Connexion
/ Inscription
Mon espace
Etudes & Enquêtes
ABONNÉS
Partager par Linked-In
Partager par Xing
Partager par Facebook
Partager par email
Suivez-nous sur feedly

[Expertises] Trop de touristes en France ? L’impasse de la stratégie touristique française

Après un été caniculaire, et à l’heure où les bilans de fréquentation touristique estivale sont publiés, le Réseau Action Climat rend public un nouveau rapport : « Trop de touristes en France ? L’impasse de la stratégie touristique française ».

Ce rapport démontre que la promotion de la France auprès de touristes lointains alimente la crise climatique et contribue au renchérissement de l’offre touristique hexagonale, conduisant de plus en plus de résidents en France à arbitrer pour des vacances moins longues, ou à partir à l’étranger.

 

Une stratégie touristique climatiquement insoutenable

 

Le tourisme représente 11 % des émissions de gaz à effet de serre de la France, alors qu’il ne contribue qu’à 3,8 % du PIB. Cette disproportion s’explique en grande partie par l’empreinte carbone du transport aérien : les touristes extra-européens représentent 2 % des touristes en France, mais pèsent 20 % des émissions de gaz à effet de serre.

 

Pourtant, la France cherche à faire venir toujours plus de clientèles lointaines et aisées. Le gouvernement s’est fixé un nouvel objectif d’augmenter les retombées économiques internationales de 30 % d’ici 2030, sans objectif équivalent pour les touristes français. De nombreuses destinations françaises emboîtent le pas à cette stratégie : par exemple, le nouveau président de l’office de tourisme de Lyon a comme priorité l’ouverture d’un palace, de boutiques de luxe, et le développement de liaisons aériennes.

 

Cette stratégie alimente la crise climatique, et oublie que ce sont les touristes français, puis les européens (Royaume-Uni, Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Suisse) qui contribuent le plus à l’économie touristique française, loin devant les autres touristes internationaux.

 

Alexis Chailloux, responsable Transport du Réseau Action Climat, souligne : « La stratégie gouvernementale semble n’avoir d’yeux que pour les touristes lointains, au détriment du climat et du marché domestique. Le projet de parc d'attractions Dragon Ball Z, voulu par Emmanuel Macron et financé par l’Arabie Saoudite, est un exemple de ce qu’il ne faut plus faire. Celui-ci va alimenter notre dépendance à une pétromonarchie autoritaire et stimuler le trafic aérien, notamment depuis l’Asie. »

 

Des externalités négatives multiples

 

Ce rapport compile et fait dialoguer les données les plus récentes sur l’activité touristique en France, et met en lumière plusieurs conséquences inquiétantes de la promotion du tourisme lointain :

 

•   Des résidents français qui partent moins en vacances en France : la montée en gamme de l’offre touristique hexagonale et la hausse des prix associée excluent une partie des résidents du marché domestique. Ces derniers séjournent alors moins longtemps, ou se tournent alors vers les destinations étrangères, comparativement moins chères.

 

•   Une concentration des retombées économiques sur quelques territoires emblématiques de la France et desservis par des aéroports internationaux (Ile-de-France, Côte d’Azur). Le tourisme lointain bénéficie en priorité aux groupes hôteliers (comme Accor) et aux restaurateurs, notamment haut de gamme. A l’inverse, les touristes européens, qui viennent souvent en voiture, se répartissent mieux sur le territoire, notamment dans les campings sur le littoral ou en zone rurale.

 

•   Une dégradation du cadre de vie : dans les zones touristiques les plus prisées par le tourisme international, les besoins en hébergement touristique alimentent la pression sur le foncier et contribuent à l’augmentation des loyers. Une partie des habitants se voit contrainte de déménager pour des raisons économiques.

Vers une autre politique touristique

 

Face à ce constat, le Réseau Action Climat propose des alternatives concrètes :

•   Développer les vacances des résidents français en France, en réhaussant notamment l’ambition du “billet de congés annuel” (un AR en train par an par personne à 49 €)

 

•   Privilégier les clientèles étrangères proches, en réaffectant le budget des campagnes de promotion de la France à l’étranger vers les pays européens proches, et en développant les connexions ferroviaires entre la France et l’Europe.

 

•   Limiter l’essor du trafic aérien, en stoppant le projet d’extension de Roissy CDG ainsi que les subventions et exonérations fiscales dont jouit le secteur (ex : aucune taxe sur le kérosène, subventions aux lignes aériennes low-cost, etc.)

 

•   Changer les indicateurs touristiques, en soumettant toutes les politiques publiques à 4 indicateurs : intensité carbone par visiteur, stimulation de l’économie locale, préservation du cadre de vie et accessibilité tarifaire.

 

Pour Alexis Chailloux : « La France ne peut plus se permettre de sacrifier son environnement et l’accès aux vacances de ses habitants sur l’autel d'un rayonnement touristique à l’international qui ne bénéficie qu’à quelques-uns. La relance du billet de congés annuel, créé par le Front Populaire en 1936, permettrait de rendre le TGV accessible au plus grand nombre et de stimuler le tourisme domestique »

Lire la suite...


Articles en relation