À VivaTech, où l’intelligence artificielle sera une nouvelle fois au cœur des
débats, les entreprises mettront en avant leurs innovations, leurs gains de
productivité et leurs ambitions technologiques.
Ces avancées sont
majeures. Mais elles laissent encore trop souvent dans l’ombre une question
centrale : que fait l’accélération permise par l’IA à la santé mentale des
organisations ?
L’intelligence
artificielle est généralement présentée comme un outil d’efficacité. Elle
promet de libérer du temps, d’automatiser les tâches répétitives, d’accélérer
l’analyse et d’améliorer la performance.
Pourtant, dans les organisations,
cette accélération ne se traduit pas mécaniquement par une réduction de la
charge de travail.
Au contraire, elle peut
parfois produire un effet plus discret : l’intensification invisible du
travail.
Les délais se raccourcissent, les volumes augmentent, les standards de
performance évoluent, les responsabilités s’élargissent.
Une nouvelle norme
implicite peut alors s’installer : « puisque c’est possible, c’est exigible ».
L’IA ne transforme pas
seulement les outils, elle transforme les attentes
L’enjeu n’est pas de
freiner l’innovation, mais de reconnaître que l’IA n’est pas uniquement une
rupture technique. C’est aussi une rupture organisationnelle. Elle modifie les
rythmes, les métiers, les critères de performance et les façons de coopérer. Lorsqu’elle
est déployée sans régulation collective, l’IA peut renforcer la pression
cognitive et créer une forme d’insécurité psychologique : peur de ne pas
maîtriser les nouveaux outils, crainte d’obsolescence des compétences, doute
sur la valeur future de son travail.
Un salarié confronté à
une technologie rapidement intégrée, mais insuffisamment accompagnée, peut se
retrouver en situation d’asymétrie. Il ne choisit pas toujours la
transformation : il la subit. Or tout ce qui est subi fragilise
l’engagement.
« La question
stratégique n’est pas : comment aller plus vite grâce à l’IA ? »
Pour Jean-Christophe
Villette, vice-président de la FIRPS, psychologue du travail et directeur
général fondateur du cabinet EKILIBRE Conseil, la compétitivité ne peut plus
être pensée uniquement à travers la vitesse d’adoption technologique
.
« L’IA est un
accélérateur. La question est : accélère-t-elle notre développement ou notre
épuisement ?
Le risque n’est pas l’IA en elle-même, mais l’absence de
régulation de l’intensité qu’elle rend possible.
Si chaque gain de productivité
devient immédiatement une nouvelle exigence, alors l’innovation technologique
peut se transformer en facteur d’épuisement. La vraie question stratégique
n’est pas : comment aller plus vite grâce à l’IA ? Elle est : comment intégrer
l’IA sans dégrader la soutenabilité du travail ? », commente
Jean-Christophe Villette, vice-président de la FIRPS, psychologue du travail et
directeur général fondateur du cabinet EKILIBRE Conseil.


