Par Astrid Liedes, Analyste
Finance Responsable, Actifs cotés -
Publiée en mai 2026 à la demande de la présidence française du G7, une
note du NGFS (Network for Greening the Financial System), le réseau de
verdissement des banques centrales, établit une base de données sans précédent
sur le coût économique et financier des catastrophes climatiques
Des coûts massifs et très disparates selon les pays
L’étude porte sur 31 cas réels dans 28 pays sur cinq continents sur la
période 2015-2025. Les résultats confirment l’amplitude des risques physiques :
les coûts annuels estimés varient de 0,03 % à 57 % du P.I.B. selon l’exposition
et la résilience des économies.
En 2025, l’ouragan Melissa a représenté une perte de 57 % du P.I.B.
jamaïcain. En 2016, le cyclone Winston avait coûté 30 % du P.I.B. des îles
Fidji. Pour les pays moins vulnérables, l’impact reste généralement plus limité
mais non négligeable : les inondations de Valence en 2024 ont entraîné une
perte de richesse régionale estimée à plus de 17 milliards d’euros, soit plus
de 20 % du P.I.B. régional.
Les scénarios court terme du NGFS montrent qu’une transition retardée
amplifie les impacts négatifs. La perte de P.I.B. mondial à horizon 2030 serait
de 0,4 % dans un scénario de transition ordonnée (avec une mise en œuvre
immédiate et graduelle) contre 1,3 % en cas de transition désordonnée
(ajustement brutal et non coordonné).
Une vulnérabilité particulière de la France et des effets de contagion
transfrontaliers
La Banque de France souligne que l’Hexagone apparaît plus vulnérable que
la moyenne européenne dans le scénario de stress climatique du NGFS : son
P.I.B. pourrait reculer de 7,4 % (contre 4,8 % pour l’UE) en cas d’événements
extrêmes sévères. Cela s’explique notamment par l’exposition de son
agriculture, de sa construction et de sa filière biocarburants aux sécheresses
et canicules.
Par ailleurs, les effets de
contagion transfrontaliers sont documentés : les inondations de 2022 au
Pakistan ont provoqué une chute des exportations agricoles et textiles
d’environ 13 %. L’interdépendance des systèmes financiers amplifie ces impacts,
les banques réduisant leurs prêts y compris dans les régions non touchées.
Accélérateur réglementaire
La CSRD (ESRS E1-9) encourage la publication depuis 2025 des montants
d’actifs et revenus nets exposés à un risque physique significatif. Sur le SBF
120 l’année dernière, 44 % des entreprises évaluaient leurs risques physiques
bruts sur leur périmètre opérationnel. Ce chiffre tombe à 18 % lorsqu’il s’agit
de leur chaîne de valeur.
Ces nouveaux résultats du NGFS montrent que le changement climatique entraînera une baisse du P.I.B. mondial en raison des catastrophes climatiques extrêmes, mais à un niveau moindre si cette transition est mise en œuvre immédiatement.


