Le point de vue de Philippe
Crevel Directeur du Cercle de l’Épargne.
La France face à son
vieillissement démographique
Les résultats
démographiques de 2025 confirment la tendance amorcée ces dernières années avec
une nouvelle baisse du taux de fécondité. Pour la première fois depuis la
Seconde Guerre mondiale, le nombre de décès dépasse celui des naissances.
L’augmentation de la population dépend désormais exclusivement de
l’immigration. Ce vieillissement inéluctable de la population ne sera pas sans
incidence sur le financement des retraites et plus globalement sur l’ensemble
des dépenses de protection sociale. Dans les prochaines années, la population
active baissera ce qi pèsera sur la croissance économique et donc sur les
recettes publiques. La France s’éloigne de plus en plus du renouvellement des
générations. La baisse du taux de fécondité concerne tous les pays développés
et non. Longtemps, la France a fait figure d’exception avec un taux évoluant
entre 1,8 et 2. Désormais, elle tend à se rapprocher de la moyenne.
Selon l’INSEE, au 1er janvier 2026, la population en France a dépassé les 69 millions d’habitants
(69,1 millions), soit une hausse de 0,25 % par rapport à un an auparavant.
Solde naturel négatif :
une première depuis 1945
En 2025, 645 000 bébés
sont nés en France, soit 2,1% de moins qu’en 2024 et 24% de moins qu’en 2010,
année du dernier point haut des naissances. En 2025, 651 000 personnes sont
décédées en France, soit une hausse de 1,5% par rapport à 2024. Cette
augmentation est notamment liée à l’épidémie de grippe hivernale, qui a été
particulièrement meurtrière en début d’année. Depuis 2011, le nombre de décès
tend à augmenter du fait de l’arrivée à des âges de forte mortalité des générations
nombreuses du baby-boom, nées entre 1946 et 1974. La période 2020-2022 a été
particulière, marquée par une forte mortalité due à la pandémie de Covid-19.
En 2025, le solde
naturel devient négatif en France, pour la première fois depuis la fin de la
Seconde Guerre mondiale. L’INSEE l’évalue à -6 000. Il était déjà négatif en
2024 pour la seule France métropolitaine.
La population française
augmente grâce à l’immigration. Le solde migratoire est estimé à +176 000
personnes pour 2025.
Au 1er janvier 2024, la
France représentait 15% de la population de l’Union européenne à 27 pays (UE),
restant le deuxième pays le plus peuplé derrière l’Allemagne (19%).
Un taux de fécondité au
plus bas depuis la Première guerre mondiale
Le nombre de naissances
dépend, d’une part, du nombre de femmes dites en âge d’avoir des enfants et,
d’autre part, de leur fécondité. Depuis 2016, le nombre de femmes en âge
d’avoir des enfants, et notamment de celles âgées de 20 à 40 ans, ne diminue
pas ; il augmente même légèrement sur la période récente.
Le taux de fécondité a
poursuivi sa baisse. Il n’est plus que de 1,56 enfant par femme, contre 1,61 en
2024. C’est le niveau le plus faible depuis la fin de la Première Guerre
mondiale. Pour la seule France métropolitaine, il est de 1,53. En 2010, l’indice
de fécondité s’élevait à 2,02, près du taux de remplacement des générations
(2,1). Le taux de fécondité baisse pour toutes les tranches d’âge des femmes,
alors que, ces dernières années, il avait tendance à progresser chez les plus
de 35 ans.
En 2025, l’âge conjoncturel moyen à l’accouchement poursuit sa hausse tendancielle et s’élève à
31,2 ans pour les femmes (34,1 ans pour l’âge moyen à la naissance des
enfants pour les hommes), contre 29,6 ans en 2005 (32,6 ans pour les hommes).
En 2023, dernière année
pour laquelle les données européennes sont disponibles, l’indicateur
conjoncturel de fécondité (ICF) dans l’ensemble de l’UE s’établit à 1,38 enfant
par femme, après 1,46 en 2022. L’ICF en France s’élevait à 1,65 enfant par
femme en 2023, plaçant le pays au deuxième rang au sein de l’UE, derrière la
Bulgarie (1,81).
La baisse du taux de
fécondité est délicate à analyser. Certains mettent en avant l’inefficacité des
politiques familiales ou le coût de la vie (logement) quand d’autres estiment
que le contexte globale (environnemental, politique, géopolitique) conduit les
ménages à ne pas avoir d’enfant. Même dans les pays dans lesquels les
gouvernements ont pris des mesures en faveur de la natalité, le ressaut de
cette dernière a été de courte durée. La baisse est générale et concerne des
pays à forte croissance comme ceux confrontés à des problèmes récurrents.
Stabilisation du taux
de mortalité infantile
En 2025, le taux de mortalité infantile est de 4,0 décès pour 1 000 naissances vivantes ; cela représente
2 550 enfants décédés avant leur premier anniversaire.
Après avoir reculé très
fortement au cours du XXe siècle, ce taux ne baisse plus depuis 2005. Il a même
légèrement augmenté entre 2011 (3,5 ‰) et 2022 (4,0 ‰), et se stabilise depuis.
Niveau record de
l’espérance de vie en France en 2025
En 2025, l’espérance de
vie à la naissance a progressé de 0,1 an pour les hommes comme pour les femmes.
Elle s’élève ainsi à 85,9 ans pour les femmes et à 80,3 ans pour les hommes.
Ces niveaux constituent un nouveau record pour la France.
Depuis le milieu des
années 1990, l’espérance de vie à la naissance croît moins vite pour les femmes
que pour les hommes, réduisant ainsi l’écart entre les deux sexes. Cet écart
est de 5,6 ans en 2025, contre 7,1 ans en 2005 et 8,1 ans en 1995.
En 2024, dernière année
pour laquelle les données européennes sont disponibles, l’espérance de vie à la
naissance en France est supérieure à la moyenne de l’Union européenne :
• 85,8 ans pour les
femmes (contre 84,4 ans dans l’UE)
• 80,2 ans pour les
hommes (contre 79,2 ans dans l’UE).
En France, l’espérance
de vie des femmes figure parmi les plus élevées de l’UE et celle des hommes se
situe au dixième rang. Les femmes vivent le plus longtemps en Espagne (86,6 ans)
et les hommes en Suède (82,6 ans). À l’inverse, l’espérance de vie à la
naissance des femmes est la plus faible en Bulgarie (79,7 ans) et celle des
hommes en Lettonie (71,6 ans).
Autant de seniors de
plus de 65 ans que de jeunes de moins de 20 ans
En 2026, les personnes
âgées de 65 ans ou plus sont presque aussi nombreuses que celles de moins de 20
ans : les premières représentent 22,2% de la population, les secondes 22,5%.
En 2006, 16,4 % des
habitants avaient au moins 65 ans et 25,1% avaient moins de 20 ans.
Ce phénomène s’explique par le vieillissement des générations nombreuses du baby-boom.
En 2026, les
plus anciennes auront 80 ans. Les personnes âgées d’au moins 75 ans
représentent désormais 11,1% de la population, contre 8,2% en 2006.
Au 1er janvier 2024,
dans l’Union européenne, les personnes âgées d’au moins 65 ans représentent
21,6% de la population. C’est en Italie que cette part est la plus élevée (24,3%).
Fortes de leur fécondité relativement élevée ces quinze dernières années,
l’Irlande, la Suède et la France présentent les parts de jeunes de moins de 15
ans les plus élevées de l’UE (respectivement 18,9%, 17,1% et 16,9%, contre 14,6%
pour l’ensemble de l’UE).
Augmentation du nombre
de mariages
En 2025, le nombre de
mariages célébrés en France est estimé par l’INSEE à 251 000, dont 244 000
entre personnes de sexe différent et 7 000 entre personnes de même sexe.
En 2024, 197 200 pactes
civils de solidarité (Pacs) ont été conclus, dont 186 800 entre personnes de
sexe différent et 10 400 entre personnes de même sexe. Leur nombre est stable
par rapport à 2023.
Conclusion
Le bilan démographique de 2025, marqué par la première apparition d’un solde naturel négatif, signe l’entrée de la France de plain-pied dans le vieillissement démographique. La poursuite de la baisse du taux de fécondité constitue un signal préoccupant pour les prochaines années : le renouvellement des générations est désormais très éloigné. L’augmentation de la population repose exclusivement sur l’immigration. Compte tenu du départ à la retraite des générations nombreuses nées dans les années 1960, les tensions sur le marché du travail et les problèmes de main-d’œuvre devraient s’accentuer rapidement dans les années à venir.


