L'UNESCO ouvre la Conférence mondiale 2026 de la Décennie internationale des sciences au service du développement durable (IDSSD), avec la publication de nouvelles données qui révèlent à la fois l'ampleur de la mobilisation scientifique de ces deux dernières années et les fractures persistantes qui menacent de laisser les pays en développement de côté.
La Conférence mondiale réunira à Paris plus de
800 ministres, scientifiques et responsables afin de dresser le bilan de l'état
de la science mondiale et de sa contribution aux objectifs de développement
durable.
La Décennie des sciences mobilise l'ensemble des disciplines scientifiques pour faire face à des crises mondiales qui se conjuguent, telles que le dérèglement climatique, les inégalités et la gouvernance des technologies émergentes comme l'IA et la science quantique. Son Rapport mondial dresse le bilan des deux premières années de la Décennie, en s'appuyant sur les données de 397 initiatives scientifiques reconnues dans 79 pays. Il documente une réponse sans précédent de la communauté scientifique mondiale : 50 millions de dollars de financements confirmés ont été mobilisés pour des projets qui soutiennent l'ensemble des 17 objectifs de développement durable.
Mais ces mêmes données mettent en évidence un profond déséquilibre. L'Afrique représente moins de
10 % des initiatives de la Décennie, alors qu'elle compte 17,5 % de la population mondiale.
Par ailleurs, parmi les initiatives participantes 40 % ont identifié
la coordination, plutôt que le financement, comme étant leur principal
obstacle, ce qui met en lumière un déficit de gouvernance que l'argent seul ne
saurait combler.
Selon Khaled El-Enany,
Directeur général de l'UNESCO : « Le monde ne manque pas de connaissances
scientifiques ; ce dont nous avons besoin aujourd'hui, ce sont des systèmes
plus solides pour mettre ces connaissances au service des populations et de la
planète. Deux ans après le lancement de la Décennie des sciences, les
scientifiques du monde entier se sont mobilisés avec une énergie remarquable.
Les gouvernements doivent désormais transformer cet élan en politiques, en
budgets et en résultats mesurables – avec le soutien de l'UNESCO ».
Le rapport identifie
cinq réformes structurelles nécessaires pour atteindre les ODD :
1. Réformer la manière dont la recherche est
évaluée,
en rompant avec la culture actuelle du « publier ou périr » ;
2. Élargir l'accès équitable aux
infrastructures
et aux connaissances scientifiques, afin de permettre à tous les pays de
participer et d'en bénéficier ;
3. Créer des passerelles directes entre les
scientifiques et les décideurs, pour que la recherche reste en prise avec les
besoins de la société ;
4. Restaurer la confiance du public dans la science, par
l'intégrité, l'inclusion et la culture scientifique
5. Gouverner de manière responsable les nouvelles
technologies, dont l'IA, avant qu'elles ne dépassent notre capacité à les
orienter.
Science ouverte :
combler l'écart entre les politiques et leur mise en œuvre
De nouvelles données de
l'UNESCO révèlent également comment 81 pays ont mis en œuvre la Recommandation
de l'UNESCO sur une science ouverte depuis son adoption en 2021. Elles montrent
que 60 % des politiques de science ouverte adoptées au cours des cinq dernières
années font explicitement référence à la Recommandation, preuve que cet
instrument façonne directement la manière dont les gouvernements conçoivent
leurs politiques scientifiques.
Les progrès demeurent
toutefois inégaux : si 79 % des gouvernements déclarent disposer d'un cadre
politique en matière de science ouverte, seuls 41 % ont effectivement mis en
place un plan pour l'appliquer, et à peine un sur trois dispose d'un mécanisme de
suivi permettant de s'assurer que ces politiques atteignent leur objectif, à
savoir rendre la recherche scientifique plus accessible.
La science pour la
prochaine génération
En marge de la conférence, l'UNESCO et la Fondation AXA pour le Progrès humain ont lancé
«
Next Generations », une exposition photographique mettant à l'honneur onze
jeunes chercheurs et chercheuses d'exception du monde entier et le récit de
leurs recherches, rappelant que les scientifiques qui porteront la prochaine
décennie de découvertes sont déjà à l'œuvre.
Sur le thème La science en action : tracer la voie d'un avenir durable et équitable pour toutes et tous,
la Conférence mondiale s'attaquera aux défis les plus pressants pour combler l'écart entre la recherche scientifique et les décisions qui touchent la vie des populations, notamment : réduire les fractures scientifiques mondiales entre le Nord et le Sud, ainsi qu'entre les femmes et les hommes ; traduire les engagements en faveur de la science ouverte en actes ; et restaurer la confiance du public dans la science.


