Fatigue,
perte de visibilité, surcharge administrative : la 12e édition du baromètre
ARTIsanté réalisée par la CAPEB et l’IRIS-ST, avec le concours de la CNATP,
confirme une dégradation inédite de l’état de santé et des conditions
d’exercice des chefs d’entreprise artisanale, asphyxiés par un contexte
économique particulièrement défavorable.
Ce baromètre, mené
auprès de 2 491 répondants, dresse un constat sans appel : après dix trimestres
consécutifs de recul de l’activité, les artisans du bâtiment font état de
fragilités économiques et humaines préoccupantes.
Ces résultats sont
d’autant plus alarmants qu’ils mettent en évidence une réalité qui était déjà
celle des chefs d’entreprise artisanale avant le déclenchement du conflit au
Moyen-Orient, puisque le baromètre a été réalisé sur une période allant de
décembre 2025 à janvier 2026. Depuis le début de la guerre en Iran, les
témoignages d’artisans du bâtiment quant à leur détresse face à cette « crise
de trop », qu’ils ne sont plus en capacité d’absorber, sont légion.
Un moral en net recul,
révélateur d’une crise durable
Ce baromètre met en
évidence, de manière très concrète, les conséquences psychologiques générées
par deux années de recul d’activité.
De moins en moins de
chefs d’entreprise se déclarent optimistes vis-à-vis de l’avenir de leur
entreprise. Ils sont 38 % à l’être, soit 3 points de moins qu’en 2024, tandis
que 28 % déclarent ne pas être en mesure de se prononcer et 33 % font part de
leur pessimisme.
Leur état d’esprit se
dégrade également, révélant une baisse inédite de motivation et de confiance.
Ils sont 16 % à se déclarer motivés (contre 23 % en 2024), 16 % à se dire
confiants (contre 22 % en 2024), et 35 % à faire part de leur inquiétude. Des
constats similaires apparaissent lorsque l’on interroge les conjoints.
43 % des artisans
interrogés déclarent avoir été en difficulté psychique au cours de l’année
2025.
Ces résultats
traduisent une difficulté de plus en plus manifeste à se projeter dans un
contexte économique instable et peu lisible, alors que leur activité est mise à
mal un peu plus chaque année. 33 % des répondants indiquent que leur activité a
ralenti, et une part significative estime que la pérennité de leur entreprise
est désormais menacée.
Une fatigue
structurelle qui s’installe
L’un des enseignements
majeurs de cette édition 2025 est l’installation d’une fatigue profonde et
généralisée. 54 % des chefs d’entreprise se sentent assez, voire très fatigués,
soit 4 points de plus qu’en 2024.
Les causes sont
multiples.
En 2025, leur charge de travail a été particulièrement forte, amenant 48 % des répondants à travailler régulièrement, parfois même tous les week-ends. 63 % des répondants déclarent également consulter leurs mails quotidiennement durant leurs congés, dans un contexte où 27 % prennent au maximum deux
semaines de congés.
Travail durant les
jours de repos, absence de déconnexion pendant les congés : le baromètre révèle
que 77 % des chefs d’entreprise ont le sentiment que leur vie professionnelle
empiète sur leur vie privée.
Le stress constitue
également un facteur de fatigue. Plus d’un artisan sur deux se dit stressé, en
raison de la charge de travail, du poids des responsabilités, de
l’administratif et du manque de visibilité sur l’avenir, sans compter
l’instabilité politique.
L’ensemble de ces
facteurs fait que 87 % des chefs d’entreprise perçoivent leur travail comme
exigeant mentalement.
L’impact sur le sommeil
est notable : 49 % des artisans se réveillent au milieu de la nuit et ont du
mal à se rendormir, 24 % déclarent avoir du mal à s’endormir, et 40 % se
réveillent tôt le matin sans parvenir à se rendormir.
Ces indicateurs
témoignent d’un engagement toujours plus important des artisans du bâtiment,
qui s’opère au détriment de leur repos et de l’équilibre entre vie
professionnelle et vie personnelle.
Une passion du métier
qui résiste, malgré tout
Malgré ce contexte difficile, le baromètre Artisanté 2025 révèle un attachement toujours fort au métier :
66 % des artisans se déclarent totalement épanouis dans leur métier et
58 % dans leur rôle de chef d’entreprise.
Une donnée clé qui
souligne la résilience du secteur, mais aussi ses limites face à l’accumulation
des contraintes.
Un signal d’alerte pour
l’ensemble de la filière
Au-delà des chiffres,
ce baromètre constitue un véritable signal d’alerte. Il met en évidence une
fragilisation psychologique des femmes et des hommes à la tête d’entreprises
artisanales, dont le rôle essentiel à l’économie locale et à la vitalité des territoires
n’est plus à démontrer.
Dans un contexte
économique et international particulièrement rude, les artisans expriment un
besoin urgent de visibilité, de simplification et de reconnaissance.
Dans l’attente de
réponses fortes du Gouvernement, la CAPEB agit
Face aux constats
alarmants que met en évidence ce baromètre, la CAPEB travaille, en
collaboration avec l’IRIS-ST, à apporter des réponses très concrètes à ses
adhérents, à commencer par l’élaboration d’une boîte à outils pour accompagner
la prise en main de leur santé mentale.
Il s’agit également
d’actions de sensibilisation et de l’organisation de temps d’échanges avec des
médecins spécialisés, identifiés par l’observatoire métier de PRO BTP, avec
lequel la CAPEB est en partenariat.
À ce titre, la CAPEB profitera des Rencontres des Métiers du Bâtiment by CAPEB, événement incontournable du secteur qui se tiendra du 24 au 26 juin prochain à Marseille, pour proposer aux
2 000 participants un temps d’échange avec un spécialiste des
troubles du sommeil, tant cette problématique est forte chez les artisans et
préoccupante pour leur santé.
« En tant qu’organisation professionnelle responsable, la CAPEB prend toute la mesure des cris d’alerte que ses adhérents ont exprimés dans le cadre de ce baromètre et, plus largement, depuis le déclenchement du conflit au Moyen-Orient. Fidèle à ses valeurs, la CAPEB entreprendra toutes les actions nécessaires pour éviter que la situation n’évolue vers un épuisement professionnel généralisé.
Le Gouvernement doit également se montrer responsable et apporter au secteur les réponses qu’il attend. Il n’est pas acceptable de laisser tant d’entreprises, essentielles à la vitalité de notre pays, sombrer davantage. », conclut Jean-Christophe Repon, président de la CAPEB.


