Un mois
avant la rentrée de septembre et le retour progressif de millions de salariés
sur leur lieu de travail, les entreprises s’interrogent sur les leviers
capables d’améliorer durablement la qualité de vie au travail dans un contexte
d’explosion des arrêts de travail longs et de hausse de l’absentéisme. Or un
sujet souvent ignoré pourrait lui aussi avoir un impact direct sur la
satisfaction des équipes : le stationnement d’entreprise. En effet, pour de
nombreux collaborateurs, la journée de travail, et le stress qui va avec, ne
commence pas devant un écran, mais bien plus tôt lorsqu’il s’agit de se garer.
Les chiffres confirment
l’importance du sujet. Plus d’un collaborateur sur deux redoute les difficultés
liées à son trajet quotidien, qu’il s’agisse des embouteillages, des retards ou
des problèmes d’accès à son lieu de travail. Un automobiliste sur trois déclare
ressentir du stress pendant son trajet domicile-travail, notamment lorsque
celui-ci est imprévisible. Dans le même temps, 75 % des actifs français
utilisent leur véhicule personnel pour se rendre au travail, faisant du parking
l’un des premiers points de contact entre l’entreprise et ses collaborateurs
chaque matin. Enfin, selon une récente étude menée par Sharvy, 36 % des
automobilistes arrivent fréquemment en retard faute de place disponible pour se
garer, tandis que 22 % des collaborateurs considèrent le parking comme l’un des
leviers les plus simples à actionner par leur employeur pour améliorer leur
qualité de vie au travail.
Alors que les enjeux d’attractivité, d’engagement et de fidélisation des talents n’ont jamais été aussi stratégiques, Stéphane Seigneurin, fondateur et dirigeant de Sharvy (startup française spécialisée dans la gestion intelligente des parkings, bornes de recharge et espaces de travail dont la solution SaaS est utilisée quotidiennement par plus de 100 000 collaborateurs dans
20 pays), décrypte
l'impact psychologique du stationnement sur la satisfaction au travail et
explique pourquoi ce sujet, souvent considéré comme purement logistique, mérite
désormais toute l'attention des entreprises.
Le stationnement peut-il réellement avoir un impact au quotidien sur le niveau de stress des collaborateurs ?
Stéphane Seigneurin : “Absolument. En
réalité, le stress lié au stationnement commence bien avant l’arrivée au
bureau. Pour de nombreux collaborateurs, il débute dès le départ de la maison.
Ils regardent l'heure, pensent aux embouteillages et se demandent déjà s'ils
trouveront une place en arrivant. C’est ce que les psychologues appellent le «
stress anticipatoire » : cette tension qui apparaît lorsqu’on redoute une
situation potentiellement compliquée avant même qu’elle ne se produise.
Lorsqu’un salarié sait qu’il risque de tourner plusieurs minutes pour se garer
ou d’arriver en retard faute de place disponible, il commence sa journée avec
une charge mentale supplémentaire. Or, ce phénomène est loin d’être marginal.
Plus d’un collaborateur sur deux appréhende les difficultés liées à son trajet
domicile-travail. Cela démontre que le stationnement ne relève pas uniquement
de l'organisation des infrastructures : c'est aussi un sujet d'expérience
collaborateur. Quand chaque matin débute par la question « vais-je réussir à me
garer ? », le niveau de stress est déjà plus élevé avant même d'avoir franchi
la porte de l'entreprise.”
Le problème vient-il uniquement du stationnement ou plus largement du trajet domicile-travail ?
Stéphane Seigneurin : “Les deux sont
étroitement liés. On parle souvent des embouteillages ou de la longueur des
trajets, mais on oublie que les dernières minutes du parcours sont souvent les
plus stressantes. Après parfois 30, 45 minutes ou plus passées sur la route,
personne n'a envie de perdre encore du temps à chercher une place de parking.
Un automobiliste sur trois déclare ressentir du stress pendant son trajet
domicile-travail, notamment lorsque celui-ci est imprévisible. Le problème
n'est pas seulement la durée du trajet, mais l'incertitude qu'il génère.
Lorsqu'un collaborateur ne sait pas combien de temps il lui faudra pour arriver
réellement à son poste de travail, la frustration s'accumule progressivement. À
force de se répéter jour après jour, ces tensions finissent par avoir un impact
sur l'humeur, la motivation et la disponibilité mentale des collaborateurs. Ce
qui devrait être une simple transition entre la sphère personnelle et la sphère
professionnelle devient alors une source de fatigue supplémentaire.”
Peut-on vraiment considérer le parking d’entreprise comme un sujet de qualité de vie au travail ?
Stéphane Seigneurin : “Je pense que oui, et
c'est même un sujet largement sous-estimé. Lorsqu'on parle de qualité de vie au
travail, on évoque spontanément le télétravail, le management ou l'aménagement
des bureaux. Pourtant, pour 75 % des actifs français qui utilisent leur voiture
pour se rendre au travail, la première expérience de la journée avec
l'entreprise, ce n'est ni leur manager ni leur poste de travail : c'est le
parking. Lorsqu'un collaborateur arrive sur site et ne trouve pas de place
disponible, le sentiment est immédiat : stress, frustration et parfois même
incompréhension. Selon une étude menée par Sharvy, 36 % des automobilistes
arrivent fréquemment en retard au travail faute de stationnement. Derrière ce
chiffre se cachent des situations très concrètes : des réunions manquées, du
temps perdu et une journée qui démarre dans de mauvaises conditions. Le parking
est souvent perçu comme un simple sujet immobilier ou logistique. En réalité,
c'est un véritable point névralgique entre l'entreprise et ses collaborateurs.”
Concrètement, comment les entreprises peuvent-elles améliorer la situation ?
Stéphane Seigneurin : “La première étape consiste à ne plus considérer le parking comme une simple infrastructure, mais comme un service rendu aux collaborateurs. C'est d'ailleurs ce que nous observons sur le terrain : les salariés accordent une importance croissante à ce sujet et 22 % d'entre eux considèrent même le stationnement comme l'un des leviers les plus faciles à actionner par leur employeur pour améliorer leur qualité de vie au travail. Ce qui est intéressant, c'est qu'à la différence de nombreux projets RH ou organisationnels qui nécessitent plusieurs mois de transformation, les bénéfices peuvent être quasi immédiats. Lorsqu'un collaborateur sait avant de partir qu'il dispose d'une place de stationnement, une source d'incertitude disparaît. Il arrive plus serein, mieux préparé et dans de meilleures dispositions pour démarrer sa journée. C'est la raison pour laquelle de plus en plus d'entreprises se tournent vers des solutions digitales capables d'organiser le partage des places, de permettre la réservation à l'avance et d'optimiser l'utilisation de parkings souvent sous-exploités. Dans un contexte où les modes de travail hybrides ont profondément modifié les habitudes de présence au bureau, l'enjeu n'est plus forcément de créer davantage de places, m
À long-terme, le stationnement peut-il influencer l’attractivité d’une entreprise et l’engagement des collaborateurs ?
Stéphane Seigneurin : « Aujourd'hui, les entreprises sont engagées dans une véritable compétition pour attirer et retenir les talents. Bien sûr, le salaire, la flexibilité ou encore l'intérêt des missions restent les critères principaux. Mais l'expérience collaborateur se construit aussi à travers une multitude de détails très concrets qui rythment le quotidien des salariés. Le trajet domicile-travail en fait clairement partie puisque près d'un actif sur deux considère la distance entre son domicile et son lieu de travail comme un critère déterminant dans le choix d'un emploi. Cela montre à quel point les conditions d'accès au bureau sont devenues un enjeu stratégique pour les employeurs. C'est là un point souvent sous-estimé. Le parking n'est pas seulement un équipement immobilier ; c'est aussi un élément de la promesse employeur. Une entreprise qui facilite concrètement la vie de ses collaborateurs dès leur arrivée le matin leur envoie un signal positif. Dans un contexte où les attentes des salariés en matière de réduction du stress et de la charge mentale sont élevées, ces attentions très pragmatiques peuvent faire à long-terme une vraie différence en matière d'attractivité et d'engagement ».


