Décryptage Eyst Technology.
Dans un contexte où les
catastrophes naturelles pèsent de plus en plus lourd sur les comptes des
assureurs (avec une facture atteignant 5,2 milliards d’euros en 2025) le
secteur de l’assurance en France amorce un virage décisif. Accélérée par la
multiplication des événements climatiques extrêmes ces dernières années (avec
les régions de l’ouest et du sud-ouest de la France particulièrement touchées
en janvier et février 2026), l’explosion des sinistres du quotidien comme les
dégâts des eaux (+88 % en vingt ans) et les nouvelles attentes des assurés
(avec en 1ère cible la suppression de l’avance de frais selon le dernier livre
blanc de Visa paru début 2026) une nouvelle promesse d’expérience en assurance
émerge : celle d’une indemnisation quasi instantanée, fluide et dirigée. À la
croisée des technologies de paiement et de l’expérience client, cette
transformation a déjà commencé à redéfinir les standards du marché.
Aujourd’hui, Arnaud
Brodzki, cofondateur et CEO de la startup française Eyst Technology (dont la
solution SaaS d’indemnisation fléchée lui a permis de lever 1,7 million d’euros
en octobre 2025 et de signer des partenariats avec 4 grands noms de l’assurance,
dont Generali), décrypte cette mutation en profondeur et explique comment les
acteurs de l’assurance peuvent répondre à l’exigence croissante d’immédiateté
dans un monde de plus en plus exposé aux risques.
L’indemnisation en
assurance est-elle en train d’évoluer ?
« Oui, clairement. Un
nouveau modèle d’indemnisation émerge en assurance. Historiquement, le secteur
s’est construit autour de deux modèles : le remboursement a posteriori et les
réseaux de prestataires. Ces approches ont structuré le marché, mais elles montrent
aujourd’hui leurs limites. Elles génèrent des coûts importants chez les
assureurs, aussi bien en pilotage opérationnel qu’en gestion de la relation
client. Surtout, elles ne répondent plus aux standards d’instantanéité imposés
par d’autres industries et souhaités par les assurés. C’est précisément ce
décalage qui ouvre la voie à des modèles d’indemnisation plus rapides, plus
fluides et mieux ciblés. »
Quelles sont ses
limites ?
« Le timing du
remboursement crée de la friction dans le parcours client. L’assuré doit
avancer les frais, puis attendre son indemnisation, souvent sans réelle
visibilité. C’est une expérience qui peut rapidement générer de
l’insatisfaction. Les réseaux de prestataires, de leur côté, permettent
d’éviter l’avance de frais, mais ils restent rigides, parfois complexes à
piloter et coûteux en gestion pour les assureurs. »
Quelle est l’évolution
en cours ?
« Le marché est en
train d’évoluer vers des modèles de paiement dirigé et programmable. C’est un
changement de logique profond dans la manière d’indemniser. L’idée est simple :
ne plus rembourser après coup, mais organiser le paiement en amont. Les fonds
sont fléchés, contrôlés et utilisés au bon moment, pour le bon usage. Cela
permet de gagner en efficacité, en transparence et en rapidité d’exécution. »
Concrètement, qu’est-ce
que l’indemnisation instantanée change pour l’assuré ?
« Concrètement, cela
change tout pour l’assuré. Il n’a plus à avancer les frais, tout en conservant
une vraie liberté d’action. Prenons l’exemple d’une annulation de vol : une
carte virtuelle peut être envoyée instantanément sur le téléphone de l’assuré.
Il peut alors réserver un hôtel, payer ses repas ou ses déplacements, en toute
autonomie. Le tout dans un cadre défini par l’assureur, qui garantit ainsi un
usage maîtrisé des fonds. L’indemnisation instantanée permet donc d’améliorer
fortement l’expérience client, tout en renforçant la relation de confiance
entre assureurs et assurés. »
Et pour les
prestataires en réseau ?
« Pour les prestataires
en réseau, le fonctionnement devient plus fluide et plus rapide. On peut faire
un parallèle avec l’hôtellerie : comme sur Booking.com, une carte virtuelle est
transmise aux hôtels qu’ils débitent eux-mêmes le jour de l’arrivée du client.
Appliqué à l’assurance, cela permet aux prestataires d’être payés immédiatement
après leur intervention. Le paiement est sécurisé, tracé, et bien plus rapide
que dans les circuits traditionnels. Cela améliore directement leur trésorerie
et, par ricochet, leur relation avec les assureurs. Côté assureur, le
dispositif est aussi plus simple et moins coûteux à piloter au quotidien. »
Et si l’assureur fait
appel à un prestataire ne relevant pas de son réseau ?
« Le même principe
s’applique en dehors des réseaux traditionnels. Les assureurs peuvent envoyer
une carte virtuelle à un prestataire hors réseau, utilisable dans un cadre
défini. Celui-ci peut alors la débiter après la prestation, simplement et en
toute sécurité. Cela permet d’élargir considérablement le champ des partenaires
mobilisables. On gagne en flexibilité pour s’adapter aux situations réelles sur
le terrain. Tout en conservant un contrôle total et fin sur les paiements
engagés. »
En quoi est-ce
différent des modèles actuels ?
« Les modèles actuels
reposent principalement sur deux logiques : le remboursement ou les réseaux
fermés. Le paiement dirigé vient ajouter une couche supplémentaire plus agile.
Il permet de piloter les flux financiers. Que l’on passe par un réseau ou hors
réseau, le contrôle reste total. Surtout, il devient possible d’adapter les
parcours en temps réel selon la situation. Les assureurs gagnent ainsi en
souplesse, sans perdre en maîtrise ni en sécurité. »
Quel impact sur la
fraude ?
« Le remboursement
repose encore largement sur du déclaratif, avec les limites que cela implique.
Le paiement dirigé change la donne en introduisant un contrôle en amont. Les
cartes virtuelles sont paramétrées par l’assureur, avec des règles d’usage précises.
Elles ne peuvent être utilisées que chez des commerçants autorisés. Il devient
donc impossible de détourner les fonds vers d’autres usages. C’est un levier
très concret pour réduire certains types de fraude. »
Quels bénéfices pour
les assureurs ?
« Au-delà de l’amélioration de l’expérience assuré, le paiement dirigé offre aux assureurs un pilotage bien plus fin des flux et des coûts. Payer plus rapidement les prestataires, surtout ceux en réseau, fluidifie les opérations au quotidien. Cela renforce également la relation avec ces partenaires, en instaurant plus de confiance et de transparence. On ouvre la voie à des modèles économiques plus équilibrés, où chacun trouve son compte. Le processus devient plus efficace, plus sûr et plus maîtrisé. L’indemnisation fléchée s’inscrit comme un levier de transformation opérationnelle pour les assureurs.


