Alexandre Dalibot, co-fondateur de la start-up
française a-gO, propose ici un changement radical de perspective.
On parle encore trop
souvent de longévité comme d’un fantasme réservé à quelques privilégiés, ou
comme d’un horizon lointain, presque irréaliste.
C’est une erreur de
perspective.
La véritable question
n’est pas de vivre plus longtemps, mais de vivre mieux plus longtemps. Et sur
ce terrain, l’intelligence artificielle n’est plus une hypothèse : elle est
déjà un levier concret de transformation de la médecine.
Vieillir n’est pas une
fatalité, c’est un processus mesurable
Pendant des décennies,
le vieillissement a été considéré comme inéluctable, imprévisible,
essentiellement subi.
Aujourd’hui, ce
paradigme s’effondre.
Grâce à l’imagerie
avancée, à l’analyse de biomarqueurs complexes, aux données génomiques et
fonctionnelles, il est désormais possible de dresser une cartographie précise
de l’état biologique d’un individu, bien avant l’apparition des symptômes.
L’IA permet de relier
ces signaux faibles, d’identifier des trajectoires de risque et d’anticiper des
ruptures de santé qui, hier encore, n’étaient détectées qu’au stade clinique.
Passer d’une médecine
de la réparation à une médecine de la prévention
Nos systèmes de santé
occidentaux restent majoritairement organisés autour de la maladie déclarée.
Or, les chiffres sont
sans appel : une part significative des pathologies chroniques,
cardiovasculaires, neurodégénératives ou oncologiques pourrait être retardée,
atténuée, voire évitée par une détection plus précoce et une intervention
ciblée. L’IA ne soigne pas à la place des médecins. Elle permet de :
• détecter plus tôt des signaux invisibles à l’œil humain ;
• prioriser les risques réels plutôt que
les intuitions ;
• personnaliser les stratégies de
prévention et de suivi ;
• réduire les années de vie passées en
mauvaise santé.
Ce n’est pas une
médecine plus technologique. C’est une médecine plus lucide.
La longévité n’est pas
une quête d’immortalité
Il faut dissiper ce
malentendu. Parler de longévité augmentée ne signifie pas chercher à vivre
indéfiniment. Il s’agit d’étendre les années de vie en bonne santé, celles où
l’on est autonome, engagé, utile, pleinement vivant. Aujourd’hui, de nombreux
individus passent une part importante de leur fin de vie sous traitement, avec
une qualité de vie dégradée, faute d’anticipation suffisante.
L’IA offre la
possibilité d’inverser cette trajectoire : non pas en promettant l’impossible,
mais en réduisant le temps de déclin.
L’IA comme
amplificateur, pas comme substitut
L’intelligence
artificielle ne décide pas à la place de l’humain. Elle n’a ni intuition
morale, ni responsabilité clinique. Mais elle excelle dans un domaine clé :
l’analyse de la complexité.
Elle aide les
professionnels de santé à :
• croiser des volumes massifs de données
hétérogènes ;
• identifier des corrélations pertinentes ;
• suivre l’évolution biologique dans le temps ;
• ajuster les stratégies avant qu’il ne soit
trop tard.
L’IA ne remplace ni
l’expertise médicale, ni la relation de soin. Elle permet de les exercer au bon
moment.
La vraie question :
voulons-nous agir avant ou après ?
Nous savons désormais
que le vieillissement biologique est modulable. Nous savons que la prévention
personnalisée est possible. Nous savons que la technologie est prête. La seule
question qui demeure est collective : voulons-nous continuer à intervenir trop
tard, ou choisir d’anticiper ?
La longévité augmentée
n’est pas un privilège futur. C’est une responsabilité présente.
Nous sommes à l’aube
d’une médecine du temps long
L’intelligence
artificielle ouvre une nouvelle ère : celle d’une santé pensée sur plusieurs
décennies, et non plus seulement en réponse à l’urgence.
Ce n’est pas la
technologie qui décidera de la durée de nos vies.
C’est la manière dont
nous déciderons de l’intégrer, avec éthique, exigence et discernement.
La longévité n’est pas
une promesse.
C’est un choix collectif.


