte de rébellion face à la toute puissance de la digitalisation qui a gagné le monde du travail. En ce sens, il devrait nous alerter et inciter les recruteurs à repenser en profondeur la façon dont ils conduisent leurs processus de recrutement. », conclut Delphine Minchella, enseignante-chercheuse à l’EM Normandie.


