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[Etudes] Bien-être au travail : sous la pression des coûts, les organisations françaises passent du « plus » au « mieux »

Après une décennie d'investissement, le bien-être s'est imposé comme une priorité stratégique dans les organisations françaises.

 

Aujourd’hui, la hausse des coûts rebat les cartes : les employeurs ne cherchent plus à multiplier les dispositifs, ils veulent en tirer davantage de valeur.

C'est le principal enseignement de l'édition 2026 du Baromètre Bien-Etre de WTW pour la France, menée auprès d'organisations représentant 564 000 collaborateurs.

 

Géraldine Guimaraes, Responsable Prévention et Bien Être chez WTW en France, rappelle :  "Aujourd’hui, le bien-être au travail n'est plus une question d'intention mais d'exécution. Les organisations françaises ont beaucoup investi et l'enjeu est désormais de transformer cet investissement en valeur mesurable, en ciblant mieux, en gouvernant mieux et en comblant les angles morts, comme le bien-être financier."

 

Du « plus » au « mieux » : un changement de paradigme

 

L'étude dresse le portrait d'un marché arrivé à maturité, mais désormais confronté à un impératif de soutenabilité. 83% des employeurs prévoient de faire évoluer leurs programmes de bien-être, mais seuls 12% estiment qu'une refonte complète est nécessaire. Le mouvement n'est donc pas une remise en cause : c'est un recentrage. La logique dominante devient celle du « faire moins, mais mieux », en rationalisant les dispositifs, en concentrant les moyens sur les actions à plus fort impact et en renforçant le pilotage des coûts.

 

La contrainte budgétaire est devenue un paramètre structurant des décisions. 61% des employeurs déclarent que la hausse des coûts de santé influence leurs choix d'investissement dans le bien-être. Face à cela, les organisations arbitrent : 45% réallouent leurs budgets vers des solutions à plus fort impact, 31% rationalisent leurs partenariats avec les prestataires, et 22% envisagent d'adopter ou d'étendre l'intelligence artificielle dans leurs programmes.

 

Santé mentale et risques psychosociaux en tête des priorités

 

Interrogés sur les enjeux qu'ils cherchent à traiter en priorité, les employeurs français placent en tête les risques physiques et psychosociaux (54%) et la santé mentale, stress et burnout (53%), devant l'absentéisme (49%) et le désengagement (47%). Une hiérarchie qui confirme le glissement du bien-être d'une logique d'avantages sociaux vers une logique de prévention et de gestion des risques liés au travail lui-même.

 

Mais faire de la santé mentale une priorité affichée ne suffit pas : encore faut-il partir d'un état des lieux objectif. Toute politique crédible commence par un diagnostic des risques psychosociaux mené dans les règles de l'art. Identification des causes réelles de stress et de burnout, évaluations psychosociales régulières, et hiérarchisation des risques à traiter. C'est cette étape, trop souvent escamotée, qui distingue une action de fond d'un empilement de dispositifs. Aujourd'hui, seule une minorité d'employeurs conduit des évaluations psychosociales régulières, alors qu'elles constituent le socle sans lequel les actions engagées en aval (prévention du burnout, soutien managérial, accompagnement) restent mal ciblées.

 

Un décalage persistant entre collaborateurs et employeurs sur le bien-être financier

 

L'étude met en évidence un écart marqué entre les priorités des employeurs et les attentes des collaborateurs en matière de bien-être financier. Alors que les employeurs concentrent leurs efforts sur la santé physique et mentale, les collaborateurs placent le soutien financier bien plus haut dans leurs attentes, avec un écart de +36 points en faveur des collaborateurs sur ce thème.

 

Ce décalage se double d'un cloisonnement organisationnel : près d'un employeur sur deux (47%) ne relie pas formellement son programme de bien-être à ses dispositifs de retraite et d'épargne, alors même que la préparation de la retraite constitue la première priorité financière citée par les employeurs (52%). Le bien-être financier demeure ainsi le parent pauvre des politiques de bien-être, malgré des besoins collaborateurs qui évoluent plus vite que l'investissement des organisations.

 

Sous-utilisation des programmes : le problème vient-il vraiment des collaborateurs ?


Signe que les marges de progression restent importantes, la perception de l'efficacité des programmes diverge fortement. Le Net Promoter Score (indice de recommandation) des dispositifs de bien-être atteint +3 côté employeurs, mais -43 côté collaborateurs : les organisations jugent leurs programmes bien plus performants que ceux qui en bénéficient. La part de collaborateurs prêts à recommander le programme de leur employeur atteint toutefois 30%, soit près du double du niveau de 2017. Le progrès est donc réel, mais l'écart d'appréciation reste fort.

 

Parmi les principaux obstacles qu'ils identifient, les employeurs citent la faible participation aux programmes. La tentation est alors de renvoyer la responsabilité aux collaborateurs, jugés peu mobilisés. Mais la vraie question est ailleurs : ces programmes répondent-ils réellement aux attentes des collaborateurs ? Et surtout l’organisation crée-t-elle les conditions nécessaires pour qu’ils puissent s’en saisir pleinement ? Ce décalage de perception suggère qu'une partie du problème tient moins à la mobilisation qu'à l'adéquation de l'offre et l’environnement de travail.

 

Deux leviers ressortent nettement. D'une part, il manque des référents bien-être, des interlocuteurs identifiés, qui maîtrisent les sujets et savent en expliquer l'intérêt aux collaborateurs. D'autre part, la communication reste insuffisante : de nombreux collaborateurs ignorent ce qui existe, ou n'ont ni le temps, ni la clarté nécessaire pour s'en saisir. Un dispositif que personne ne comprend ni ne relaie est un dispositif qui ne sera pas utilisé, quelle que soit sa qualité.

 

Ce déficit d'appropriation renvoie à des fragilités plus structurelles. D’un côté, en matière de gouvernance, 58% des organisations n'ont mis en place aucun dispositif formalisé (référent dédié, sponsor exécutif, feuille de route pluriannuelle). De l’autre côté, en matière de mesure, une organisation sur quatre (26%) n'évalue pas l’efficacité de ses programmes, et seule une petite minorité (2%) relie le bien-être à la performance de l’organisation. Faute de pilotage et de suivi, les organisations manquent des repères qui leur permettraient d'ajuster leur offre aux besoins réels.

 

L'IA, un chantier que peu d’organisations peuvent ignorer

 

Enfin, l'intelligence artificielle s'impose comme un sujet montant : 67% des employeurs envisagent d'y recourir dans leur programme de bien-être, principalement pour le reporting, l'analyse prédictive de l'absentéisme et le support aux collaborateurs. À l'inverse, un tiers (33%) n'envisagent encore aucune solution de ce type : un attentisme qui pourrait vite devenir un handicap concurrentiel.

 

Les conditions d'une politique de bien-être qui fonctionne

 

Au-delà des priorités thématiques, l'étude rappelle une évidence trop souvent négligée : penser au bien-être des collaborateurs ne suffit pas si les fondations ne sont pas en place. Sans ces conditions, même les meilleures intentions restent sans effet. Trois piliers se dégagent :

 

•   Une gouvernance structurée. Désigner un référent bien-être, s'appuyer sur un sponsor exécutif, définir des rôles et responsabilités clairs, se doter d'une feuille de route pluriannuelle et d'une stratégie de mesure. Aujourd'hui, plus de la moitié des organisations n'a mis en place aucun de ces dispositifs, alors qu’il s’agit du premier chantier.

•   Des liens formels avec les autres politiques de l’organisation. Le bien-être ne peut pas fonctionner en silo. Quatre organisations sur cinq ont déjà établi un lien formel entre leur programme et la santé-sécurité ; l'enjeu est désormais de tisser les mêmes liens avec la santé au travail, la rémunération globale, la retraite, la stratégie de talents et les politiques d'inclusion et de diversité. Des connexions encore largement absentes.

•   De la mesure et de la communication. Évaluer les programmes, relier leurs résultats à la performance humaine et économique, et surtout faire connaître l'offre aux collaborateurs à travers des référents et une communication claire.

 

« C'est la réunion de ces conditions, et non la seule multiplication des dispositifs, qui transforme une bonne intention en politique de bien-être efficace et durable.

Pour y parvenir, les organisations peuvent s’appuyer sur un accompagnement extérieur afin de construire une politique de bien-être cohérente avec leur organisation, leurs contraintes et les attentes de leurs collaborateurs. », conclut Géraldine Guimaraes.

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