Le Groupe APICIL, en collaboration avec le Groupe JLO, publie les résultats de la 5e édition de son Observatoire des arrêts de travail.
• Le taux d’absentéisme atteint
4,68% en 2025 contre 4,41% en 2024 (+0,27 point), dépassant ainsi son niveau
historique de 2022 (4,61%). Cette hausse provient essentiellement de
l'augmentation de la part des arrêts de plus de 90 jours (+0,21 point).
• La durée moyenne des arrêts
recule à 19,45 jours (-0,40 jour), et le micro-absentéisme progresse : près
d’un arrêt de travail sur 4 (23,55%) dure désormais moins de 3 jours.
• 27,68% des salariés ont eu au
moins un arrêt de travail dans l'année (+0,70 point), avec une moyenne de 1,90
arrêt par salarié absent.
• Les temps partiels
thérapeutiques deviennent le 2e motif d'arrêt (4,57%, +32% en proportion),
devant les accidents du travail (4,41%), mais leur durée moyenne chute de 8,16
jours. La maladie reste, de loin, le premier motif d’arrêt (90,03%).
• Les arrêts de plus de 30 jours
représentent à eux seuls plus de 73% du taux d’absentéisme, 42,75% sont liés à
des troubles psychiques et 30,54% à des troubles musculosquelettiques ; les
arrêts de plus de 90 jours représentent, quant à eux, plus de 50% du taux
d’absentéisme.
• Les populations les plus
touchées par l’absentéisme restent les ouvriers (taux d’absentéisme de 6,52%
contre 2,52% pour les cadres), les seniors (5,92% contre 3,54% pour les moins
de 30 ans), les femmes (5,60% contre 3,76% pour les hommes) et les salariés en
CDI (4,97 % contre 1,99 % en CDD).
• Le secteur de la santé demeure
le plus impacté (7,22%), devant l’économie sociale (6,28%), et la filière
alimentaire et agricole (5,95%).
L’absentéisme est devenu un phénomène majeur de la vie au travail,
alimentant des débats de plus en plus vifs. Révélateur de la santé physique et
mentale des salariés, il pèse lourdement sur la performance des organisations.
Dans ce contexte, le Groupe APICIL publie la 5e édition de son Observatoire des
arrêts de travail, réalisée en collaboration avec sa filiale, le Groupe JLO,
cabinet de conseil spécialisé en RH et QVCT (Qualité de Vie et des Conditions
de Travail).
Cet Observatoire montre qu'une part importante de l'absentéisme est évitable,
et qu'agir à la source permet d'en limiter durablement les impacts, tant
humains qu’économiques. La force singulière de cette 5e édition réside dans le
croisement de trois regards — protection sociale, conseil RH et recherche en
sciences humaines et sociales — à partir des données de plus de 55 000
entreprises clientes du Groupe APICIL, représentant plus d'un million de
salariés du secteur privé.
Le micro-absentéisme poursuit sa forte progression
En 2025, le taux d'absentéisme atteint 4,68%, contre 4,41% en 2024, soit une augmentation de
0,27 point. Il dépasse ainsi son précédent pic de 2022
(4,61%). Cette hausse s’explique principalement par l'augmentation de la part
des arrêts de plus de 90 jours (+0,21 point), qui représentent désormais plus
de 50% du taux d’absentéisme.
En parallèle, plus d'un quart des salariés (27,68%, +0,70 point) ont connu au moins un arrêt au cours de l'année. Cette hausse en 2025 fait suite à celle déjà observée l’année précédente (+0,66 point).
Le nombre moyen d’arrêts par salarié absent progresse également, désormais à 1,90 arrêt, contre
1,83 en 2024.
Paradoxalement, la durée moyenne des arrêts a baissé, passant de 19,85 à
19,45 jours, ce qui représente une diminution de 0,40 jour, soit près d’une
demi-journée de travail. La durée moyenne des arrêts de travail tombe ainsi en
dessous de son niveau de 2023 (19,64 jours), mais reste supérieure à celui de
2022 (17,05 jours), année marquée par l’épidémie Omicron, celle-ci ayant
entraîné une forte augmentation du nombre d’arrêts de travail, tout en
réduisant sensiblement leur durée moyenne.
Le micro-absentéisme continue, quant à lui, d’augmenter fortement : la part des arrêts de moins de
3 jours atteint 23,55% (+1,63 point), soit
désormais près d'un arrêt sur quatre, en hausse de plus de 70% depuis 2022.
Selon Thomas Perrin, Directeur Général Adjoint Services du Groupe APICIL
: « Nos observations montrent que la tendance la
plus préoccupante concerne avant tout la fréquence des arrêts, en augmentation
continue depuis 3 ans, et qui constitue le principal moteur de la progression
de l'absentéisme. Lorsque plus d'un quart des salariés connaît désormais au
moins un arrêt chaque année, et que les arrêts de courte durée représentent
plus de 60% des épisodes d'absence, les limites de certains modèles
assurantiels apparaissent plus clairement. Plutôt que de subir des
augmentations successives de cotisations destinées à financer une fréquence
d'arrêts toujours plus élevée, certaines organisations privilégient une
réflexion sur le niveau de franchise le plus adapté à leur situation. Cette
approche permet de concentrer la couverture assurantielle sur les risques les
plus significatifs, tout en maintenant une trajectoire économique plus
soutenable. Elle apparaît ainsi comme une alternative pertinente, conciliant
maîtrise des coûts, efficacité de la protection sociale et responsabilisation des
différents acteurs face à la progression de l'absentéisme ».
Les temps partiels thérapeutiques, désormais deuxième motif d’absence
devant les accidents du travail
9 arrêts de travail sur 10 (90,03%, -0,92 point) sont dus à la maladie,
qui demeure de très loin le premier motif d'absence. Ces arrêts sont toutefois
les plus courts, avec une durée moyenne de 17,16 jours, en baisse de 0,40 jour
sur un an. Par ailleurs, plus d’un salarié sur 4 (26,21%) a bénéficié d’un
arrêt de travail pour maladie, soit une hausse de 0,64 point par rapport à
l’année précédente.
Fait marquant de l'année 2025, les temps partiels thérapeutiques
deviennent le deuxième motif d'arrêt : leur part passe de 3,46% à 4,57% en un
an, soit une hausse de plus de 32%, devant les accidents du travail (4,41%,
-0,14 point). Cette augmentation traduit un recours croissant à ce dispositif
de reprise progressive, favorisé par les évolutions introduites par la loi
Santé au travail de 2021. Leur durée moyenne chute toutefois nettement, passant
de 44,15 jours en 2024 à 35,99 jours en 2025, soit une baisse de 8,16 jours :
les temps partiels thérapeutiques sont donc plus fréquents, mais plus courts.
À l'inverse, la durée moyenne des arrêts pour accident du travail
s'allonge, passant de 41,18 jours à 43,12 jours, soit une hausse de près de 2
jours. Ils constituent désormais le deuxième motif d’arrêt le plus long. Les
maladies professionnelles restent, quant à elles, à l’origine des arrêts les
plus longs, avec une durée moyenne de 115,67 jours.
Les troubles psychiques et les troubles musculosquelettiques (TMS) sont
à l’origine de près de trois quarts des arrêts de travail de plus de 30 jours
(73,29%), selon les données de la cellule médicale du Groupe APICIL. Cette
forte concentration suggère que les actions de prévention ciblant ces deux
catégories de pathologies pourraient constituer un levier majeur pour réduire
l’absentéisme de longue durée, les arrêts de plus de 30 jours représentant en
effet près de 75% du taux d’absentéisme. Dans le détail, les troubles
psychiques représentent 42,75% des arrêts longs, en hausse de 2,92 points en un
an, tandis que les TMS comptent pour 30,54%, en baisse de 1,92 point.
L’avancée en âge, un facteur singulier de l’absentéisme
Le taux d'absentéisme croît avec l'âge : il s'établit à 5,92% chez les salariés de 60 ans et plus, contre 3,54% chez les moins de 30 ans, soit un niveau 1,67 fois plus élevé. Il a augmenté dans l’ensemble des classes d’âge, avec une hausse légèrement plus marquée chez les plus jeunes (+0,32 point pour les
30-39 ans et +0,28 point pour les moins de 30
ans).
La durée moyenne des arrêts suit la même tendance : elle atteint 32,55 jours chez les salariés de
60 ans et plus, contre
11,81 jours chez les moins de 30 ans, soit une durée 2,75 fois plus élevée.
Cette réalité s’explique principalement par la survenue plus fréquente de
pathologies graves ou chroniques avec l’avancée en âge, et confirme la
nécessité d'adapter les conditions de travail au vieillissement de la
population active. La durée moyenne des arrêts diminue dans l’ensemble des
classes d’âge, mais cette baisse est plus marquée chez les travailleurs les plus
âgés (-1,18 jour pour les 60 ans et plus ; -0,65 jour pour les 50-59 ans),
tandis qu’elle est particulièrement faible chez les 30-39 ans (-0,05 jour).
En revanche, la proportion de salariés ayant connu au moins un arrêt de
travail au cours de l’année reste similaire quel que soit l’âge : à l’exception des 60 ans et plus (19,11%), elle s’établit entre 27,31%
chez les 50-59 ans et 31,17% chez les 30-39 ans. Cette observation met en
lumière une autre réalité : les problématiques de santé au travail concernent
désormais fortement les jeunes générations. Parmi les arrêts de travail des
salariés les plus jeunes, plus de 40% sont liés à des troubles psychologiques
ou psychiques. Les politiques de prévention doivent donc, plus que jamais,
prendre en compte l’ensemble des générations et intégrer pleinement les enjeux
liés à la santé mentale au travail.
Des inégalités persistantes, amplifiées lorsque les facteurs
défavorables se cumulent
Comme les années précédentes, outre les seniors, plusieurs catégories de
salariés demeurent particulièrement exposées à l’absentéisme :
• Les ouvriers : leur taux d’absentéisme s’établit à 6,52% (stable, 6,54% en 2024),
contre 2,52% chez les cadres (+0,16 point, 2,36% en 2024), soit un niveau près
de 2,6 fois supérieur. Les employés (5,29%) et les professions intermédiaires
(4,58%) se situent entre ces deux catégories. Le taux d’absentéisme a
principalement augmenté chez les professions intermédiaires (+0,37 point) et
les employés (+0,31 point).
• Les femmes : les écarts avec les hommes restent importants et se creusent encore en 2025. Leur taux d’absentéisme atteint 5,60%, contre 3,76% chez les hommes, soit un niveau près de 1,5 fois supérieur. Elles affichent également une durée moyenne d’arrêt plus longue : 20,24 jours, contre
18,37 jours pour les hommes.
Ces durées sont en baisse respectivement de 0,37 et 0,44 jour. Les femmes sont
par ailleurs plus nombreuses à avoir connu au moins un arrêt de travail dans
l’année : 29,52%, contre 25,63% pour les hommes, en hausse respectivement de
0,81 et 0,62 point. En trois ans, cet écart s’est creusé d’un point.
• Les salariés en CDI : leur taux d’absentéisme est de 4,97% (+0,31 point, 4,66% en 2024),
contre 1,99% chez les salariés en CDD (stable, 2% en 2024), soit un niveau de
près de 2,5 fois supérieur. Cet écart important, observé de manière récurrente
d’une année sur l’autre, s’est accru en 2025. La précarité de l’emploi peut en
effet inciter certains salariés en CDD à ne pas s'arrêter, même lorsque leur
état de santé le justifierait.
• Le secteur de la santé : il est de loin le plus touché, avec un taux d’absentéisme de 7,22% et
la durée moyenne d’arrêt la plus longue, à 28,31 jours. A l'opposé, le secteur
des banques et assurances enregistre à la fois le taux d’absentéisme le plus
bas (2,80%) et la durée moyenne des arrêts la plus courte (13,92 jours).
L'analyse du cumul des facteurs de risque révèle des écarts particulièrement marqués : les ouvriers de plus de 60 ans (8,94%) affichent un taux d'absentéisme 5,69 fois supérieur à celui des cadres de moins de 30 ans (1,57%). Un cadre de plus de 60 ans (3,36%) présente même un taux d’absentéisme inférieur à celui d’un ouvrier de moins de 30 ans (4,40%), preuve que la qualité des conditions de travail pèse davantage que l'âge. Concernant l’écart du taux d’absentéisme entre les femmes et les hommes, il est le plus important chez les 30-39 ans, avec 2,50 points, puis diminue avec l'âge : 1,95 point chez les
40-49 ans et 1,24 point chez les 60 ans et plus. Ce constat peut
s’expliquer par le poids des responsabilités parentales, particulièrement
présentes aux âges où les salariés sont les plus susceptibles d’avoir de jeunes
enfants, avant de s’atténuer avec l’âge.
Réduire l'absentéisme évitable : une ambition à la portée des
organisations
Au-delà de l’analyse des données, l'Observatoire 2026 s'attache à
démontrer qu'une part importante de l'absentéisme peut être réduite
durablement. Les leviers les plus efficaces passent par l'amélioration des
conditions de travail, plutôt que par le seul contrôle des absences : la
prévention de l'usure physique et des risques psychosociaux chez les ouvriers,
l’anticipation du vieillissement chez les seniors en adaptant les exigences
physiques aux capacités de chacun tout au long de la carrière, la prise en compte
des risques différenciés chez les femmes, et un accompagnement individualisé
des arrêts longs, fondé sur un diagnostic global et assuré par un référent
dédié.
La prévention de l’absentéisme doit donc être construite sur mesure, en
partant d'un diagnostic quantitatif approfondi. Celui-ci analyse la durée, la
fréquence, la récurrence, la saisonnalité et les motifs des arrêts, en les
croisant avec différents critères : les métiers, les catégories
professionnelles, l'âge, l'ancienneté, le genre ou le type de contrat. Les
résultats obtenus doivent ensuite être éclairés par un volet qualitatif donnant
la parole aux salariés, aux managers, aux représentants du personnel et aux
acteurs de la santé au travail. Cette démarche permet d’aboutir à un plan
d'action concret, évalué dans le temps afin de l’ajuster et de faire évoluer
les pratiques par étapes. De telles transformations demandent de la constance,
de l'écoute et du courage managérial. Mais les travaux scientifiques et les
expériences de terrain montrent que des progrès importants sont possibles
lorsque les actions sont ciblées, adaptées au contexte, évaluées et conduites
dans la durée.
« D'une année sur l'autre, les caractéristiques structurelles de l'absentéisme demeurent : surexposition des femmes, vulnérabilité croissante avec l'âge, poids majeur des troubles psychiques et musculosquelettiques. Mais l’absentéisme n’est pas une fatalité. Il constitue un indicateur précieux de la santé des salariés, du fonctionnement des collectifs et de la capacité d’une organisation à concilier performance économique et performance sociale. En développant une politique de santé au travail, en faisant parler les données, en écoutant le travail réel et en agissant sur les causes plutôt que sur les seuls symptômes, les organisations peuvent réduire durablement l’absentéisme évitable, préserver la santé des salariés et, ce faisant, renforcer leur propre capacité à fonctionner et à se transformer » conclut Stéphane Roose, Directeur associé, Pôle Conseil du Groupe JLO.


