Par Nicole Bockstaller, responsable chargée
de communication de l’IRENA (Agence internationale pour les énergies
renouvelables)
Un nouveau rapport
appelle à renforcer le rôle des pouvoirs publics pour développer des chaînes
d’approvisionnement nationales et une main-d’œuvre inclusive.
Malgré un niveau record
d’installations d’énergies renouvelables, l’emploi dans le secteur n’a augmenté
que de 2,3% par rapport à 2023, atteignant 16,6 millions de postes en 2024. La
nouvelle édition du rapport Énergies renouvelables et emplois : Examen annuel
2025, publié par l’Agence internationale pour les énergies renouvelables
(IRENA) et l’Organisation internationale du Travail (OIT), souligne l’impact
croissant des tensions géopolitiques et géoéconomiques, ainsi que de
l’automatisation accrue, sur la main-d’œuvre du secteur des énergies
renouvelables.
Comme les années
précédentes, le développement demeure inégal à l’échelle mondiale. La Chine
reste la principale force tant en matière de déploiement des capacités de
production que de fabrication d’équipements, principalement grâce à des chaînes
d’approvisionnement intégrées et de grande ampleur, capables de fournir des
équipements à des prix inégalés.
En 2024, la Chine a
créé environ 7,3 millions d’emplois dans le secteur des énergies renouvelables,
soit 44% du total mondial. L’Union européenne suit, avec un niveau inchangé par
rapport à 2023, à 1,8 million d’emplois. Le Brésil compte 1,4 million d’emplois
dans les énergies renouvelables, alors qu’en Inde et aux États-Unis, les
effectifs n’ont que peu augmenté, pour atteindre respectivement 1,3 million et
1,1 million.
Réagissant à cette tendance, le Directeur général de l’IRENA, Francesco La Camera, a déclaré :
« Le déploiement
des énergies renouvelables est en plein essor, mais la dimension humaine est
tout aussi essentielle que la dimension technologique. Les gouvernements
doivent mettre l’humain au centre de leurs objectifs énergétiques et
climatiques, grâce à des politiques commerciales et industrielles favorisant
l’investissement, le développement des capacités nationales et la montée en
compétences de la main-d’œuvre sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement.
Les disparités géographiques dans la croissance de l’emploi soulignent
l’urgence de relancer la coopération internationale. Les pays qui accusent un
retard dans la transition énergétique doivent être soutenus par la communauté
internationale. Cela est indispensable non seulement pour atteindre l’objectif
de tripler les capacités mondiales d’énergie renouvelable d’ici 2030, mais
aussi pour faire des bénéfices socio-économiques une réalité vécue par toutes
et tous, et ainsi renforcer l’adhésion du public à la transition. »
Pour ce qui est de l’emploi par technologie, le photovoltaïque solaire (PV) reste en tête, porté par la croissance soutenue des installations et des sites de production de panneaux. Le secteur employait
7,3 millions de personnes en 2024. Les pays
d’Asie concentrent 75% des emplois photovoltaïques dans le monde, la Chine
absorbant la majeure partie de ces emplois, soit 4,2 millions.
Les biocarburants
liquides viennent ensuite, avec 2,6 millions d’emplois en 2024, dont 46,5% en
Asie. L’hydroélectricité se classe au troisième rang avec 2,3 millions
d’emplois, suivie de l’énergie éolienne avec 1,9 million d’emplois.
Plus que des
statistiques, cette édition du rapport annuel met en avant l’importance de
renforcer l’inclusion et l’équité au sein de la main-d’œuvre des énergies
renouvelables. Une transition juste exige qu’aucun groupe de population —
notamment les femmes et les personnes en situation de handicap — ne soit laissé
en marge. L’avenir énergétique basé sur les énergies renouvelables doit être
façonné par des talents et des perspectives diversifiés. À ce jour, le
potentiel de ces deux groupes reste sous-exploité, ce qui nécessite des actions
délibérées, multiformes et systémiques.
Le Directeur général de
l’OIT, Gilbert F. Houngbo, a souligné que : « Une transition juste vers un
avenir fondé sur les énergies renouvelables doit reposer sur l’inclusion, la
dignité et l’égalité des chances. Alors que les pays augmentent leurs
investissements et la création d’emplois dans les énergies renouvelables, il
est de notre devoir de garantir que l’accessibilité pour les personnes
handicapées, souvent confrontées à des barrières à l’inclusion malgré leurs
compétences et leur talent, soit prise en compte à chaque étape de la
conception et de la mise en œuvre des politiques. Cela nécessite des systèmes
de formation accessibles, des pratiques de recrutement inclusives, ainsi que
des lieux de travail capables d’accueillir, de s’adapter à la diversité des
besoins et de respecter les droits de chaque travailleur. L’inclusion des
personnes en situation de handicap n’est pas seulement une question de justice
; elle est essentielle à la résilience des marchés du travail et au
développement durable. En supprimant les obstacles à l’égalité et en promouvant
le travail décent, nous renforçons les économies et veillons à ce que la
transition énergétique bénéficie réellement à toutes et à tous. »
Favoriser une culture
qui respecte la diversité et garantit l’inclusion et l’équité nécessite des
cadres politiques durables et inclusifs, comprenant notamment une éducation et
une formation accessibles, des services liés au marché du travail et d’autres
mesures. L’élaboration et la mise en œuvre de telles politiques exigent que
toutes les parties prenantes aient leur place à la table des décisions, en
particulier celles et ceux qui sont trop souvent marginalisés. Les pratiques
discriminatoires, ainsi que les normes sociales et culturelles dépassées,
doivent être reléguées au passé afin que la transition énergétique puisse
réellement stimuler des économies plus performantes et plus équitables au
bénéfice de l’ensemble de la communauté.
Cette 12e édition du Rapport annuel s’inscrit dans le cadre des travaux analytiques approfondis de l’IRENA sur les impacts socio-économiques d’une transition énergétique fondée sur les énergies renouvelables. Il s’agit de la 5e édition élaborée en collaboration avec l’OIT. S’appuyant sur son expertise en matière de monde du travail, l’OIT a contribué au chapitre du rapport consacré à l’inclusion des personnes en situation de handicap.


