Le Carbon Action report 2026
d'EcoVadis et de Kearney révèle que les entreprises disposant de données
carbone moins fiables sur leurs fournisseurs s'exposent à des risques carbone
plus importants et plus coûteux tout au long de leur chaîne d'approvisionnement.
S'appuyant sur les données de plus de 56 000 entreprises évaluées par EcoVadis sur leur performance carbone au cours de l'année écoulée, le rapport révèle que seulement 4% des entreprises utilisent des données primaires provenant de leurs fournisseurs pour calculer leur empreinte carbone de Scope 3.
La plupart s'appuient soit sur des moyennes sectorielles, soit ne publient aucune donnée sur leur
Scope 3. Résultat : les entreprises qui utilisent des
données peu fiables pourraient sous-estimer leur véritable empreinte carbone de
Scope 3 jusqu'à 3 fois.
EcoVadis appelle cette sous-estimation l'Écart de Fragilité : le
décalage entre la résilience que les entreprises pensent avoir - portées par la
multiplication des données et rapports climatiques disponibles - et leur
exposition réelle, une fois que l'on regarde des données non vérifiées. Face à
la multiplication des chocs géopolitiques, des perturbations commerciales et
des impacts du changement climatique, c'est précisément cet écart qui fera la
différence entre les entreprises capables d'encaisser le prochain choc et
celles qui ne le pourront pas.
Émissions carbone : un risque financier croissant
Les émissions de gaz à effet de serre sont une des causes majeures du
changement climatique. Alors que les conséquences économiques des épisodes
météorologiques extrêmes survenus en Europe en 2026 sont encore en cours
d'évaluation, les recherches montrent qu'en 2025, les vagues de chaleur, les
sécheresses et les inondations ont à elles seules touché environ un quart des
régions de l'UE - entraînant des pertes estimées à 43 milliards d'euros, un
montant qui pourrait atteindre 126 milliards d'euros cumulés d'ici 2029.
La réglementation évolue elle aussi. En Europe, le Mécanisme
d'Ajustement Carbone aux Frontières (CBAM) impose désormais aux entreprises de
comptabiliser les émissions de carbone incorporées dans les produits importés,
avec un début d'achat des certificats prévu en 2027. Aux États-Unis, la loi
californienne SB 253 imposera aux grandes entreprises actives dans l'État de
déclarer leurs émissions opérationnelles dès cette année, puis leurs émissions
de Scope 3 à partir de 2027.
La résilience des chaînes d'approvisionnement devient un enjeu financier
stratégique. De meilleures données pourraient permettre d'économiser environ 5
dollars par tonne de carbone d'ici 2030, sur une chaîne d'approvisionnement
type.
Concrètement, pour une grande entreprise générant 1 million de tonnes de
CO₂e d'émissions opérationnelles, et en tenant compte d'un multiplicateur
moyen de 27 entre émissions de Scope 3 en amont et émissions opérationnelles,
ce potentiel d'économie représente un coût estimé à 135 millions de dollars par
an pour une entreprise de taille intermédiaire.
« Les entreprises prennent des décisions en matière d’investissement et
d’approvisionnement sur la base de données carbone auxquelles elles ne peuvent
pas réellement se fier, explique
Pierre-François Thaler, cofondateur et co-PDG d’EcoVadis. Il s’agit d’un
véritable angle mort dans la gestion des risques d’une entreprise. Celles qui
s’y attaquent dès maintenant s’appuient sur des données vérifiées pour décider
auprès de quels fournisseurs elles souhaitent s’approvisionner, avant qu’une
perturbation, un régulateur ou un concurrent ne les contraigne à prendre cette
décision.»
Principaux enseignements du rapport
• L’engagement des fournisseurs
reste limité : seules 7% des entreprises
impliquent actuellement leurs fournisseurs sur les enjeux carbone. Les
entreprises disposant de données vérifiées sur leurs émissions de Scope 1 et 2
sont toutefois huit fois plus susceptibles de le faire - preuve que qualité des
données et maturité carbone s'alimentent mutuellement. Les entreprises qui
impliquent leurs fournisseurs ont également six fois plus de chances
d'atteindre leurs objectifs fondés sur la science.
• La maturité carbone accélère la
réduction des émissions : les entreprises les
plus avancées du réseau (environ 3%), qui se distinguent par les pratiques de
gouvernance les plus solides et le niveau d'engagement le plus élevé de leurs
fournisseurs, réduisent leurs émissions opérationnelles jusqu'à sept fois plus
rapidement que les 58% d'entreprises qui se situent encore aux niveaux de
maturité carbone les plus faibles (-6,4% contre 0,9 à 1,5%).
• Les données vérifiées peuvent
attirer davantage de clients : les entreprises
qui partagent des données vérifiées sur leurs émissions de Scope 1 et 2 (12%
des entreprises déclarantes) comptent en moyenne 31 connexions avec des
acheteurs, soit près de trois fois plus que les 11 enregistrées en moyenne par
celles qui utilisent des données peu fiables. Cet écart s'explique presque
entièrement par les collaborations menées dans le cadre des Initiatives
Sectorielles EcoVadis, ce qui suggère que les entreprises perçoivent déjà
l'avantage commercial d'une transparence accrue.
• Les entreprises disposant de
données carbone fiables atteignent plus souvent leurs objectifs de réduction
des émissions : parmi les entreprises ayant fixé
des objectifs fondés sur la science, celles qui disposent de données vérifiées
sont en bonne voie pour les atteindre dans 77% des cas, contre 54% pour celles
qui s'appuient sur des données moins fiables.
• Un nombre restreint de
fournisseurs à fort impact est essentiel pour accélérer les progrès : les 10% de fournisseurs les plus émetteurs représentent 95% des
émissions totales du réseau et sont en relation avec 72 acheteurs en moyenne,
soit deux fois plus que les autres fournisseurs. Améliorer la qualité des
données d'un seul fournisseur fortement émetteur peut ainsi renforcer la
visibilité de dizaines d'acheteurs simultanément.
« Ce rapport montre précisément là où les entreprises sont encore à la
traîne : non pas en matière d’ambition, mais sur les données qui la
sous-tendent, conclut Angela Hultberg, Global
Head of Sustainability chez Kearney. Les entreprises qui investissent
dès maintenant dans des données fiables prendront, au cours des cinq prochaines
années, de meilleures décisions que celles qui continuent de s’appuyer sur des
estimations. Les résultats les plus rapides sont obtenus en ciblant d’abord les
fournisseurs les plus émetteurs, en s’appuyant sur des exigences contractuelles
et de véritables mécanismes d’incitation, plutôt que d’essayer de transformer
l’ensemble de sa chaîne d’approvisionnement en une seule fois. »
Si de meilleures données peuvent dans un premier temps conduire à revoir à la hausse l'empreinte carbone d'une entreprise, elles constituent un socle essentiel pour prendre de meilleures décisions, obtenir des réductions mesurables des émissions et démontrer le retour sur investissement.


