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[Expertises] Retraite des élus locaux : derrière l’idée de privilèges, des droits souvent limités

Le point avec Lilycare, plateforme de souscription d’assurances en ligne.

 

À l’approche du second tour des élections municipales, de nombreux citoyens s’apprêtent peut-être à s’engager dans la vie publique locale. Conseillers municipaux, adjoints ou maires jouent un rôle essentiel dans le fonctionnement démocratique des territoires. Pourtant, une idée reçue persiste : celle d’élus locaux bénéficiant d’un régime de retraite particulièrement avantageux. En réalité, leur système de retraite est bien moins favorable qu’on ne l’imagine souvent.

 

Contrairement à certaines fonctions électives nationales, les élus locaux ne disposent pas d’un régime de retraite spécifique. Leur protection repose principalement sur les dispositifs applicables aux agents non titulaires de la fonction publique, avec un système structuré autour de trois niveaux.

 

Le premier niveau est obligatoire : il s’agit de la retraite complémentaire de l’IRCANTEC (Institution de retraite complémentaire des agents non titulaires de l’État et des collectivités publiques). Tous les élus percevant une indemnité de fonction y sont affiliés. Les cotisations, partagées entre l’élu et la collectivité, sont converties en points qui détermineront le montant de la pension au moment de la liquidation, selon la valeur de service du point.

 

Le deuxième niveau concerne la retraite de base du régime général de l’Assurance retraite (CNAV), dont l’affiliation dépend du niveau des indemnités perçues. Elle devient obligatoire lorsque le total des indemnités dépasse un certain seuil, environ la moitié du plafond annuel de la Sécurité sociale. Depuis septembre 2023, les élus dont les indemnités sont inférieures à ce seuil peuvent toutefois choisir d’y être affiliés sur option, afin de sécuriser leurs droits.

 

Enfin, un troisième niveau facultatif permet aux élus de se constituer un complément de retraite. Deux dispositifs existent : le FONPEL (Fonds de pension des élus locaux), créé à l’initiative de l’Association des maires de France, et le CAREL (Caisse autonome de retraite des élus locaux). Dans ces régimes, l’élu peut décider de cotiser volontairement entre 4 % et 8 % de son indemnité brute. Particularité notable : la collectivité abonde automatiquement à hauteur équivalente, ce qui double les cotisations versées.

 

Si ce système permet théoriquement de construire une protection retraite progressive, la réalité est souvent plus nuancée. Dans de nombreuses communes, les indemnités de fonction restent modestes, et la durée d’un mandat, généralement six ans, limite mécaniquement le nombre de points acquis.

 

« Contrairement à une idée largement répandue, les élus locaux ne bénéficient pas d’une retraite privilégiée. Leurs droits dépendent directement du niveau de leurs indemnités et de la durée de leur mandat. Pour beaucoup d’entre eux, notamment dans les petites et moyennes communes, les droits acquis sur une mandature restent relativement modestes », explique Sonia Elmlinger, cofondatrice de Lilycare, spécialisée dans la protection sociale des travailleurs indépendants et des dirigeants.

 

La situation peut être encore plus sensible pour les élus qui exercent leur mandat en parallèle d’une activité professionnelle, en particulier les travailleurs indépendants. Lorsque les indemnités sont faibles, elles ne permettent pas toujours d’ouvrir des droits significatifs à la retraite de base. Sans anticipation ou dispositif complémentaire, certains élus peuvent ainsi se retrouver avec des droits fragmentés ou insuffisants.

 

Dans ce contexte, les dispositifs facultatifs comme le FONPEL ou le CAREL jouent un rôle clé. Ils permettent de renforcer les droits à la retraite grâce à un mécanisme de capitalisation et à l’abondement automatique de la collectivité. Pourtant, ces dispositifs restent encore relativement méconnus ou sous-utilisés. En complément, les élus peuvent également recourir à des solutions d’épargne retraite individuelles, comme le Plan d’épargne retraite (PER). Ce dispositif permet de se constituer une épargne sur le long terme, avec des versements déductibles du revenu imposable dans certaines limites, afin de compléter les droits acquis pendant le mandat. Pour les élus qui exercent parallèlement une activité professionnelle non salariée, le PER peut ainsi constituer un outil supplémentaire pour anticiper et sécuriser leur niveau de revenu à la retraite.

 

« L’engagement local repose souvent sur une motivation citoyenne forte. Mais il est essentiel que les élus puissent aussi anticiper les conséquences de cet engagement sur leur protection sociale. Dans bien des cas, adhérer à un dispositif complémentaire dès le début du mandat peut faire une réelle différence pour la retraite future », souligne Sonia Elmlinger.

 

Alors que les collectivités locales cherchent régulièrement à renouveler les vocations et à encourager l’engagement citoyen, mieux informer les futurs élus sur leurs droits sociaux constitue un enjeu important. Derrière l’image parfois véhiculée d’avantages importants, la retraite des élus locaux reste en réalité étroitement liée aux cotisations versées pendant le mandat. Une réalité qui rappelle qu’en matière de protection sociale, l’information et l’anticipation restent les meilleurs leviers pour sécuriser l’avenir.


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