Sextant Expertise publie
la première analyse nationale de 380 accords d’entreprise
Le dérèglement
climatique n’est plus une succession d’épisodes isolés, mais une
désynchronisation durable des saisons : pics de chaleur tardifs, épisodes de
froid précoces, pluies intenses, alternance brutale chaud/froid. Ces phénomènes
de plus en plus fréquents exposent directement les travailleurs à de nouveaux
risques professionnels et les employeurs doivent s’emparer de cette question.
Dans ce contexte,
Sextant Expertise publie la première analyse nationale portant sur 380 accords
d’entreprise contenant le terme « fortes chaleurs » (2022–2024).
Chiffres clés
• Seuls 8 % des accords prévoient une
adaptation complète des conditions de travail,
• Le nombre d’accords signés a baissé de 13,7%
en 3 ans,
• L’industrie manufacturière est le secteur qui
a le plus signé d’accords (38%) VS 2% pour l’agriculture,
• La région la plus signataire est
l’Ile-de-France (16%) VS 3% pour la PACA.
Une mobilisation
insuffisante face à l’intensification climatique
Les vagues de chaleur
et les canicules, qui s’intensifient chaque année, ont des conséquences
durables sur la santé des salariés, pouvant aller jusqu’au développement de
maladies chroniques ou le décès. La productivité est également en baisse
lorsque les températures dépassent 24-26°C.
Malgré ce constat,
l’étude de Sextant Expertise démontre que la multiplication des épisodes
extrêmes ne génère pas une croissance de l’activité de négociation dans les
entreprises en matière de fortes chaleurs. Pour preuve, seulement 380 accords
ont été recensés en trois ans (2022 à 2024) à ce sujet.
Fait encore plus inquiétant, le nombre d’accords signés enregistre une baisse de 13,7% entre 2022
et 2024.
Et seulement 8 % des
accords d’entreprise adoptent une stratégie complète reposant sur des mesures
Techniques, Humaines et Organisationnelles (T.H.O.).
Selon Christian Pellet, président de Sextant Expertise : « Nous ne pouvons plus traiter les phénomènes climatiques comme des anomalies ponctuelles. Le travail réel est déjà sous contrainte climatique. Les salariés n’attendent pas 2050 pour en subir les effets. Le dialogue social doit désormais intégrer l’adaptation comme un sujet central ».
Les secteurs d’activité
les plus exposés au réchauffement climatique peu représentés dans les accords
L’industrie
manufacturière arrive en tête du classement : 38% des entreprises sondés de ce
secteur ont signé des accords, loin devant les transports et l’entreposage
(16%).
Alors qu’ils
travaillent au contact direct des aléas climatiques, les secteurs les plus
vulnérables sont très peu engagés dans la négociation collective, comme la
construction (8%) ou l’agriculture (2%).
Ce paradoxe peut
s’expliquer par des réalités structurelles différentes selon les secteurs :
niveaux variables de représentation collective, ressources limitées, culture de
négociation inégale ou encore perception que certaines mesures relèvent déjà du
cadre national. À l’inverse, les secteurs plus organisés, comme l’industrie,
disposent d’instances représentatives plus structurées, ce qui facilite la
formalisation d’accords.
D’importantes
disparités en fonction des régions
L’étude révèle que les
régions les plus exposées aux fortes chaleurs ne sont pas celles qui recensent
le plus d’accords signés, bien au contraire.
Les régions les plus
signataires sont l’Île-de-France (16 %), la Nouvelle-Aquitaine (13 %) et les
Pays de la Loire (11 %).
À l’inverse, les
régions Auvergne-Rhône-Alpes (10%), Occitanie (8%) ou PACA (3%), pourtant plus
sensibles aux fortes chaleurs, sont peu représentées.
A noter que les DROM,
soumises également aux fortes chaleurs et aux intempéries, n’ont pas d’accords
signés en la matière, à l’exception de la Martinique.
Le décalage observé
entre exposition climatique et signature d’accords tient aussi à la structure
économique des territoires concernés, souvent composés de PME et de TPE. Ces
entreprises disposent de ressources administratives et juridiques plus limitées,
ce qui rend la négociation et la formalisation d’accords collectifs plus
complexes. Cela peut freiner la mise en place de mesures d’adaptation, pourtant
essentielles face aux fortes chaleurs.
Sept accords
d’entreprise qui montrent qu’une adaptation ambitieuse est possible
Parmi les 380 accords
analysés, Sextant Expertise met en lumière 32 accords innovants, dont 7
particulièrement exemplaires (cas concrets présentés dans l’étude)
• réorganisation des horaires et des rythmes ;
• seuils d’alerte précis ;
• rotations entre zones chaudes et fraîches ;
• cabines mobiles climatisées ;
• dispositifs dédiés aux seniors ;
• pauses supplémentaires ;
• arrêts temporaires d’activité en alerte
rouge.
« Lorsque les acteurs
partent du travail réel, les solutions émergent. Ces accords exemplaires
prouvent que l’adaptation est possible, pragmatique et transposable », souligne Christian
Pellet.
Pour Sextant Expertise, le dérèglement climatique impose un changement de méthode : faire de l’adaptation un pilier du dialogue social.


