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[Expertises] « En 2026, la technologie s’impose au cœur du modèle des assureurs »

Le point de vue de Alain Nohra, Regional Vice President, Europe du Sud, Guidewire.

 

Après une décennie centrée sur la digitalisation des parcours et l’amélioration des interfaces clients, l’assurance IARD entre dans une nouvelle phase : les sujets technologiques sont désormais indissociables des enjeux de compétitivité, de coûts et d’efficacité opérationnelle. Certains facteurs, comme le contexte économique, la pression réglementaire et l’évolution des comportements clients, remettent au premier plan des questions longtemps repoussées, notamment la qualité des données, la modernisation des systèmes cœur de métier et la capacité à industrialiser l’intelligence artificielle.

 

Dans ce paysage en mutation, trois tendances se détachent particulièrement pour 2026, toutes interconnectées entre elles et s’alimentant mutuellement, contribuant à redéfinir en profondeur le modèle opérationnel des assureurs.

 

Volatilité des assurés et stratégies tarifaires en recomposition

Historiquement caractérisé par la stabilité des portefeuilles, le marché français de l’assurance voit désormais progresser un phénomène jusqu’alors marginal : la résiliation volontaire des contrats. Cette attrition, communément désignée sous le terme de « churn », gagne en ampleur et modifie les équilibres concurrentiels. Face à cette évolution, une attention accrue est portée à la valorisation des données, à travers des démarches de segmentation plus fines, une personnalisation renforcée des offres et une exploitation plus structurée des informations tirées des sinistres. Ces orientations demeurent néanmoins encadrées par des contraintes réglementaires et mutualistes, qui limitent encore les perspectives de monétisation ou d’ouverture des données.

 

Dans un environnement marqué par une plus grande volatilité des assurés, la tarification retrouve mécaniquement un rôle central. En particulier, les approches de tarification dynamique s’imposent comme un levier stratégique. L’intégration de flux de données en temps réel, le développement de mécanismes de scoring instantané et l’analyse de données comportementales autorisent des ajustements tarifaires plus rapides, voire une redéfinition du positionnement sur certains segments. À ce titre, l’année 2026 devrait être marquée par l’émergence de propositions renouvelées, soutenues par les avancées des partenaires technologiques du secteur.

 

Le passage à l’échelle de l’IA par les assureurs aura-t-il lieu ?

Après des années d’expérimentations et de PoC en matière d’IA, 2026 devrait marquer un jalon pour les assureurs : celui du passage en production des premiers cas d’usages, principalement sur l’automatisation de la souscription d’entreprise, la détection de fraude, la priorisation des sinistres et l’analyse documentaire accélérée, avant de viser des objectifs de plus grande envergure. En effet, les directions générales attendent désormais des résultats tangibles justifiant les investissements réalisés, et accorderont une importance particulière à la façon dont l’IA leur permet de réaliser des gains de productivité, d’améliorer la souscription ou encore de réduire le coût moyen de gestion des sinistres.

 

Cette industrialisation n’est toutefois possible qu’en s’appuyant sur une infrastructure adaptée. Le passage au cloud s’impose comme un prérequis pour bénéficier des capacités IA natives, sécuriser les modèles et absorber la croissance des flux de données. Les assureurs entrent donc dans une phase où la stratégie IA ne peut plus être dissociée de la stratégie technologique globale.

 

Redonner la priorité aux systèmes cœur de métier

Les enseignements tirés de plus d’une décennie de transformation sont désormais clairs. Les stratégies de modernisation concentrées sur les couches périphériques, visant essentiellement les éléments visibles, ont montré leurs limites. L’amélioration de l’expérience client, lorsqu’elle n’est pas accompagnée d’une évolution du socle applicatif, ne suffit pas à transformer durablement la performance opérationnelle.

 

Le déploiement de l’intelligence artificielle accentue ce constat. Sans systèmes cœur de métier modernes, modulaires et capables de mobiliser des données fiables en temps réel, aucune industrialisation n’est envisageable. Longtemps relégué au second plan, le back-end redevient ainsi un pilier central des stratégies de transformation.

 

Pour autant, l’option d’une refonte radicale demeure largement écartée. Les contraintes opérationnelles conduisent à privilégier des trajectoires progressives, fondées sur des évolutions modulaires et séquencées. À l’horizon 2026, des initiatives structurées de transformation des systèmes cœur devraient être engagées selon cette logique incrémentale, appelée à s’imposer comme un standard dans un marché en quête d’agilité.

 

En 2026, les assureurs s’apprêtent donc à aborder un agenda technologique plus stratégique que jamais, nécessitant d’opérer des choix plus structurants. De leur capacité à savoir aligner les trois dynamiques phares, que sont la data, l’IA et la transformation du cœur de métier, dépendra la réussite de leur ambition de construire les fondations d’une assurance plus agile, plus efficace et mieux armée face aux évolutions rapides du marché.

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