Si le BSI (Business Spend
Index) mesure les dépenses des entreprises américaines, ses enseignements
dépassent largement le marché américain. Les tendances d'investissement
observées aux États-Unis constituent souvent un indicateur avancé des
évolutions technologiques et économiques qui façonnent ensuite les marchés
mondiaux.
Trois enseignements à
retenir pour les entreprises européennes :
• Les investissements
dans l'IA ne se limitent plus au secteur technologique
Les secteurs
technologique, industriel, les services aux entreprises et les services
financiers évoluent désormais selon des trajectoires de dépenses de plus en
plus similaires, suggérant que l'IA, l'automatisation et la transformation
numérique sont devenues des priorités d'investissement communes à de nombreux
secteurs.
Le signal le plus fort
provient du secteur des hautes technologies, où les dépenses
d'approvisionnement ont progressé de plus de 40 % depuis mi-2024, atteignant
leur niveau le plus élevé depuis quatre ans.
Pour l'Europe, cela
confirme que l'IA n'est plus uniquement une tendance technologique, mais un
véritable cycle d'investissement économique qui touche des secteurs bien
au-delà de l'écosystème numérique traditionnel.
• L'émergence d'une
économie à deux vitesses
Tous les secteurs ne
bénéficient pas de cette dynamique d'investissement au même rythme. Tandis que
la technologie, l'industrie et les services financiers continuent d'accélérer
leurs dépenses, d'autres secteurs comme la santé, l'éducation ou encore le secteur
public restent davantage soumis à des contraintes budgétaires, opérationnelles
ou réglementaires.
Le contraste apparaît
clairement dans l'analyse des données de long terme. Fin 2025, les dépenses des
entreprises du secteur des hautes technologies se situaient 67 % au-dessus de
leur niveau de référence de janvier 2022 (indice 167), tandis que celles du
secteur de la santé restaient 11 % en dessous de ce même niveau de référence
(indice 89).
Ces écarts traduisent
une divergence croissante entre les secteurs qui accélèrent leur adoption de
l'IA et ceux qui peinent à suivre cette dynamique. L'IA agit comme un
accélérateur de divergence économique, créant une ligne de fracture entre les
acteurs en mesure d'investir et ceux qui en sont empêchés.
• Les entreprises les plus avancées investissent
avant le retour de la demande
Le secteur industriel
continue d'augmenter ses dépenses alors même que la demande reste relativement
modérée. Les entreprises investissent dans l'automatisation, la résilience
opérationnelle et le renforcement de leurs chaînes d'approvisionnement afin d'anticiper
les mutations de leur marché.
Le BSI montre également
que les petits industriels américains ont réduit leurs dépenses de 17,5 %
pendant la période de tensions tarifaires de 2025, contre 14,6 % pour les
grandes entreprises, avant que les investissements ne se réorientent
progressivement vers des priorités stratégiques de long terme.
Ces données envoient un
signal important aux organisations européennes. Elles suggèrent que les
entreprises les plus avancées considèrent désormais les investissements dans
l'IA et l'automatisation non plus comme une réponse à la croissance, mais comme
un investissement stratégique destiné à renforcer leur résilience et leur
performance à long terme.
Dans leur ensemble, ces résultats montrent que l'IA ne génère pas simplement de nouvelles dépenses technologiques. Elle transforme en profondeur la manière dont les entreprises allouent leurs capitaux à travers l'économie. Pour l'Europe, la question n'est peut-être plus de savoir si l'IA crée de la valeur, mais à quelle vitesse les différents secteurs seront capables de la convertir en gains de productivité et de compétitivité.


