Elles réclament un moratoire total sur les
abattages dans l’UE.
La persécution par l'homme est déjà la principale cause de
mortalité de milliers de loups chaque année en Europe, mais l'ampleur réelle de
ce phénomène reste inconnue en raison de l'absence de suivi et de rapports
systématiques. Les ONG réclament une transparence totale et la divulgation des
intérêts particuliers qui sous-tendent la proposition de l'UE visant à
déclasser le loup, ce qui entraîne davantage de tueries injustifiées, en
contradiction avec les règles de l'UE.
Alors que l'Agence européenne pour l'environnement (AEE)
rapporte que les deux tiers des espèces protégées par la directive « Habitats »
dans l'UE ont un état de conservation médiocre ou mauvais et que la science
affirme que les loups en Europe n'ont pas atteint un état de conservation
favorable, la Commission européenne fait néanmoins pression pour un
déclassement, et donc pour davantage d'abattages de loups.
Un quota zéro d'abattage est désormais le seul moyen légal
pour les États membres de se conformer à la législation de l'UE. La science est
sans équivoque : les loups en Europe restent menacés, le déclassement est une
décision politique.
Une manœuvre politique allant à l'encontre de
la science et servant des intérêts privés
La manœuvre anti-scientifique de reclassement des loups
promue par Ursula von der Leyen – au moyen d’un rapport de 2023 produit par un
cabinet de conseil basé à Bruxelles, mandaté et financé par la Commission
européenne – ouvre un chapitre profondément préoccupant dans l’élaboration de
la gouvernance environnementale de l’UE. Les ONG réclament une transparence
totale sur l’influence d’intérêts privés non divulgués sur le processus
décisionnel de l’UE. Elles mettent en garde contre le fait que ces acteurs
poussent l’exécutif européen et plusieurs États membres à démanteler des lois
de protection de la nature efficaces et établies de longue date, tout en
promouvant un discours trompeur sur la « coexistence » qui sert probablement les
lobbies de l’agro-chasse.
La législation environnementale de l’UE ne devrait pas
reposer sur un vide scientifique et juridique, ni être remodelée pour justifier
le massacre ou la maltraitance d’animaux sauvages. C’est pourquoi trois recours
juridiques interjetés par des ONG ont été déposés devant la Cour de justice de
l’Union européenne pour contester le déclassement de l’UE. Ceux-ci pourraient
conduire à l’annulation de la récente décision de déclassement du loup. Les
décisions sont toujours attendues.
Quelle est la situation en France ?
La France est l'un des pays de l'Union européenne où
l'abattage des loups est le plus agressif. Depuis 2014, les abattages autorisés
par les autorités ont entraîné la mort d'environ 1 500 loups, et le nombre réel
est probablement plus élevé en raison des abattages illégaux et d'autres cas de
mortalité non signalés.
Le taux de survie annuel des loups est estimé à 66%. En
dessous de ce seuil, la population de loups risque de ne pas se maintenir et de
diminuer (OFB 2025).
La France applique un quota annuel d’abattage de loups
(plafond de prélèvement) qui autorise l’abattage d’un nombre fixe de loups
chaque année dans le cadre de son plan national de gestion des loups.
Ces dernières années, les quotas de prélèvement ont
augmenté régulièrement, allant d’environ 100 à environ 200 loups par an, le
plafond revu à la hausse pour 2026 étant fixé à environ 200 individus, soit
environ 19 % à 21 % de la population nationale. Si l'on tient compte des quotas
cumulés depuis 2014, le nombre total d'abattages autorisés de loups dépasse
vraisemblablement les 1 500. Malgré ces prélèvements, l'espèce n'a pas atteint
un état de conservation favorable en France et reste classée comme « défavorable-insuffisant
» selon les dernières évaluations de la directive Habitats de l'UE (art. 17 ;
rapports).
Selon l'Office français de la biodiversité, la population
estimée de loups en France pendant l'hiver 2024-2025 était d'environ 1 082
individus (moins d'un tiers de la population italienne), sans nouvelle
croissance démographique depuis l'hiver 2021-2022 (OFB 2025), en raison du taux
d'abattage. D'après une étude de simulation, avec un taux d'abattage de 19 %,
il existe une probabilité de 56 % que la population diminue (OFB/MNHN 2025).
Avec le nouveau taux d'abattage des loups prévu pour 2026 (21 à 23 % de la
population), cette probabilité de diminution passe à 61-66 %.
Néanmoins, en 2026, la France prévoit d'autoriser l'abattage d'environ 200 loups, soit environ 20 % de la population nationale, en raison de pressions politiques liées à des intérêts sectoriels.
Le taux de survie annuel estimé des loups est de 66 %. En
dessous de ce seuil, la population de loups risque de ne pas se maintenir et de
diminuer (OFB 2025).
Non au déclassement, oui au quota « zéro
abattage »
Les États membres ont toujours le pouvoir de rejeter cette
orientation et de maintenir une protection stricte, conformément à la volonté
de leurs citoyens plutôt qu’aux politiques dictées par l’UE et façonnées par
des intérêts non divulgués. Ceux qui ont déjà déclassé les loups peuvent
toujours fixer un quota de chasse zéro, en totale conformité avec les règles
européennes et internationales. Le Portugal, la République tchèque, la Pologne,
la Hongrie et d’autres pays ont annoncé qu’ils le feraient.
« [...] sur la base
des données actuelles, l'abaissement du statut de protection de toutes les
populations de loups n'est pas justifié d'un point de vue scientifique et de
conservation. » Source : 2022, décision
(UE) 2022/2489 du Conseil européen relative à la position à adopter au nom de
l'UE lors de la 42e réunion du Comité permanent de la Convention de Berne.
Ce que signifie le déclassement : la
libéralisation de l'abattage des loups
Loin des bureaux bureaucratiques de Bruxelles,
l'abaissement du niveau de protection des loups a une conséquence concrète : la
libéralisation de la chasse au loup. Cela normalise la violence envers la faune
sauvage en généralisant l'utilisation systématique des armes à feu et des
balles comme principaux outils de gestion.
Cela marque un recul injustifiable de près de 50 ans,
malgré l'opposition répétée des citoyens européens dont les voix ont été
systématiquement mises de côté.
Les pertes dues à la prédation des loups sont estimées à
environ 0,06/0,07 % seulement de la population totale de moutons et de chèvres
dans l'UE – le reste n'est que discours politique.
Les données démontrent le caractère injustifié de
l'abattage des loups : les mammifères sauvages, y compris tous les grands
animaux terrestres et marins (baleines, éléphants, lions, loups, etc.), ne
représentent qu'une très faible fraction (environ 4 %) de la biomasse totale
des mammifères restant sur la planète. Environ 96 % de la biomasse de tous les
mammifères existants (sur environ 7 000 espèces) est constituée d'êtres humains
(34 %) et d'animaux domestiques élevés pour l'alimentation ou d'autres besoins
humains (62 %).
Les vérités tacites derrière l'abattage des
loups
Une balle qui pénètre dans le corps d’un animal n’est jamais indolore. La peur, la souffrance et les mauvais traitements infligés à la faune sauvage sensible sont les conséquences silencieuses de l’approche politique que la Commission européenne promeut activement, en contradiction avec le traité de l’UE et la Constitution de plusieurs États membres.
Souvent, des opérations de type militaire sont organisées
pour tuer ces animaux « protégés » ; elles mobilisent de grandes équipes
assistées par la technologie, équipées de GPS, de radios, de vision nocturne,
d’imagerie thermique, de chiens dressés et parfois même de drones dotés de
caméras thermiques. Les loups peuvent être pourchassés sur de longues distances
pendant plusieurs jours, de jour comme de nuit, avant d’être abattus – leurs
souffrances ne sont pas rapportées. C’est là le véritable visage de la promotion
de l’abattage des loups.
Présenté sous le nom de « coexistence », ce concept est
largement dépourvu de règles contraignantes : il n’offre aucune garantie
applicable pour les espèces protégées et ne constitue donc guère plus qu’un
régime de tolérance laissant une grande marge de manœuvre pour l’abattage.
Tout comme les humains, les loups font partie de la
biosphère, un système de vie interconnecté qui dépend des ressources
naturelles. Cet équilibre fragile est aujourd’hui gravement compromis par
l’intensité des activités humaines, qui exercent une pression croissante sur la
nature et ses espèces.
L'absence de mise en œuvre de mesures
préventives
Un exemple flagrant est l’absence de toute obligation de
l’UE d’adopter des mesures préventives contre la prédation, alors même que l’UE
alloue déjà chaque année des millions d’euros pour soutenir de telles mesures
parallèlement à des régimes d’indemnisation pour les pertes de bétail.
Dans le même temps, des millions supplémentaires continuent
d’être versés, via la Politique agricole commune (PAC), à des intérêts
agricoles et cynégétiques spécifiques, sapant ainsi le rôle naturel du loup en
tant que biorégulateur et ingénieur de l’écosystème. Dans plusieurs pays et
régions de l’UE, les fonds disponibles de la PAC et du programme LIFE+ destinés
aux mesures préventives ne sont même pas sollicités par les agriculteurs, et
lorsqu’ils sont alloués, ils restent souvent inutilisés ou ne sont utilisés
qu’en partie.
Quelques conclusions :
... les coûts liés à la présence de grands
carnivores ne sont pas nécessairement élevés si le bétail est élevé de manière
appropriée.
Si l'on considère le nombre de moutons (environ
31 millions) présents dans les pays de l'échantillon de l'UE, ces niveaux de
prédation correspondent à la mise à mort annuelle de 0,06 % (loups), 0,004 %
(ours), 0,001 % (lynx)...
Les mesures les plus efficaces pour protéger le
bétail consistent à installer des clôtures électriques robustes sur les
pâturages déjà clôturés, à rassembler le bétail la nuit dans des enclos à
l'épreuve des carnivores et à faire appel à des bergers accompagnés de chiens
de garde dans les pâturages ouverts.
... il n'est pas possible de se fier uniquement à la lutte létale, car celle-ci n'apporte pas de solutions à long terme et n'est pas compatible avec la législation en matière de conservation.
L'expérience acquise montre qu'il est possible de réduire l'impact des prédations par les loups à des niveaux économiquement acceptables et socialement tolérables, grâce à une adaptation appropriée des systèmes d'élevage et à la mise en œuvre adéquate de mesures préventives.
La crise invisible de la mortalité
Tout aussi tabou est le fait que ni la Commission ni les
États membres n’ont jamais collecté les données les plus élémentaires :
l’ampleur réelle de la mortalité des loups à travers l’Europe. Combien de loups
meurent chaque année dans l’UE ? Personne ne le sait.
On parle probablement de dizaines de milliers d’animaux
tués par des tirs, des empoisonnements ou des collisions routières – des
événements qui restent largement non documentés et donc invisibles dans le
processus décisionnel. Ces chiffres manquants constituent un risque sérieux
pour la conservation de la faune sauvage en Europe, mais ils ne sont pas pris
en compte dans les évaluations de l’état de conservation de l’espèce ni pris en
considération par les autorités publiques avant d’autoriser de nouvelles mises
à mort.
Le même vide concerne l’absence d’une méthodologie
européenne pour la collecte de données, ce qui rend les systèmes de
surveillance nationaux difficiles à comparer et compromet toute évaluation
cohérente à l’échelle de l’UE.
Selon la science, le taux de croissance des populations de
loups n’augmente pas indéfiniment. Au contraire, lorsque l’on se rapproche de
la densité optimale, le taux de reproduction tend vers zéro. C’est le cas, par
exemple, dans les Alpes occidentales où, malgré une présence significative du
loup, le taux de croissance est très modeste (1,04). Les hypothèses avancées
par de nombreux acteurs du secteur agricole et du monde de la chasse concernant
la croissance imparable du nombre de loups sont donc infondées.
Toutes les études scientifiques et les grands rapports
européens s’accordent sur un point : la plupart des loups qui meurent en Europe
sont tués par l’homme, par la chasse, les abattages au titre de dérogations, le
braconnage, l’empoisonnement et les collisions routières.
Les abattages illégaux et l'application
insuffisante de la législation européenne
Et qu'en est-il des abattages « autorisés » pratiqués
depuis des années en Finlande, en Suède, en France, en Espagne, en Slovaquie et
dans d'autres États membres ?
Ils ont souvent eu lieu en contradiction flagrante avec le droit européen de l’environnement, sans aucune intervention effective de la Commission européenne, malgré les nombreux arrêts de la Cour de justice de l’Union européenne clarifiant le cadre juridique de protection stricte applicable dans l’UE.
La tolérance systématique de ces pratiques a contribué à
normaliser la gestion létale, érodant davantage les garanties que le droit de
l’UE est censé assurer.
La nouvelle approche de la Commission envoie un signal
inquiétant : le niveau actuel de mortalité des loups, dû au braconnage, à
l’empoisonnement, aux collisions routières et même à des pratiques de chasse
contraires au droit de l’UE – est implicitement jugé insuffisant, bien qu’il ne
fasse l’objet d’aucun suivi. L’exécutif européen semble ouvrir la voie à une
nouvelle augmentation des abattages de loups. La question demeure : dans quel
but ?
Un retour à un passé d'ignorance : la
résurgence du récit du « grand méchant loup »
Qu'est-ce qui se cache derrière l'investissement
considérable en temps et en ressources que la bureaucratie européenne dans son
ensemble a consacré à la libéralisation de l'abattage des loups ? Dans la
pratique, cela risque de faire revivre un passé d'ignorance que beaucoup
pensaient que l'Europe avait laissé derrière elle : des individus armés
parcourant les forêts, les paysages, les vallées fluviales, les zones
montagneuses, les lacs, voire les terres privées, tirant sur des animaux dont
le rôle écologique est à la fois central et indispensable.
Les données écologiques montrent que l’Europe pourrait
naturellement accueillir bien plus de 200 000 loups. Pourtant, dans les années
1970, l’espèce avait été réduite au bord de l’extinction dans la majeure partie
de l’Europe occidentale, et aujourd’hui, la population de l’UE s’élève à
environ 20 000 individus — un ordre de grandeur inférieur à son potentiel naturel.
Ce sont ces mêmes animaux pour lesquels, depuis les années
1980, l’UE a choisi d’investir des centaines de millions d’euros dans des
projets de conservation des loups et de leurs habitats, des initiatives qui ont
permis d’enrichir les habitats, de susciter un regain d’intérêt pour la faune
sauvage, de développer de nouvelles compétences, de créer des opportunités
d’emploi, d’approfondir les connaissances scientifiques, de favoriser la
coopération transnationale et de réaliser de réels progrès au sein des communautés
locales. À partir des années 1980, le loup a commencé à se remettre
progressivement de l’extinction grâce à ces investissements publics, mais
aujourd’hui, l’espèce reste menacée.
Les ONG en appellent à la science, au droit et
à la responsabilité
« Ce dont nous avons besoin de toute urgence
aujourd’hui, c’est d’un changement systémique de politique qui reflète les
attentes du public. Aucun déclassement, un quota zéro pour l’abattage des loups
et la poursuite des chasseurs illégaux doivent devenir la priorité », exigent
les ONG auprès de l’UE-27.
« Aujourd’hui, les États membres de l’UE ont encore la possibilité de rétablir la légalité, de maintenir des normes environnementales strictes et de réaffirmer leur responsabilité morale envers la nature et la science, comme le demandent leurs citoyens », poursuivent les ONG.
La science et le droit européen sont sans
équivoque
La Cour de justice de l’Union européenne a affirmé à plusieurs reprises les grands principes suivants : la directive « Habitats » est une loi écologique fondée sur la science ; un état de conservation favorable doit être assuré au niveau national avant que tout prélèvement ne soit autorisé ; les méthodes de gestion létales ne sont admissibles qu’en dernier recours. Compte tenu des données juridiques et scientifiques actuelles, un quota « zéro abattage » est désormais la seule stratégie de sortie viable pour les États membres. Le rétablissement du loup après son extinction progresse actuellement ; par conséquent, la tendance actuelle à affaiblir la protection stricte des loups inversera ces acquis et exposera l’espèce à des risques supplémentaires.
Ce que dit la science…
La proposition visant à revoir à la baisse le
statut du loup s'appuyait sur un rapport technique non évalué par des pairs,
commandé par la Commission européenne. Compte tenu des dispositifs de
surveillance actuellement en place, il n'est pas possible d'estimer de manière
fiable le nombre de loups en Europe. Les données démographiques disponibles
sont hétérogènes, approximatives, largement qualitatives et invérifiables. Les
loups n'ont pas encore atteint un statut de conservation favorable dans la
plupart des pays européens. Jusqu’à la
moitié des populations de loups européennes ne satisfont pas au critère de
taille de population effective requis pour une viabilité génétique et
démographique à long terme.
Nous avons identifié la survie des adultes
comme un facteur clé influençant la persistance des loups dans les paysages
dominés par l’homme. Les conflits liés aux attaques de loups sur le bétail, qui
peuvent entraîner une augmentation des abattages en représailles et de la
pression publique pour réduire les populations de loups, associés à d’autres
causes de mortalité anthropiques et aux impacts du développement des
infrastructures, peuvent réduire les taux de survie des loups dans une mesure
inconnue et, par conséquent, compromettre le rétablissement des loups.
Une méta-analyse de 2025..., analysant 140 études menées dans l'hémisphère nord, confirme que la persécution humaine est la principale cause de mortalité des loups. La recherche montre que les facteurs anthropiques, notamment les abattages illégaux et la chasse autorisée, sont à l'origine des pertes de population, six décès de loups sur dix en Europe étant attribués aux activités humaines.


