Par Philippe Crevel, Directeur du
Cercle de l’Épargne.
2025 : une année
charnière pour l’épargne
En 2025, les Français
ont été en mode fourmis, avec un taux d’épargne qui sera, sur l’année,
d’environ 18% du revenu disponible brut, soit trois points au-dessus du taux
d’avant la crise Covid. Cette augmentation est imputable à la composante
financière de l’épargne, qui est au plus haut depuis les années 1950 (hors
période Covid).
Trois facteurs
d’augmentation du taux d’épargne :
• Climat anxiogène
• Vieillissement démographique
• Capitalisation des gains
Ce niveau élevé
d’épargne s’explique non seulement par un climat géopolitique, économique et
social qui reste anxiogène, mais aussi par le vieillissement de la population
et les bons rendements des placements financiers. Une population âgée a une
propension plus importante à épargner et à réduire sa consommation. Ce
phénomène est constaté au sein de nombreux pays occidentaux, comme l’Allemagne
ou le Japon, ainsi qu’en Chine.
Par ailleurs, en France, les ménages ont tendance à capitaliser les gains issus de leurs placements.
Or, ces gains ont été portés par la hausse des taux de rendement, à
l’exception de ceux de l’épargne réglementée et des dépôts, et par la bonne
tenue des marchés financiers. Les Américains ont un tout autre comportement, en
consommant tout ou partie de leurs gains financiers.
Fin de cycle pour le
Livret A
Depuis 2017, le Livret
A accumulait des collectes annuelles de plus de 10 milliards d’euros. Il a
connu des collectes records en 2020, 2022 et 2023 (collectes supérieures à 20
milliards d’euros). L’épidémie de Covid et la guerre en Ukraine ont incité les
ménages à privilégier le Livret A, d’autant plus que son taux est passé de 0,5 à
3% entre le 1er février 2020 et le 1er février 2023.
L’encours du Livret A
est passé, de décembre 2019 à juin 2025 (niveau record), de 298,6 à 445,5
milliards d’euros, soit un gain de 146,9 milliards d’euros.
La préférence donnée au
Livret A a cessé en 2025, avec les deux baisses de son taux de rémunération
intervenues les 1er février et 1er août 2025. Le taux est ainsi passé, sur
l’année, de 3 à 1,7%. Il est à souligner que le rendement réel du Livret A a
été positif en 2025, en raison d’une inflation qui s’est stabilisée autour de 1%
en rythme annuel. Entre 2022 et 2024, malgré un taux de 3%, le rendement réel
était en revanche négatif.
En 2025, le Livret A
devrait enregistrer sa première décollecte annuelle depuis 2015 (-9,29
milliards d’euros). Elle devrait dépasser 2 milliards d’euros. L’année
dernière, la collecte avait été positive, à hauteur de 14,87 milliards d’euros.
En 2014 et 2015, la
décollecte s’expliquait également par la baisse du taux de rémunération et
faisait suite aux fortes collectes des années 2012 et 2013, provoquées par le
relèvement des plafonds du Livret A et du LDDS.
Léger recul pour le
Livret d’Épargne Populaire
Malgré un taux
supérieur d’un point à celui du Livret A, le Livret d’Épargne Populaire
n’échappe pas à la décollecte. Sur les dix premiers mois, celle-ci s’élève à
1,5 milliard d’euros. Ce produit, détenu par 12 millions de personnes, est
éligible sous conditions de revenus.
Il est à souligner
qu’afin de favoriser l’épargne des ménages les plus modestes, le gouvernement
n’a pas appliqué la formule du taux de rémunération. Celui-ci est soit égal à
l’inflation, soit au taux du Livret A majoré de 0,5 point, si ce dernier est plus
avantageux. De ce fait, le taux au 1er août 2025 aurait dû être de 2,2%. Or, le
gouvernement a décidé de le fixer à 2,7%.
2025 ou la revanche de
l’assurance vie
L’assurance vie est en voie de connaître l’une des meilleures années de son histoire. Avec
45 milliards d’euros sur les dix premiers mois, la collecte nette devrait, en 2025, se situer autour de
50 milliards d’euros, un résultat qui n’avait plus été
enregistré depuis 2010 (51,1 milliards d’euros).
Ce résultat est porté
par un montant élevé de cotisations (plus de 160 milliards d’euros sur les dix
premiers mois) et par des rachats modérés. Il est également la conséquence du
retour en territoire positif de la collecte des fonds euros, qui bénéficient de
la fameuse garantie en capital. La baisse de leur taux de rendement avait, ces
dernières années, conduit les ménages à se désengager du premier pilier de
l’assurance vie, qui représente plus de 72% de l’encours et, en moyenne, plus
de 60% de la collecte ces dernières années.
Le taux de rendement
des fonds euros était passé de 3,4% en 2010 à 1,28 % en 2020, en lien avec la
politique monétaire accommodante de la Banque centrale européenne, qui s’était
traduite par un fort recul des taux des obligations souveraines. Cette baisse
du rendement a érodé la compétitivité de l’assurance vie, laquelle n’a été
portée, depuis 2017, que par les unités de compte.
Le rendement des fonds
euros a réaugmenté à compter de 2022 pour atteindre 2,6% en 2024. Le rendement
pour 2025 devrait être assez voisin de celui de l’année dernière. Cette hausse,
conjuguée à la baisse des taux de rémunération de l’épargne réglementée et des
dépôts à terme, a incité les ménages à réallouer une part plus importante de
leur épargne vers l’assurance vie.
Il est à noter que
cette dernière, dans l’enquête annuelle du Cercle de l’Épargne, a repris, en
2025, sa place de numéro un parmi les placements préférés des Français.
L’encours de
l’assurance vie devrait, en 2025, dépasser 2 100 milliards d’euros.
2025 : confirmation du
succès du Plan d’Épargne Retraite confirme
Au 31 octobre 2025, le
nombre de titulaires d’un PER assurance est estimé à 7,7 millions (+16% sur un
an) et les provisions mathématiques de ces PER sont évaluées à 107,5 milliards
d’euros (+21% sur un an). En prenant en compte l’ensemble des PER (bancaires et
assurantiels), le nombre de titulaires dépasse 12 millions et l’encours atteint
130 milliards d’euros (chiffres à mars 2025).
Le PER profite des
interrogations sur l’avenir du système de retraite par répartition et du
vieillissement démographique.
Quelles perspectives
pour 2026 ?
Les taux de
rémunération
1/ Le Plan d’Épargne Logement
Le taux du plan
d’épargne logement est déjà connu. Il s’élèvera à 2% pour tous les plans
ouverts à compter du 1er janvier 2026. Il convient de souligner que ce produit
est en recul depuis 2018.
2/ Le Livret A et le LDDS
Le taux du Livret A et du LDDS, compte tenu de l’inflation constatée en 2025 et de l’évolution des taux monétaires, devrait passer de 1,7% à 1,4% au 1er février 2026.
Par voie de
conséquence, le taux du compte d’épargne logement devrait passer de 1,25% à 1%.
3/ Le Livret d’Épargne Populaire
Le taux du Livret
d’Épargne Populaire, par simple application de la formule réglementaire,
devrait être, au 1er février 2026, de 1,9%. Il est fort probable que le
gouvernement fasse un geste en ramenant le taux de 2,7% à 2,4%.
L’évolution de
l’épargne : un léger recul pour 2026
Le taux d’épargne
devrait légèrement baisser en 2026, avec une reprise modérée de la consommation
après plusieurs années de stagnation. Les ménages acquièrent une certaine
résilience face aux chocs divers et variés. En outre, un éventuel cessez-le-feu
en Ukraine, avec à la clé une baisse du coût de l’énergie, pourrait contribuer
à améliorer le moral des ménages.
La collecte du Livret A
devrait se situer dans le prolongement de l’année 2025, avec toujours un effet
de cycle, le premier semestre étant plus favorable à la collecte que le second.
L’assurance vie :
encore une année en or en 2026
Malgré quelques menaces
durant la discussion budgétaire, le régime fiscal de l’assurance vie demeure
inchangé en 2026. Elle échappe à la hausse des prélèvements sociaux de 1,4
point.
Avec des fonds euros
dont la rémunération profitera de la hausse des taux d’intérêt à long terme,
l’attractivité de l’assurance vie devrait encore s’améliorer, d’autant plus que
les rendements de l’épargne réglementée sont orientés à la baisse.
Par ailleurs,
l’assurance vie pourrait être la grande gagnante de la clôture des plans
d’épargne logement de plus de quinze ans. À partir du mois de mars 2026, les
premiers contrats ouverts en 2011, qui atteignent leur quinzième année, sont
automatiquement transformés en livrets bancaires dont la rémunération, faible,
est fixée par l’établissement bancaire. Ces fermetures automatiques conduiront
à une réallocation des fonds. Or, le PEL avait connu un nombre important
d’ouvertures entre 2011 et 2016. Selon la Banque de France, d’ici 2030, un
tiers des PEL, dont l’encours est de 93 milliards d’euros, est concerné.
Les ménages concernés ont laissé leur argent sur leur PEL non pas en vue de réaliser un projet immobilier (ils l’auraient déjà fait), mais pour des raisons financières : les PEL ouverts entre 2011 et 2016 étaient rémunérés entre 2% et 2,5% et n’étaient pas soumis à l’impôt. Les nouveaux PEL sont beaucoup moins intéressants (2% de rendement et soumis au prélèvement forfaitaire de 30%). Dans ces conditions, l’assurance vie, avec un rendement de 2,6% pour les fonds euros, devrait capter une part non négligeable des PEL arrivés à échéance. Le Plan d’Épargne Retraite pourrait également en bénéficier.


