Par Thibo
Wassenberg, responsable du cycle conception-production chez Duux BV.
Les technologies
destinées à l’’amélioration du confort intérieur ont atteint un niveau de
sophistication inédit. Toutefois, la performance seule ne suffit plus à
répondre aux attentes actuelles. Qu’il s’agisse de solutions de chauffage ou de
traitement de l’air, les appareils domestiques ne sont plus dissimulés et
occupent désormais toutes les pièces de vie. Face à ce constat, les marques et
fabricants ont pour challenge d’intégrer des technologies toujours plus
sophistiquées dans des espaces de vie sans qu’elles ne s’imposent visuellement.
C’est ici que le design intervient, non pas comme un simple habillage
esthétique, mais comme un vecteur de crédibilité et de sérénité.
L’expérience comme
nouveau standard produit
Au cours des dernières
années, les exigences des utilisateurs ont profondément évolué. Portées par des
références majeures du secteur comme Apple, les utilisateurs accordent
désormais une importance accrue à la qualité, à la simplicité d’utilisation et
à la cohérence globale des objets. Aujourd’hui, l’efficacité seule ne suffit
plus, un produit doit offrir une prise en main intuitive et procurer du confort
à l’usage.
Un équilibre d’autant
plus sensible dans l’univers de la maison, puisque les équipements destinés à
rester visible en permanence doivent s’intégrer avec discrétion. Il ne s’agit
pas d’attirer l’attention, mais de s’inscrire harmonieusement dans l’environnement,
sans alourdir l’espace ou l’usage. Par exemple, lorsqu’un appareil régule l’air
ou ajuste une température automatiquement, un signal clair permettrait de
renforcer la confiance envers la technologie, mais c’est son action invisible,
en arrière-plan, qui sera préférée.
Dieter Rams, designer
industriel allemand, a formulé le principe suivant : « un bon design doit rester aussi discret que
possible », qui, trouve ici une résonance particulière. Simplifier ne signifie
pas appauvrir, mais résoudre la complexité en amont, pour la rendre
imperceptible à l’utilisateur. Cette approche se retrouve dans des objets comme
la Nintendo Switch, où la facilité d’utilisation est mise en avant par rapport
à sa technologie avancée.
La perception comme
gage de confiance
L’étude The State of
Shopping 2025, révèle que 74 % des acheteurs considèrent la qualité perçue
comme premier critère d’achat, au même niveau que le coût, et bien avant la
disponibilité ou la notoriété de la marque. Ainsi, la confiance est le résultat
d’une l’expérience concrète et d’une perception transparente de qualité.
Dans le secteur des
appareils électroniques grand public, cette notion de qualité s’évalue
principalement à travers l’expérience de l’utilisateur. Une étude menée par 2
Visions en 2025 indique que 68,57 % des consommateurs de la génération Z
estiment que les produits découverts physiquement en point de vente offrent une
qualité perçue supérieure, notamment grâce au design et au ressenti au toucher.
Même chez une génération très connectée, l’interaction directe avec l’objet
matériel demeure un facteur décisif.
La perception de la
qualité s’appuie sur trois facteurs tangibles : les teintes, les matières et
les finitions. Par exemple, un rendu mat évoque davantage de maîtrise qu’une
surface brillante. Une matière lourde et dense au toucher accentue le sentiment
de robustesse. Une gamme chromatique harmonisée avec l’environnement intérieur
permet une intégration naturelle du produit, sans contraste visuel abrupt. Ces
choix, souvent associés à une forme de sobriété, contribuent en réalité à
renforcer la crédibilité du produit.
Si un appareil efficace
remplit sa fonction, c’est sa conception qui parviendra à créer une forme
d’attachement. Ce lien se construit à travers la cohérence des détails, la
fluidité des interactions continues et une présence discrète, qui ne s’impose
jamais.
Le progrès au service
du concret
À l’heure où l’IA se
généralise, les objets du quotidien vont évoluer vers une connectivité accrue
et intégrer des capteurs toujours plus précis. Le potentiel technologique est
déjà considérable, mais ajouter ces innovations pour paraître à la pointe ne servira
à rien, surtout si elle ne répond pas à un usage réel.
Les attentes des
consommateurs en matière de confort intérieur sont claires. Certains besoins
exigent une réaction instantanée et modulable, telle que la régulation de la
température ou une meilleure maîtrise du flux d’air. D’autres reposent sur une
approche plus subtile : garantir un certain niveau d’humidité ou de qualité de
l’air sans intervention continue. Quelle que soit la situation, la technologie
doit faciliter l’expérience, et non l’alourdir.
Le design prend alors
toute son importance, car. Il fixe un cadre exigeant. Chaque fonctionnalité
nouvellement intégrée doit simplifier l’expérience sans jamais la complexifier.
Plus les objets deviennent technologiques, plus leur prise en main doit sembler
naturelle.
Toutefois, ces ajouts
technologiques ne sont pas synonymes de modernité. Au contraire, cette dernière
se mesure par la capacité d’un produit à remplir sa mission, avec fluidité et
discrétion. La confiance s’installe durablement quand la technologie devient
presque invisible au profit de la simplicité d’usage.
La confiance se construit à la croisée entre l’expérience annoncée et celle qui est réellement vécue, entre la complexité technique et la facilité d’utilisation, entre la présence de l’objet et sa discrétion visuelle. À mesure que les technologies évoluent, le design devient un levier déterminant. Pour les marques et les fabricants, il ne s’agit plus d’accumuler, mais de construire une cohésion d’ensemble.


