Face au risque qui
s'accumule sur notre dette, une autre voie que l'austérité ou l'impôt existe.
Par Atef Khelifi, Ph.D,
Docteur en sciences économiques (CLERSE, CNRS, Université de Lille)
La sonnette d'alarme a
été tirée
Le déficit est
installé, et trois courbes montent par-dessus. Il campe autour de 5 % du PIB
depuis des années : 4,7 % en 2022, 5,8 % en 2024, 5,1 % en 2025 (INSEE).
Et
par-dessus, trois forces poussent dans le mauvais sens :
• Retraites : +1,2 % par an d'ici
2030 (COR).
• Santé : +16 Md d'ici 2030, +41
Md en 2050, sous le seul effet du vieillissement (DREES, INSEE).
• Charge de la dette : la plus brutale. Le
refinancement des vieux emprunts (émis à taux quasi nul) se fait désormais à
près de 4 %. Déjà +18 % au premier semestre 2026. Elle file vers 100 Md par an
d'ici 2029 (Cour des comptes), les deux tiers du budget de l'Éducation nationale.
Chaque année.
En face, une croissance
atone : 0,5 à 0,9 % (INSEE, Banque de France), incapable de générer les
recettes qui manquent.
Nous sommes nombreux à converger sur les mêmes résultats en cas d'inaction : environ 6,8 % de déficit et 130,5 % de dette en 2030 (économistes mandatés par Bercy, juillet 2026 ; FMI ; Cour des comptes).
La plupart des prévisions officielles s'arrêtent en 2030.
Pourtant, le film continue au-delà (Khelifi, 2026).
Pourquoi économiser ou
taxer ne sera pas l'outil adapté
Si le sujet occupe
l'espace médiatique et le débat politique de 2027, c'est qu'il est des plus
préoccupants. Il faudrait en effet, selon plusieurs experts, un effort
d'économies de plus d'une centaine de milliards d'euros d'ici 2030, simplement
pour stabiliser la dette.
Or, à moins de trouver
ces sommes dans des postes « inutiles » au sens productif (ceux qui n'adressent
aucune commande à nos entreprises et ne versent aucun salaire servant à acheter
leur production), couper revient à amputer la demande globale, jusqu'à provoquer
une récession, voire, dans notre contexte, une contraction. C'est, très
exactement, l'inverse d'une relance « keynésienne ».
Et la fiscalité, dans les mêmes ordres de grandeur, ne ferait qu'asphyxier davantage une économie déjà atone. Dans les deux cas, le remède coûte trop cher pour trop peu d'efficacité : un PIB en recul, c'est
du chômage en hausse, donc moins de cotisants et plus de personnes à charge. Le serpent se mord
la queue.
La seule vraie sortie :
provoquer la croissance
Reste la croissance.
Non pas celle qu'on attend passivement, incertaine voire absente, prisonnière
d'anticipations basses, du pessimisme, des habitudes, de prévisions calées sur
un historique morose et un climat international tendu. Ces anticipations, à force
d'être partagées, se réalisent : chacun mise sur une croissance faible, donc
investit et embauche peu, et la faible croissance advient.
Il suffirait que chacun
croie à 2 %, et agisse en conséquence, pour que ces 2 % se concrétisent. En
économie, on appelle ce blocage le défaut de coordination : celui qui laisse
une partie de la population exclue, invisible au sens économique, tandis que l'activité
se stabilise sur un équilibre qui n'occupe que le reste. Un phénomène observé y
compris dans des pays où les rigidités du marché du travail, souvent accusées,
sont absentes (salaire minimum, indemnités chômage, protection de l'emploi).
Si les anticipations
individuelles se transforment en résultat collectif réel, alors il faut
inverser le processus. Il faut agir : provoquer un engouement collectif et
coordonné, au travers d'un contrat. Mais quel contrat ?
Un Contrat national de
relance, par exemple
• Un contrat, pas un
cadeau.
L'État allège considérablement les cotisations sur chaque embauche nette
(accroissement de personnel) et chaque investissement nouveau, jamais sur
l'existant. Zéro croissance, zéro allègement.
• Un engagement
collectif, amorcé prudemment. Les entreprises adhèrent volontairement et
visent ensemble un même cap. On démarre avec une cible à 1 % de croissance
réelle, pour prouver que la coordination fonctionne et que chacun s'y retrouve.
• Une masse critique de
signataires.
Quand tout le monde embauche et investit en même temps (et, en réalité, pas
nécessairement tout le monde), la production des uns devient la demande des
autres, et le moteur redémarre.
La croissance se
réalise parce qu'elle est coordonnée. Et les personnes aujourd'hui sans emploi
deviennent la demande de demain.
Simple à mettre en
œuvre, et prudent
Un atout décisif : on
peut « solder » les emplois et investissements nouveaux sans toucher à
l'existant. Juridiquement, conditionner un allègement à un critère objectif lié
à l'emploi est solide (le Conseil constitutionnel l'admet de longue date) et
techniquement facile à déployer. Aucune réforme constitutionnelle n'est
nécessaire.
Et surtout, le pari est
asymétrique dans le bon sens : mieux vaut des recettes convenables et
certaines, tirées d'une croissance réelle, que des recettes élevées mais
improbables qui n'arrivent jamais.
« L'emploi en solde,
l'investissement en promotion : c'est le moment d'embaucher et d'investir, à
chacun de gagner, ou de préserver, ses parts de marché. »
Une proposition ouverte
Cette proposition est
apolitique. Elle émane d'un travail de recherche scientifique, chiffré et
sourcé, mis à disposition librement (données, code, hypothèses) en toute
transparence.
Elle est diffusée et expliquée en détail aux décideurs, et
notamment aux équipes des candidats de 2027, pour être vérifiée, discutée,
améliorée.
L'exposé complet de
cette politique de relance, sa modélisation et son chiffrage figurent dans
l'ouvrage
« L'Audit de l'économie française — Diagnostic, causes et plan de
redressement »
https://librairie.bod.fr/laudit-de-leconomie-francaise-atef-khelifi-9782322633586
Atef Khelifi - Docteur en sciences
économiques (CLERSE, CNRS, Université de Lille)
https://atefkhe246.github.io/


