Par Cyril Perrin,
Directeur Général Exécutif et CSO d’Orisha Construction.
Le secteur de la
construction fait face à une équation de plus en plus complexe.
Pression sur les
marges, multiplication des aléas, exigences réglementaires accrues, pénurie de
main-d’œuvre : les défis s’accumulent à un rythme inédit. Dans ce contexte, la
question de la digitalisation n’est plus un sujet secondaire. Elle devient centrale.
Et pourtant, malgré son
poids économique, le BTP reste l’un des secteurs les moins transformés
numériquement.
Un paradoxe structurel
Depuis plusieurs
années, les entreprises du secteur s’équipent d’outils numériques. Logiciels de
gestion, solutions de planification, outils de suivi… l’offre existe, et elle
s’est considérablement enrichie.
Mais un constat
s’impose : ces outils restent souvent cloisonnés.
Ils répondent à des
besoins précis, mais communiquent peu entre eux. Cette fragmentation limite
leur impact et empêche d’exploiter pleinement la valeur des données
disponibles.
Sur le terrain, cela se
traduit par des pertes d’information, des erreurs évitables et une difficulté
persistante à anticiper les dérives de coûts ou de délais.
Changer d’échelle : de
l’outil à l’écosystème
Face à ces limites, un
changement de paradigme semble nécessaire.
Il ne s’agit plus
seulement d’accumuler des solutions, mais de les faire dialoguer. De passer
d’une logique d’équipement à une logique d’écosystème.
Cette approche repose
sur une idée simple : la performance ne viendra pas d’un outil unique, mais de
la capacité à connecter plusieurs briques complémentaires.
C’est dans cette
interconnexion que se crée la valeur.
Le rôle clé de
l’intelligence artificielle
L’émergence de
l’intelligence artificielle accélère cette transformation.
Elle permet d’analyser
des volumes de données bien supérieurs à ce que l’humain peut traiter, de
détecter des anomalies en amont, et surtout d’anticiper des situations à
risque.
Progressivement, le
secteur bascule ainsi d’une logique corrective à une logique prédictive.
Identifier une erreur
après coup ne suffit plus.
L’enjeu est désormais
de l’éviter avant qu’elle ne se produise.
L’apport des startups :
agilité et spécialisation
Dans cette mutation,
les startups jouent un rôle déterminant.
Leur force réside dans
leur capacité à adresser des problématiques très ciblées avec des solutions
rapides à déployer et à forte valeur ajoutée : optimisation du chiffrage,
analyse automatisée des plans, amélioration de la planification ou de la
communication sur chantier.
Elles apportent une
agilité indispensable dans un secteur historiquement structuré autour d’acteurs
plus établis.
Mais leur impact dépend
de leur capacité à s’intégrer dans un environnement plus large.
Décloisonner pour
accélérer
C’est là que se situe
l’un des enjeux majeurs des prochaines années : créer les conditions d’une
collaboration efficace entre acteurs établis et innovateurs.
Autrement dit,
décloisonner.
Décloisonner les
outils, les données, mais aussi les modes de travail.
Ce mouvement suppose
une évolution des mentalités : accepter de s’ouvrir, de coopérer, de partager
une partie de la chaîne de valeur pour en renforcer l’efficacité globale.
Reconnecter la
technologie au terrain
Une autre condition de
réussite est essentielle : ne pas perdre de vue la réalité du terrain.
Le BTP est un secteur
d’exécution, où chaque décision a des conséquences concrètes, immédiates et
souvent coûteuses. Les solutions numériques ne peuvent être pertinentes que si
elles s’inscrivent dans cette réalité.
Cela implique de
concevoir des outils simples, opérationnels, et directement utilisables par
celles et ceux qui construisent.
Une transformation
nécessairement collective
La transformation du
BTP ne se fera ni uniquement par la technologie, ni uniquement par la volonté
individuelle des entreprises.
Elle sera collective.
Elle reposera sur la
capacité de l’ensemble des acteurs, industriels, éditeurs, startups, maîtres
d’ouvrage, à travailler ensemble, à partager une vision commune et à construire
des solutions interopérables.
Le défi n’est plus de
savoir si le secteur doit se transformer.
Il est de savoir à
quelle vitesse il saura le faire, et dans quelle mesure il sera capable de
dépasser ses logiques historiques de silo.
Car dans un environnement de plus en plus contraint, la performance ne viendra plus de l’addition d’outils, mais de l’intelligence collective qu’ils permettront de créer.


