Une nouvelle étude INRS confirme
le profil des victimes et propose des pistes de prévention adaptées.
En 2024, environ 760 décès accidentels en lien avec le travail ont été
reconnus par l’Assurance maladie – Risques professionnels. Près de 60 % de ces
accidents du travail mortels sont qualifiés de « malaises mortels »,
c’est-à-dire des décès survenus sur le lieu ou à l’occasion du travail sans
cause externe identifiée (traumatisme, hémorragie, électrocution…).
A l’occasion du 38e Congrès national de médecine et de santé au travail,
qui a lieu actuellement à Lyon, l’Institut national de recherche et de sécurité
(INRS) pour la prévention des accidents du travail et des maladies
professionnelles, présente une nouvelle étude pour mieux comprendre ces
malaises mortels et améliorer leur prévention en entreprise.
Une première analyse qualitative (non exhaustive) menée par l’INRS à partir des données de la base Epicea (Étude de prévention par l’informatisation des comptes rendus d’accidents) avait permis de classer les malaises mortels recensés entre 2012 et 2022, majoritairement comme des morts subites cardiaques. Sur la base de la même méthodologie, une nouvelle étude portant sur les malaises mortels survenus entre le 1er septembre 2023 et le 28 février 2025, confirme les premières conclusions, notamment sur le profil des salariés concernés, leurs secteurs d’activité, le contexte de l’accident...
Elle met
également en avant des pistes de prévention, comme l’organisation des secours
et le suivi individuel de l’état de santé, en particulier la visite de
mi-carrière qui pourrait être l’occasion d’un bilan des facteurs de risque
cardiovasculaire professionnels et extraprofessionnels.
Quels sont les profils des salariés concernés par ces malaises mortels ?
Dans 88 % des cas, les malaises mortels, survenus entre 2023 et 2025,
concernent des hommes, d’un âge médian de 53 ans. Les conducteurs de poids
lourds sont, de loin, la profession la plus représentée (15 %), suivie par les
cadres et directeurs (8 %) et, dans une moindre mesure, par les agents
d’entretien (3 %) et les métiers qualifiés du bâtiment (3 %).
Dans les récits d’accidents, plusieurs facteurs de risques
professionnels apparaissent, comme l’activité physique (manutention), les
horaires atypiques (travail de nuit et posté), les ambiances thermiques
(travail au froid et à la chaleur) mais également la situation de travail
particulière du travailleur isolé.
« Dans 83 % des cas, l’activité du travailleur est décrite comme
habituelle et 73 % des victimes étaient seules lorsque le malaise est arrivé,
sans pour autant être des travailleurs isolés à proprement parler. précise le Dr Anne Bourdieu à l’INRS, co-autrice de l’étude. Au vu des descriptions des accidents survenus, dans plus de 8 cas
sur 10, les malaises mortels correspondent à des morts subites cardiaques, dont
le mécanisme principal est l’infarctus du myocarde. ».
Comment améliorer la prévention de ces malaises mortels en milieu
professionnel ?
Agir sur les facteurs de risques cardiovasculaires professionnels, parmi lesquels les manutentions manuelles, l’activité physique, le
travail au froid ou lors de fortes chaleurs, les risques psychosociaux, les
horaires atypiques, les postures sédentaires… représente la première piste de
prévention à privilégier.
Une autre piste concerne l’organisation des secours : « il est nécessaire de former davantage de sauveteurs secouristes du
travail en entreprise et, plus globalement, de sensibiliser les salariés aux
gestes de premiers secours pour savoir comment réagir, qui alerter, comment
effectuer un massage cardiaque, utiliser un défibrillateur automatisé externe…
car cela augmente considérablement les chances de survie », souligne le
Dr Anne Bourdieu.
Enfin, le suivi individuel de l’état de santé des travailleurs est essentiel. « La visite de mi-carrière réalisée par les services de prévention et de santé au travail (SPST), semble un moment stratégique pour évaluer le risque cardiovasculaire du salarié, avec la réalisation d’un électrocardiogramme par exemple, et pour l’informer des symptômes qui doivent l’alerter. Dans de nombreux récits d’accidents, les victimes ont en effet présenté des signes, dans les heures ou jours précédant le malaise, comme une douleur à la poitrine, mais qu’ils ont malheureusement ignorés. » conclut le Dr Anne Bourdieu.


