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[Etudes] Une génération stressée, peu formée… et sous pression

38,3% des jeunes consomment des produits pour 'tenir' pendant leurs revisions, 54,4% declarent ne pas avoir appris a reviser.

 

À l’occasion de la Journée Nationale des révisions le 15 Mai, Les Sherpas, acteur majeur du soutien scolaire en France, dévoile les résultats de sa grande enquête menée auprès de

1 184 élèves, du collège au bac+2.

Réalisée entre fin mars et mi-avril 2026, elle dresse un état des lieux précis des pratiques et du vécu des révisions chez les jeunes. Malgré l’évolution des outils — notamment l’essor de l’IA — les fondamentaux restent inchangés : les révisions sont encore largement déclenchées dans l’urgence, peu structurées méthodologiquement et fortement associées au stress.

 

Des révisions encore pensées comme un sprint avant l’examen

 

Pour 72,2 % des élèves, les révisions correspondent avant tout à une période spécifique précédant un examen. Seuls 27,8 % les envisagent comme un travail régulier. Cette logique s’intensifie avec l’âge : elle concerne 74,6 % des lycéens et 71,1 % des étudiants post-bac, contre 55,6 % des collégiens, qui sont les seuls à avoir une approche plus continue. Si les révisions restent un passage obligé du parcours scolaire, leur vécu reste largement négatif. Deux tiers des élèves (66,8 %) les décrivent comme une période difficile, et seuls 4,6 % y associent quelque chose de positif.


Un angle mort du système éducatif : la méthode

 

Autre enseignement de l’étude, plus d’un élève sur deux (54,4 %) estime ne pas avoir appris à réviser au cours de sa scolarité. Ce déficit concerne tous les niveaux et ne se corrige pas avec l’expérience.

 

Lorsque cet apprentissage existe, il intervient principalement au collège (53,9 %), sans pour autant faire l’objet d’un enseignement structuré. Les bases méthodologiques, si elles ne sont pas acquises à ce moment-là, restent durablement fragiles.

 

Pour Étienne Porche, co-fondateur des Sherpas : ”C’est un paradoxe très fort : on attend des élèves qu’ils soient autonomes et efficaces, mais on ne leur apprend pas concrètement comment s’y prendre. Faute de méthode, les élèves s'en tiennent aux techniques les plus instinctives : relire les cours (81,7%) et faire des fiches (76%), deux méthodes que la recherche en sciences cognitives classe parmi les moins efficaces. La méthodologie d’apprentissage devrait être enseignée comme une matière à part entire”.

 

Des élèves informés… mais en auto-construction

 

Dans ce contexte, les élèves construisent leurs méthodes seuls et si 86 % déclarent avoir reçu des conseils pour réviser, ces derniers proviennent d’un ensemble de sources éclatées. Internet arrive en tête (64,4 %), devant les enseignants (60,1 %) et les amis (57,1 %). Un changement radical dans l’apprentissage et qui s’est doucement installé ces 15 dernières années. Par ailleurs on peut noter que  les professeurs particuliers, cités par 30,2 % des élèves, s’inscrivent dans un profil plus intensif de recherche d’accompagnement.

 

L’IA s’impose… sans réduire le stress

 

L’IA s’est imposée dans les pratiques : 79,7 % des élèves déclarent déjà l’utiliser pour réviser, et 47 % y ont recours régulièrement ou très régulièrement. Elle devient ainsi la cinquième méthode de révision la plus citée (47,6 %). À noter : les hommes y ont davantage recours que les femmes (52,2 % contre

42,2 %), et l’usage augmente avec l’âge.

 

Étienne Porche poursuit : “Dans la pratique, l’IA est un excellent outil pour favoriser l’apprentissage, car elle permet de se tester, d’adapter les supports de travail mais surtout de personnaliser les corrections et explications. Toutefois l’étude nous montre que les élèves sont contradictoires dans leur usage de l’IA : une part non négligeable dit ne pas l’utiliser … et cite pourtant l’IA comme un outil mis à profit pour eviser. Un signal faible qui tend à confirmer une faible maîtrise de l’outil, si ce n’est une absence de méthodologie à l’usage. Or, pour être un bon outil d’apprentissage, l’IA doit être encadrée – ou conçue spécifiquement pour cet usage”.

 

Des méthodes traditionnelles toujours dominantes

 

Dans leurs pratiques, les élèves continuent de privilégier les méthodes classiques : relire les cours, faire des fiches ou s’exercer. Les techniques de mémorisation active sont connues par près d’un élève sur deux (45,8 %), mais leur usage reste nettement inférieur. Les flashcards, par exemple, sont connues par 53,8 % des élèves, mais utilisées par seulement 32,4 %. Ce décalage montre que la connaissance d’une méthode ne suffit pas à en faire un réflexe.

 

Un stress massif, structuré par la peur des résultats

 

Le stress lié aux périodes de révision reste une constante. 86,2 % des élèves déclarent en ressentir, avec un pic chez les 15-16 ans (45,4 % “beaucoup”). Les filles apparaissent plus exposées que les garçons (44,3 % contre 34,9 %). La peur des résultats domine très largement (78,5 %), suivie par la quantité de travail, qui augmente avec l’âge, et la pression scolaire, particulièrement forte dans le supérieur

(55,9 % chez les 21+). Le manque d’organisation atteint un pic chez les 15-16 ans (46,8 %).

 

Le sommeil, première variable d’ajustement

 

Face à cette pression, les élèves sacrifient leur sommeil. 83,2 % déclarent avoir déjà révisé tard dans la nuit, et 63,2 % dorment peu ou très peu. Le phénomène s’accentue avec l’âge : seuls 23,7 % des

21+ déclarent un sommeil suffisant, contre 50,8 % chez les 13-14 ans. La révision nocturne apparaît ainsi comme une norme, davantage symptôme du stress et du manque d’organisation que véritable stratégie de travail.

 

Anne-Claire de Pracomtal, coach scolaire et thérapeute familiale, commente : « Les élèves compensent un manque de méthode par de l’intensité. Ils travaillent plus tard, plus longtemps, mais sans cadre. Cela crée un cercle fatigue-stress difficile à casser. »

 

Des stratégies de compensation qui émergent

 

Enfin, 38,3 % des élèves déclarent consommer des produits pour tenir pendant les révisions. Si le café et les vitamines dominent (17,9% et 14,9%) , 11 % mentionnent les boissons énergétiques et 3,7 % les médicaments ou stimulants, avec une surreprésentation des jeunes filles. Dans plus de la moitié des cas, ces produits sont achetés directement par les élèves (50,4%), notamment les plus risqués.

 

"Ces chiffres doivent nous alerter : lorsqu’un élève ressent le besoin de “tenir” pendant ses révisions, cela signifie souvent qu’il est déjà dans une logique de dépassement de ses limites. Derrière le café, les vitamines ou les boissons énergisantes, on lit surtout une pression et parfois un manque d’organisation. Le sujet n’est pas de culpabiliser les jeunes, mais de les aider à retrouver des repères plus sains : dormir, planifier, fractionner l’effort et accepter que l’efficacité ne passe pas par l’épuisement.”, conclut

Anne-Claire de Pracomtal.

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