Alors que le véhicule électrique entre
dans une nouvelle phase d’adoption massive portée par une crise mondiale de
l’énergie, une nouvelle étape technologique est en train de s’ouvrir avec
l’arrivée des batteries au sodium. Longtemps considérée comme une simple
alternative théorique au lithium, cette technologie vient d’entrer en 2026 dans
une phase d’industrialisation concrète avec à la clé des bénéfices concrets sur
le coût, la sécurité et la performance qui pourraient redessiner en profondeur
l’équation stratégique et économique de la mobilité électrique. Point
d’accélération majeur de cette transformation, l’annonce faite début mai lors
du dernier Salon de l’Automobile de Pékin, par le leader mondial des batteries
CATL.
Le groupe chinois, qui
contrôle à lui seul 40% du marché mondial, a officialisé la mise en production
industrielle de sa batterie au sodium, baptisée Naxtra, appelée à devenir une
base technologique de référence pour de nombreux constructeurs de véhicules
électriques.
Dans ce contexte, Solal
Botbol, cofondateur et PDG de Beev, startup française leader du leasing de
véhicules 100% électrique (avec plus de 5 000 clients particuliers,
professionnels et entreprises déjà accompagnés), propose aujourd’hui un
décryptage de cette révolution technologique. Alors que les premiers véhicules
équipés de batteries au sodium sont attendus dès 2026–2027 en Chine puis en
Europe à partir de 2027–2028, il donne aux automobilistes et aux professionnels
du secteur de la mobilité les clés de lecture d’une mutation qui pourrait
accélérer encore davantage la démocratisation du véhicule électrique à grande
échelle.
Quel est le principe de
fonctionnement d’une batterie au sodium ?
« Le fonctionnement
reste celui que l’on connaît déjà avec le lithium-ion : des ions qui circulent
entre deux électrodes pour stocker et restituer l’énergie. Mais ici, on change
un élément clé : le lithium est remplacé par le sodium, un élément chimique tout
simplement issu du sel. Et cette différence est majeure, car le sel est une
ressource abondante, déjà exploitée partout dans le monde et notamment en
France. C’est précisément cette accessibilité qui est révolutionnaire et qui
pourrait ouvrir la voie à une adoption massive des batteries au sodium autour
du globe. »
Quel est l’intérêt de
développer des batteries basées sur le sodium plutôt que le lithium ?
« Face au lithium, le
sodium change la donne : la matière première est 3 à 5 fois moins coûteuse et
les batteries au sodium présentent une bien meilleure stabilité chimique ainsi
que des performances supérieures par grand froid. Pour l’instant, leur densité
énergétique reste environ 30 % plus faible, ce qui limite leur usage sur les
longues distances. C’est précisément ce compromis qui en fait une solution
idéale pour la mobilité urbaine de type petite citadine ou utilitaire léger.
Autrement dit, le sodium ne remplace pas dès à présent le lithium, il vient
plutôt le compléter là où c’est le plus pertinent. »
En matière d’autonomie
et de recharge, quelles sont les performances à attendre ?
« Avec une densité
autour de 175 Wh/kg, les batteries sodium offrent aujourd’hui 300 à 400 km
d’autonomie sur une citadine, largement de quoi couvrir les 90 % de trajets
quotidiens en France qui ne dépassent pas les 50 km. Côté recharge, on atteint
80 % en 15 à 20 minutes, au niveau des meilleures batteries lithium actuelles.
Mais là où le sodium se démarque vraiment, c’est par sa constance : ses
performances tiennent même par grand froid. Et surtout, il peut encaisser des
milliers de cycles de charge rapide sans se dégrader, ce qui est une vraie
faiblesse de la technologie lithium. Alors que la recharge rapide au quotidien
est une préoccupation massive pour celles et ceux qui hésitent encore à passer
à l’électrique, cela peut faire une réelle différence. »
Quels sont les
avantages concrets d’un véhicule électrique avec une batterie au sodium ?
« Concrètement, le
sodium rend le véhicule électrique plus fiable et plus serein au quotidien : en
hiver en période de froid extrême, la perte d’autonomie est de seulement 10 %,
contre jusqu’à 30 % pour le lithium. La sécurité est également bien meilleure,
avec un risque d’incendie quasi nul du fait d’un risque d’emballement thermique
fortement réduit. Enfin, c’est une technologie qui permet une durée de vie
supérieure à 4 000 cycles, soit 15 à 20 ans d’usage normal. Bilan : les
véhicules électriques à batterie au sodium seront plus sûrs, plus durables et
réellement performants, même par grand froid. »
Devra-t-on changer ses
habitudes ou son équipement si l’on passe à un véhicule avec une batterie au
sodium ?
« Pour l’utilisateur
final, le passage au sodium sera totalement transparent : aucune habitude à
changer, aucune adaptation à prévoir. Les standards de recharge restent les
mêmes, Type 2 et CCS, tout comme les protocoles de communication. Concrètement,
une borne installée aujourd’hui continuera de fonctionner sans modification
avec un véhicule au sodium mis demain sur le marché. C’est une évolution de la
batterie, pas de l’écosystème. »
Les batteries au sodium
vont-elles permettre aux constructeurs de proposer des véhicules électriques
moins chers aux automobilistes ?
« Le sodium est l’un des leviers les plus crédibles pour rendre enfin le véhicule électrique accessible au plus grand nombre. Quand la batterie représente 30 à 40 % du prix d’un véhicule, réduire ce coût de
20 à 30 % comme le permet le moindre coût du sodium change tout. Cela se traduit concrètement par
2 000 à 4 000 euros en
moins sur une citadine. Et surtout, cela rend réaliste l’arrivée d’électriques
sous les 20 000 euros sans tenir compte des aides à l’acquisition. »
Et quelles économies
cela pourrait-il représenter pour les professionnels et les flottes
d’entreprises ?
« Pour les flottes d’entreprise, le sodium change immédiatement l’équation économique : on peut viser
10 à 15 % d’économie sur le loyer mensuel d’un utilitaire, à autonomie
équivalente. Cela peut représenter une cinquantaine d’euros par véhicule et par
mois sur l’entrée et le milieu de gamme. À l’échelle d’une flotte de 100
véhicules, on parle déjà de 60 000 euros récupérés chaque année. Autrement dit,
le sodium devient un levier direct de réduction du TCO. »
Quand les
automobilistes doivent-ils s’attendre à voir cette technologie arriver ?
« Le calendrier est
désormais très concret : la production en série démarre dès cette année chez le
leader mondial CATL. Les premiers véhicules équipés arriveront sur les routes
fin 2026, début 2027, d’abord en Chine sur les segments citadins avec des constructeurs
comme BYD, Chery et JAC. L’Europe, et donc la France, suivront avec un léger
décalage, en commençant par des véhicules de constructeurs chinois qui
devraient arriver chez nous entre 2027 et 2028. Quant aux constructeurs
européens, ils visent une industrialisation au plus tôt en 2028, le temps de
rattraper leur lourd retard technologique sur le volet batterie. »
Et pour les
professionnels et les entreprises ?
« Pour les professionnels, on peut réalistiquement s’attendre à ce que les premières commandes soient passées courant 2027, d’abord via des utilitaires légers asiatiques importés. Pour une offre européenne homologuée et disponible en volume, il faudra là aussi plutôt viser 2028. D’ici là, le marché entreprise en France restera sur des séries pilotes pour prouver les avantages concrets de la technologie et sa fiabilité. On ne doit donc pas encore s’attendre à des flottes complètes tournant au sodium d’ici quelques années. Clairement, le sodium ne va pas remplacer le lithium dans l’immédiat : il sera pertinent pour les véhicules urbains du quotidien et les véhicules utilitaires légers, mais pour le reste des usages plus intensifs, le lithium restera une technologie dominante pendant encore plusieurs années. »


