Du baromètre France Num publié le 28 septembre, on a surtout retenu l'adoption de l'IA par les TPE-PME. Il contient un autre chiffre, plus discret. Seules 5 % d'entre elles utilisent l'IA pour piloter leur activité à partir de leurs données, et 44 % le font encore sur un tableur.
Faut-il d'abord
reprendre la main sur ses données, ou laisser les éditeurs intégrer l'IA dans
les logiciels existants ?
Jean-François Deldon,
fondateur de Yakadata et ancien responsable de la transformation digitale et
data d'une entité de Michelin de plus de 11 000 personnes, défend la première
option.
« 40 % des TPE-PME
utilisent déjà l'IA. Le plan Osez l'IA veut encore accélérer cette
adoption. Mais je crois que nous commençons à regarder le mauvais indicateur.
Le vrai enjeu n'est plus seulement l'adoption, c'est la maîtrise. Car utiliser
ChatGPT pour rédiger un email n'est que la première étape. La véritable
transformation commencera lorsque l'IA pourra travailler avec les données de
l'entreprise : clients, devis, factures, contrats, emails, stocks ou projets.
Et là, beaucoup d'entreprises vont découvrir un problème. Leurs données sont
partout : dans leur CRM, dans leur ERP, dans leur logiciel métier, dans des
fichiers Excel, dans les boîtes mail, chez différents éditeurs. Avec parfois
peu d'interopérabilité et une maîtrise limitée de la façon dont elles peuvent
récupérer, croiser et exploiter leur propre patrimoine informationnel. Or sans
maîtrise de la donnée, difficile de dégager toute la valeur de l'IA. Et
surtout, difficile de le faire en sécurité. »
« Demain, la question
ne sera plus simplement de savoir si les salariés utilisent ChatGPT. Il faudra
savoir quelles données ils peuvent lui transmettre, quels outils IA sont
autorisés, où vont les informations, à quelles données un agent IA peut
accéder, quelles actions il peut réaliser, et surtout si l'entreprise reste
réellement maîtresse de ses données. C'est là que se rejoignent, à mon sens,
IA, cybersécurité et souveraineté numérique. »
« C'est pourquoi je reste convaincu qu'aucune TPE ne devrait affronter l'IA seule. L'accompagnement ne devrait pas seulement apprendre aux dirigeants à utiliser des outils d'IA. Il devrait les aider à reprendre le contrôle de leur patrimoine numérique : leurs données, leurs accès, leurs logiciels, leurs usages et leur sécurité. Cela suppose aussi de questionner certains systèmes trop fermés et de privilégier, lorsque c'est possible, des solutions permettant réellement la portabilité et l'interopérabilité des données. Au fond, il y a peut-être une bonne nouvelle. Les mêmes fondations qui permettent de mieux exploiter l'IA sont aussi celles qui permettent de mieux protéger l'entreprise. Maîtriser ses données, maîtriser ses accès, maîtriser ses usages. Ce n'est pas un frein à l'IA. C'est probablement la condition pour en tirer toute la valeur. »


