Environnement : les chiffres que la FIFA n'a pas
publiés
Greenly chiffre l’empreinte carbone du tournoi à 7,8 millions de tonnes de CO₂e, plus du double du Mondial 2022.
87% de l’empreinte carbone de la Coupe du Monde 2026 ne vient ni des stades, ni de la logistique :
elle provient des vols générés par les supporters.
C’est le principal enseignement de l’estimation indépendante publiée par Greenly, plateforme mondiale de la comptabilité carbone comptant plus de 3 500 clients.
Selon cette analyse, la Coupe du Monde de la FIFA 2026 pourrait générer
7,8 millions de tonnes de CO₂e, soit 2,1 fois les
émissions officiellement déclarées pour Qatar 2022, avec une structure
d'émissions qui remet en cause les priorités climatiques du sport mondial.
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7,8 Mt CO₂e EMPREINTE TOTALE ESTIMÉE |
87% du total PART DES VOYAGES SPECTATEURS |
x2,1 fois plus VS QATAR 2022 (OFFICIEL) |
Organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique, ce mondial s’annonce
comme le plus émetteur de l’histoire du football.
Avec 48 équipes, 104 matchs (une hausse de 63 % par rapport à Qatar 2022 )
répartis dans 16 villes sur trois pays, sur une durée de 39 jours contre 28
pour l'édition qatarie. Environ 6 millions de billets devraient être vendus,
contre 3,4 millions à Doha.
Surprise de taille : 87% des émissions ne
proviennent ni des stades ni de la logistique, mais des déplacements des
supporters. Les 6,82 millions de tCO₂e générés par les seuls
voyages spectateurs représentent l'empreinte annuelle d'environ 725 000
Français, soit la population de Marseille.
"Les grands événements mondiaux comme la Coupe du Monde sont
l’occasion de rappeler que la fête sportive ne doit pas se faire l’œil borgne
face aux autres enjeux planétaires. Ils peuvent au contraire devenir de
puissants moments de prise de conscience sur leur impact climatique et
déclencher un choc d’investissement vers des infrastructures plus durables :
transports électriques, ferroviaire, stades sobres, mobilité des spectateurs
mieux organisée. Notre étude montre que près de 90 % des émissions estimées de
la Coupe du Monde 2026 proviennent du transport des spectateurs. C’est donc là
que se joue l’essentiel : en concentrant davantage les événements dans des
territoires denses, bien connectés, en réduisant les distances parcourues, et
en faisant de la durabilité un véritable critère d’attribution” déclare Alexis Normand, Cofondateur de Greenly.

L'analyse révèle un déséquilibre structurel particulièrement saisissant
: les spectateurs internationaux représentent 35 % des
présences, mais génèrent 74 % des émissions liées aux déplacements. Un seul
supporter venant d'Inde génère environ 3 253 kg de CO₂e
pour un aller-retour vers un stade américain moyen, soit plus de 13 000 km de
distance à vol d'oiseau. Le trajet retour moyen d'un spectateur international
est estimé à 19 400 km, contre 13 000 km pour Qatar 2022. C'est cet écart de
distance, multiplié par 2,1 millions de visiteurs internationaux, qui explique
l'essentiel de la différence entre les deux éditions.

Le Qatar avait des stades neufs. 2026 a des vols intercontinentaux. Le
bilan explose
La comparaison exige un contexte : sept stades entièrement neufs ont été
construits pour le mondial de 2022 au Qatar. Les infrastructures représentaient
alors 24,6% de son bilan total. En 2026, avec des stades NFL existants, ce
poste tombe à 3,1%.
Par ailleurs, les hôtels américains sont environ six fois moins carbonés que ceux du Qatar, qui fonctionnent en climatisation industrielle continue dans la chaleur désertique.
3,7 ou 7,8 millions de tonnes de CO₂e
: un écart majeur avec les estimations initiales
C'est ici que réside la tension climatique centrale de cet événement. La
FIFA s'est engagée en 2021, lors de la COP26, à réduire ses émissions de 50 %
d'ici 2030 et à atteindre la neutralité carbone en 2040 dans le cadre du UN
Sports for Climate Action Framework. Sa stratégie développement durable publiée
pour 2026 couvre l'efficacité énergétique, les déchets et la logistique mais ne
fixe aucun objectif carbone global actualisé pour le tournoi, et n'aborde pas
les déplacements spectateurs, qui représentent pourtant 87,8 % de l'empreinte
totale estimée.
L'estimation initiale ARUP de 3,7 millions de tCO₂e,
réalisée en 2018 lors de la candidature conjointe, reposait sur un format à 80
matchs, et non les 104 désormais prévus. Ce chiffre (jamais mis à jour
officiellement) reste la seule référence publique de la FIFA.
Pour rappel, le régulateur suisse de la publicité avait jugé en juin 2023 non étayée la déclaration de neutralité carbone du Mondial Qatar 2022, première décision réglementaire formelle de greenwashing contre une instance dirigeante du sport mondial.


