Une analyse du Cercle de
l’Épargne.
Le Conseil
d’Orientation des Retraites présentera le 11 juin prochain son rapport annuel.
Dans la perspective de cette présentation, le Cercle de l’Épargne publie une
note reprenant les principaux défis auxquels est confronté le système de
retraite en France.
Avec 370 milliards
d'euros de pensions versées en 2023, les dépenses de retraite représentent 13,1
% du PIB selon la DREES, un niveau parmi les plus élevés du monde développé.
Elles représentent le premier poste de dépenses sociales.
À titre de comparaison,
dans un récent rapport de l’OCDE publié fin 2025, la part des dépenses de
retraite dans le PIB serait même supérieure en France. Elle s’établirait ainsi :
• en France, à 13,8 % du PIB ;
• en Allemagne, à environ 11,6 %
du PIB ;
• au Royaume-Uni, à 7,5 % du PIB ;
• aux États-Unis, à 7,4 % du PIB.
Seule l'Italie consacre
une part plus importante, de l’ordre de 16 % du PIB.
1. Un moment
particulier pour le système de retraite
Pour la première fois
depuis 1993, un gouvernement a été contraint de suspendre une réforme des
retraites, celle de 2023 qui prévoit de porter de 62 à 64 ans de l’âge légal et
d’accélérer le passage du nombre d’annuités de 42 à 43 ans. Cette suspension court
jusqu’à l’automne 2027, c’est-à-dire après l’élection présidentielle.
Les incertitudes sur la
politique qui sera mise en œuvre après les élections de 2027 sont importantes
au vu des intentions des différents candidats actuellement en lice. Quel que
soit le vainqueur, il est fort probable qu’une nouvelle réforme soit présentée
en 2027.
Le rapport annuel du
COR doit prendre en compte cette suspension ainsi que la dégradation de la
situation démographique et économique.
2. Des contraintes
démographiques de plus en plus prégnantes
La France comptait 17,2
millions de retraités de droit direct fin 2023. Selon les projections du COR,
leur nombre pourrait dépasser 20 millions au milieu des années 2040. Dans le
même temps, le ratio entre cotisants et retraités continue de se dégrader :
• plus de 2 cotisants pour 1 retraité dans les
années 1980 ;
• environ 1,7 aujourd'hui ;
• entre 1,3 et 1,4 à l'horizon 2070.
La détérioration
démographique s'accélère avec un taux de fécondité qui est tombé sous 1,6
enfant par femme en 2025, contre plus de 2 enfants il y a une quinzaine
d'années. Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, la France
enregistre un solde naturel négatif, les décès étant plus nombreux que les
naissances.
Cette évolution a
conduit le COR à réviser ses hypothèses démographiques, avec des conséquences
qui pèseront sur les comptes sociaux dans les décennies à venir.
3. Les retraites
publiques sous tension
Les retraites de la fonction publique représentent près du quart des dépenses totales du système.
Le coût du compte d'affectation spéciale « Pensions » dépasse désormais 67
milliards d'euros par an.
Les taux de cotisation
employeur affichés atteignent :
• plus de 80 % pour les fonctionnaires civils ;
• plus de 120 % pour les militaires.
• contre 28/29 % pour les salariés du privé.
Parallèlement, la
situation financière de la CNRACL qui couvre les agents territoriaux et
hospitaliers, se dégrade rapidement sous l'effet du vieillissement des
effectifs et des départs massifs à la retraite.
4. Un déficit en voie
de pérennisation
Selon le COR, le système de retraite pourrait enregistrer à long terme un déficit compris entre 0,7 et
1,4 point de PIB selon les scénarios économiques retenus. Le
ralentissement de la productivité constitue un facteur aggravant. Alors que les
gains de productivité dépassaient souvent 1,5 % par an avant 2008, ils
demeurent, depuis plusieurs années, inférieurs à 1 %. Or dans un système par
répartition, la croissance des salaires et de la productivité conditionne
directement les recettes des régimes.
5. Le problème du taux
d’emploi des seniors
Le taux d'emploi des
60-64 ans demeure inférieur à celui observé dans plusieurs pays européens. En
2025, ce taux d’emploi est de :
• France : 42 %
• Allemagne : 65 %
• Suède : 68 %
• Pays-Bas : 68 %
• Danemark : 68 %
La France souffre
également d'un taux de chômage élevé chez les jeunes et d'une proportion
importante de jeunes ni en emploi ni en formation.
6. Vers une baisse du
niveau de vie relatif des retraités
Aujourd'hui encore, les retraités français disposent d'un niveau de vie moyen proche de celui de l'ensemble de la population. Cette situation constitue une exception parmi les pays développés.
Selon les projections du COR, cet avantage devrait progressivement s'éroder. À l'horizon 2070, le niveau de vie des retraités pourrait représenter moins de 90 % de celui de l'ensemble de la population, contre environ 100 % aujourd'hui.
7. Les finances
publiques face au vieillissement
Pour le Cercle de
l'Épargne, le débat sur les retraites ne peut plus être dissocié de celui sur
la santé, la dépendance et les finances publiques.
« La question n'est
plus seulement celle des retraites. La France entre dans l'âge du
vieillissement budgétaire. Retraites, santé et dépendance constitueront
ensemble le principal défi financier des prochaines décennies. Les arbitrages
qui seront effectués après 2027 engageront durablement le modèle social
français »,
conclut Philippe Crevel, Directeur du Cercle de l’Épargne.
Les principaux chiffres
à retenir
• 370 milliards d'euros de dépenses de retraite
;
• 13,1 % du PIB consacré aux retraites ;
• 17,2 millions de retraités aujourd'hui ;
• Plus de 20 millions attendus dans les années
2040 ;
• 1,7 cotisant pour 1 retraité aujourd'hui
contre plus de 2 dans les années 1980 ;
• 67 milliards d'euros pour le CAS Pensions ;
• 80 milliards d'euros de réserves pour
l'AGIRC-ARRCO ;
• 42 % de taux d'emploi des 60-64 ans en France
;
• Moins de 1,6 enfant par femme en 2025 ;
• 0,7 à 1,4 point de PIB de déficit potentiel à long terme.


