Le point de vue de Killian Vermersch, CEO de Miralia.
Alors que l’AI Act
européen entre progressivement en vigueur, les entreprises, en particulier dans
les secteurs bancaires et assurantiels, font face à un double impératif :
innover tout en garantissant une conformité totale. Le passage de
l'expérimentation à l'industrialisation exige désormais une évaluation
rigoureuse des solutions technologiques.
Fort de son parcours d'ancien CTO devenu CEO, Killian Vermersch identifie les dix questions critiques que tout décideur doit poser à son prestataire pour garantir un déploiement pérenne
et sécurisé.
1. L’IA peut-elle être
explicable, démontrable et auditable ?
Pour les sujets
importants pour l’activité de la société et dans les environnements
réglementés, comprendre le résultat est aussi crucial que le résultat lui-même.
Une IA doit pouvoir expliquer chacune de ses décisions. Cette traçabilité est
la condition sine qua non de la confiance et de la conformité réglementaire.
Une IA explicable peut
tenter de se justifier sur un résultat, une IA démontrable peut exposer
l’ensemble de son raisonnement de manière traçable, et enfin, une IA auditable
implique qu’il est possible “d'ouvrir le capot” pour vérifier que cette
justification correspond à la réalité du traitement effectué.
2. La souveraineté des
données est-elle garantie ?
Il est impératif de
savoir où résident les données. La solution technologique doit être souveraine
pour assurer que les informations sensibles, notamment dans la finance ou la
défense, ne transitent pas par des serveurs tiers non maîtrisés.
Il est notamment
important de prendre en compte le Cloud Act américain, qui permet aux
États-Unis de récupérer la donnée d’un hébergeur américain même dans un
datacenter basé en Europe.
3. La solution est-elle
conforme à l’AI Act et aux autres réglementations ?
À l'horizon 2026,
l'anticipation réglementaire n'est plus une option. Le prestataire doit
démontrer que sa solution intègre nativement les exigences de transparence, de
gouvernance et de maîtrise des risques imposées par le nouveau cadre européen.
Cela commence par
connaître son niveau de risque au titre de l’article 6 de l’AI Act
(https://artificialintelligenceact.eu/article/6/). Dans le contexte des
services financiers comme la banque ou l'assurance, il s'agit souvent de “high
risk”. Si c’est le cas, la solution doit être explicable de bout en bout dans
ses prises de décisions ou son assistance aux décisions. Même si le projet
rentre dans une catégorie moins restrictive, certaines règles de l’AI Act
continuent à s’appliquer, ainsi que le RGPD.
4. Quelle est la
fiabilité réelle ?
Pour le traitement de
messages critiques, le déterminisme et la démontrabilité doivent primer sur la
créativité. L'entreprise doit s'assurer que l'IA est fiable et conçue pour
répondre aux exigences opérationnelles des environnements sensibles, sans risque
d'erreur aléatoire.
5. La technologie
est-elle frugale ?
L'efficacité ne doit
pas se faire au détriment de l'empreinte environnementale. Une IA performante
doit être frugale, optimisée pour limiter sa consommation de ressources et
s'aligner avec les objectifs RSE des grands groupes.
Une IA frugale utilise
également moins de serveurs et d’énergie, ce qui réduit beaucoup le coût de son
usage et donc améliore le ROI des projets qui l’utilisent.
Les approches hybrides
comme l’IA neuro-symbolique, qui peut combiner des systèmes d’IA Symbolique
(basée sur des règles) et des IA Génératives (plus lourdes de par leurs phases
d'entraînements qui mobilisent des fermes de GPU) permettent d’allier
performance et frugalité, en utilisant pour chaque élément analysé la bonne
technologie en bon endroit. Si la demande correspond à un contexte connu elle
peut être traitée par une IA Symbolique, ou encore du traitement du langage ou
des règles simples, et si elle quitte le contexte une IA Générative peut
prendre le relais.
6. L'outil
facilite-t-il l'adoption par les métiers ?
Le déploiement de l'IA
ne peut réussir que par l'adhésion des équipes. La solution doit être pensée
pour être comprise et adoptée par les collaborateurs, en agissant comme un
soutien aux équipes plutôt qu'un outil de remplacement. L'entreprise doit donc vérifier
que le setup de la solution est co-construit avec les équipes métiers en
interne et accompagné par des experts chez le client.
7. Quel est le délai
d'implémentation ?
Le temps est une ressource critique. La technologie doit permettre une intégration ciblée et pragmatique, capable de réduire les délais de déploiement sans nécessiter des phases d'entraînement interminables.
À cela s’ajoute, la capacité
d'industrialiser la solution.
8. Le ROI est-il
mesurable ?
L'IA doit servir la
performance opérationnelle. Il est essentiel d'exiger des indicateurs clairs
sur le retour sur investissement et l'efficacité, comme l'optimisation du
traitement des messages entrants et des pièces jointes.
9. Qui maîtrise la
configuration (autonomie) ?
Pour garantir
l'agilité, les équipes métiers doivent pouvoir conserver la main sur l'outil.
L'IA doit être transparente et "blanche", permettant aux utilisateurs
de comprendre et d'ajuster les décisions sans dépendance technique excessive.
La collaboration entre
le fournisseur de la solution d’IA, qui agit en tant qu’expert, et celui du
client doit être très rapprochée.
10. Le prestataire
possède-t-il sa propre technologie ?
Il est préférable de
s'appuyer sur un partenaire disposant d'une technologie propriétaire ou
open-source. C'est un gage de pérennité, d'indépendance stratégique et de
capacité à faire évoluer le produit en fonction des besoins clients.
Ces réponses sont au
cœur de l'identité même de Miralia (ex-Golem.ai). Killian Vermersch et ses
équipes ont la conviction que l'intelligence artificielle ne s'imposera
durablement que par la confiance.
En s'appuyant sur une technologie d'IA neuro-symbolique propriétaire, explicable et frugale, Miralia a su convaincre les leaders de l'assurance et de la banque. La start-up, qui a enregistré une croissance de 100% en un an, démontre qu'il est possible de concilier innovation technologique et exigences de conformité.


