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[Etudes] Les Français redéfinissent la performance entrepreneuriale

L'enquête OpinionWay commandée par CCI France et le MEDEF, à l'occasion de GO Entrepreneurs 2026, met en lumière une évolution profonde de la façon dont les Français appréhendent l'entrepreneuriat et la réussite. Dans un contexte marqué par un record historique de créations d'entreprises, soit 1 165 800 en 2025, par la transformation des modes de travail et par une conjoncture économique qui a exacerbé les questions de stabilité financière, les Français ne rejettent pas la performance, ils la redéfinissent.

 

La rentabilité et la croissance restent des repères légitimes, mais elles ne suffisent plus à incarner à elles seules l'idée de réussite. Créativité, épanouissement personnel, utilité réelle de l'activité et ancrage territorial s'imposent comme de nouveaux marqueurs, complémentaires et non substituables aux critères économiques traditionnels.

 

UN RETOUR DE L'ENVIE D'ENTREPRENDRE AU NIVEAU D'AVANT-CRISE

 

L'envie d'entreprendre retrouve, pour la première fois depuis 2020, son niveau d'avant la crise sanitaire. 29% des Français envisagent aujourd'hui de créer, reprendre une entreprise ou se mettre à leur compte, soit, rapporté à la population adulte, près de 15,7 millions d'entrepreneurs potentiels. Ce chiffre est en hausse de 8 points depuis janvier 2021. Il retrouve ainsi le niveau qui prévalait avant la crise sanitaire, pour la première fois depuis 2020.

 

Parmi ces potentiels entrepreneurs, 52% souhaitent concrétiser leur projet dans les deux prochaines années, ce qui représente 8,1 millions de personnes décidées à franchir le pas à court terme. Cet élan est particulièrement marqué chez les 18-34 ans : 53% des 18-24 ans et 48% des 25-34 ans déclarent vouloir entreprendre, contre 18% seulement pour les 50-64 ans.

 

UN ANCRAGE TERRITORIAL FORT, LA FRANCE LARGEMENT PLÉBISCITÉE

 

Interrogés sur leur lieu d'implantation idéal, les Français affichent un attachement marqué à leur territoire : huit sur dix choisiraient d'entreprendre en France (83%), contre seulement 16% qui envisageraient de s'établir à l'étranger.

 

Ce choix reflète un attachement fort au territoire de résidence. Parmi les régions plébiscitées pour y créer une entreprise, l'Île-de-France arrive en tête (12%), suivie par la Provence-Alpes-Côte d'Azur et l'Auvergne-Rhône-Alpes (10% chacune). La Nouvelle-Aquitaine, la Bretagne et les Hauts-de-France se positionnent ensuite à 9% chacune. Ces résultats traduisent avant tout une logique de proximité : les entrepreneurs en devenir choisissent en priorité la région où ils vivent déjà, signe d'un entrepreneuriat ancré dans les territoires.

 

UNE PERFORMANCE REDÉFINIE PAR LES FRANÇAIS

 

Dans l'imaginaire collectif, la performance entrepreneuriale est souvent associée à la croissance du chiffre d'affaires ou à la rentabilité. Les résultats du sondage dessinent une réalité plus nuancée. La créativité et la capacité à innover s'imposent comme premier critère de performance aux yeux des Français (49%), suivies de très près par l'épanouissement personnel (48%) et la capacité à préserver son équilibre de vie (39%). La rémunération arrive à égalité en quatrième position (39%).

 

Cette vision se retrouve dans les indicateurs que les Français souhaitent voir utilisés pour évaluer une entreprise. 78% plébiscitent des critères extra-financiers : satisfaction clients, résilience et capacité à tenir dans le temps, capacité à innover ou encore utilité réelle du produit ou service. Les critères financiers sont cités par 64% des répondants, la rentabilité en premier (49%), devant la croissance du chiffre d'affaires (29%). L'impact positif, est plébiscité quant à lui par 43%. Ces trois blocs de critères ne s'excluent pas : ils reflètent une conception élargie et complémentaire de la réussite, dans laquelle performance économique et utilité sociale s'articulent.

 

Cette conception se traduit concrètement dans les arbitrages que les Français disent prêts à faire.

Plus d'une personne sur deux accepterait de gagner moins pour exercer une activité à impact (52%)

- jusqu'à 10% de revenus en moins pour 24% d'entre eux et jusqu'à 20% pour 18%.

 

LES FREINS À L'ENTREPRENEURIAT, ENTRE CONTRAINTES RÉELLES ET REPRÉSENTATIONS

 

Si l'envie d'entreprendre est forte, 74% des Français identifient au moins un frein à leur passage à l'acte. Le premier d'entre eux est d'ordre économique : la peur de l'instabilité financière (53%). Ce frein rationnel est cohérent avec une période marquée par l'inflation, la hausse des taux d'intérêt et l'incertitude économique globale. Un résultat qui contraste avec la place secondaire accordée à la rémunération dans la définition de la performance.

 

Au-delà de ce frein financier, les obstacles suivants relèvent davantage de représentations liées à la performance. 28% des répondants citent le sentiment de ne pas "être fait pour ça", 20% l'idée qu'il faudrait "tout quitter d'un coup" pour se lancer, et 18% le besoin d'attendre que le projet soit parfait avant de démarrer. Ces trois freins illustrent une conception exigeante, parfois paralysante, de ce que doit être un entrepreneur. Le syndrome de l'imposteur est particulièrement marqué chez les 18-24 ans puisque 27% déclarent sous-estimer leurs compétences tout en surestimant celles des autres.

 

Ces représentations sont cohérentes avec un autre résultat de l'étude : 63% des Français estiment que l'entrepreneuriat est réservé à des personnes très performantes, et 57% que la peur de ne pas être assez performant les freine à se lancer.

 

LA CONTRIBUTION DES ENTREPRENEURS INSUFFISAMMENT RECONNUE EN FRANCE

 

Dans un contexte où l'entrepreneuriat joue un rôle croissant dans la création d'emplois, la dynamisation des territoires et l'innovation, deux Français sur trois (65%) estiment que la France ne valorise pas suffisamment la contribution des entrepreneurs. Ce sentiment de manque de reconnaissance traverse toutes les générations et s'exprime avec une intensité particulière chez les 65 ans et plus (76%).

 

Ce constat prend un relief particulier lorsqu'on le met en regard des attentes des Français en matière de formes d'entrepreneuriat. Le statut de micro-entrepreneur ou auto-entrepreneur arrive en tête (34%) des formes envisagées, suivi de l'entreprise classique TPE/PME (16%) et du statut de freelance ou indépendant (15%). Ces choix reflètent une aspiration à l'autonomie progressive, sans rupture brutale avec la situation professionnelle existante.

 

Enfin, à la question de savoir si une intelligence artificielle pourrait être un entrepreneur performant,

72% des Français répondent non. Rapporté à la définition que les Français donnent de la performance entrepreneuriale, ce résultat est cohérent : la performance telle qu'ils la conçoivent reste indissociable d'une dimension humaine.

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