- 84 % des salariés et 83 % des dirigeants
veulent agir sur l'organisation du travail, au moins autant que sur les
personnes
- La souffrance au
travail s'arrête-t-elle à la fiche de paie ? 49 % des dirigeants préféreraient
cacher qu'ils craquent
Rapport parlementaire
du 8 juillet 2026 sur la souffrance au travail : 1 salarié sur 3 découvre son
enterrement cet été… et 59 % jugent cette décision problématique.
À force de traiter le
stress, l'anxiété ou l'épuisement comme des fragilités individuelles, ne
passe-t-on pas à côté de ce qui, dans l'organisation même du travail, abîme les
salariés… mais aussi ceux qui les dirigent ? Et surtout, la souffrance au travail
s'arrête-t-elle à la fiche de paie ? Pourquoi un salarié épuisé et un dirigeant
qui craque ne bénéficient-ils pas des mêmes protections, alors qu'ils peuvent
être confrontés aux mêmes mécanismes de surcharge, d'isolement et de pression ?
Le cabinet Santé du
Dirigeant a interrogé 2 801 salariés et 1 115 dirigeants (DRH,
représentants du personnel, indépendants et dirigeants) pour
confronter leurs perceptions du burn-out, des réponses apportées par les
entreprises et des solutions à mettre en œuvre. L'enquête révèle un décalage
saisissant entre les deux populations, mais aussi une conviction largement
partagée : prévenir durablement l'épuisement suppose de ne plus seulement aider
les individus à tenir, mais de questionner aussi la charge, l'organisation, le
management et les moyens de travail. Une problématique au cœur du nouveau livre
de Noémie Guerrin, Santé mentale au travail : il est temps de passer à
l'action !
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« Depuis des années, on demande aux personnes de mieux gérer leur stress, de devenir plus résilientes, de méditer ou d'apprendre à tenir davantage. Mais si l'organisation du travail reste pathogène, jusqu'où peut-on demander aux individus de s'adapter ? C'est toute la question : faut-il soigner les gens ou soigner le travail ? Et cette interrogation ne concerne pas seulement les salariés, car la souffrance au travail ne s'arrête pas à la fiche de paie. Un dirigeant peut lui aussi s'épuiser, s'isoler et craquer, parfois avec encore moins de possibilités de l'avouer ou de s'arrêter. Nous devons sortir d'une vision où la santé mentale serait uniquement une affaire individuelle pour agir aussi sur ce qui, dans le travail lui-même, produit de la souffrance », Noémie Guerrin, autrice et fondatrice du cabinet Santé du Dirigeant |
Burn-out : la grande
illusion française
Près de 6 salariés sur
10 (62 %) croient à tort que le burn-out est une maladie professionnelle
reconnue, un quart d'entre eux le pensant même inscrit dans un tableau
officiel. Mais c'est faux ! En France, il n'y figure nulle part et n'est
indemnisé qu'au compte-gouttes, au terme d'un véritable parcours du combattant.
Les dirigeants sont mieux informés que leurs équipes puisque 39 % savent qu'il
n'est pas reconnu, contre à peine 23 % des salariés.
|
À
votre connaissance, le burn-out est-il aujourd'hui reconnu en France comme
une maladie professionnelle, au même titre que les maladies liées à
l'amiante ou aux gestes répétitifs ? |
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|
Réponses |
Salarié·es |
Dirigeant·es |
|
Oui, c'est une maladie professionnelle reconnue, inscrite
dans un tableau officiel |
25 % |
17 % |
|
Oui, il
me semble que c'est reconnu, mais je n'en suis pas certain(e) |
37 % |
32 % |
|
Non, ce n'est pas reconnu comme maladie professionnelle |
23 % |
39 % |
|
Je ne
sais pas |
15 % |
12 % |
Les Français
plébiscitent la reconnaissance du burn-out
Le constat est clair : 87 % des salariés veulent que le burn-out soit reconnu comme maladie professionnelle. Dans le détail, près de la moitié (46 %) exigent même son inscription pure et simple dans les tableaux officiels. Côté dirigeants, l'adhésion existe mais s'accompagne d'une nette méfiance : ils sont cinq fois plus nombreux que les salariés à craindre une augmentation d'abus et de fraude (15 % contre
3 %), et
moins nombreux à réclamer une reconnaissance pleine et entière.
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Selon
vous, le burn-out lié au travail devrait-il être reconnu comme une maladie
professionnelle, ouvrant droit à une indemnisation comme les maladies liées
à l'amiante ou aux gestes répétitifs ? |
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|
Réponses |
Salarié·es |
Dirigeant·es |
|
Oui, pleinement : il devrait figurer dans les tableaux
officiels au même titre que les autres maladies professionnelles |
46 % |
27 % |
|
Oui,
mais seulement lorsque le lien avec le travail est clairement établi |
41 % |
49 % |
|
Non : cela relève de la santé personnelle, pas d'une
maladie professionnelle |
5 % |
7 % |
|
Non :
le risque d'abus ou de fraude serait trop important |
3 % |
15 % |
|
Je ne sais pas / je préfère ne pas répondre |
5 % |
2 % |
Traiter les symptômes
ou bien les causes ?
Contre l'épuisement
professionnel, un tiers des salariés (34 %) considère que leur entreprise ne fait
tout simplement rien. Un manque de réaction que ne partagent que 6 % des
dirigeants, soit près de six fois moins.
Et quand les entreprises agissent, les salariés les voient d'abord intervenir sur les individus (ateliers
bien-être, méditation, soutien psy) : 28 %, contre 17 % qui
les voient agir sur la charge, l'organisation et le management. Les dirigeants,
eux, estiment majoritairement faire les deux (39 %). On apprend aux salariés à
mieux encaisser plus souvent qu'on n'allège la pression.
|
Aujourd'hui,
quand une entreprise cherche à lutter contre l'épuisement au travail, sur
quoi agit-elle le plus souvent, selon vous ? |
||
|
Réponses |
Salarié·es |
Dirigeant·es |
|
Surtout sur les personnes : les aider à mieux tenir
(gestion du stress, soutien psychologique, ateliers bien-être, méditation…) |
28 % |
25 % |
|
Surtout
sur le travail lui-même : la charge, l'organisation, le management, les
moyens, les effectifs |
17 % |
27 % |
|
Autant sur l'un que sur l'autre |
19 % |
39 % |
|
Ni sur
l'un ni sur l'autre : elles n'agissent pas vraiment |
34 % |
6 % |
|
Je ne sais pas |
2 % |
1 % |
Réparer le travail
d’abord
Paradoxalement, contre l'épuisement, les salariés et les dirigeants désignent le même coupable :
le travail. 84 %
des salariés et 83 % des dirigeants souhaitent en effet agir sur le travail
lui-même, exclusivement ou autant que sur les individus.
Ainsi, pour près d'un
salarié sur deux (47 %), c'est la charge, l'organisation ou le management qu'il
faut réformer en priorité pour faire reculer l'épuisement, loin devant
l'accompagnement des personnes (13 %). Et pour une fois, les dirigeants sont
sur la même longueur d'onde (42%) et partagent le même diagnostic : le travail
épuise, c'est donc le travail qu'il faut réparer.
|
Et
pour faire reculer durablement l'épuisement, sur quoi faudrait-il agir en
priorité, selon vous ? |
||
|
Réponses |
Salarié·es |
Dirigeant·es |
|
D'abord sur le travail lui-même (charge, organisation,
management, moyens, effectifs) |
47 % |
42 % |
|
D'abord
sur les personnes (accompagnement, soutien psychologique, capacité à tenir) |
13 % |
16 % |
|
Les deux à parts égales |
37 % |
41 % |
|
Je ne
sais pas |
3 % |
1 % |
Un dirigeant sur deux
cacherait qu'il craque
L'épuisement est clairement un tabou que les Français préfèrent cacher. Ainsi, 68 % des salariés n'oseraient pas en parler ouvertement à leur employeur. Dans le détail, un tiers le cacherait purement et simplement, un autre tiers n'en parlerait qu'à demi-mot, sans jamais oser le mot « burn-out ».
Plus surprenant encore, les
dirigeants sont les plus bloqués de tous : près d'un sur deux (49 %) le
dissimulerait, comme si diriger interdisait d'avouer que l'on peut flancher.
|
Si
vous traversiez aujourd'hui une période d'épuisement que vous attribueriez à
votre travail, en parleriez-vous à votre employeur (ou, si vous êtes à votre
compte, à vos partenaires : associés, clients, banque) ? |
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|
Réponses |
Salarié·es |
Dirigeant·es |
|
Oui, ouvertement |
28 % |
19 % |
|
Oui,
mais à demi-mot, sans employer le mot « épuisement » ou « burn-out » |
32 % |
31 % |
|
Non, je préférerais le cacher |
36 % |
49 % |
|
Je ne
sais pas |
4 % |
1 % |
La peur de perdre sa
place ou de paraître faible
Si les salariés cachent
leur épuisement, c'est d'abord par peur d'être licenciés (45 %) et par crainte
de passer pour fragiles ou incompétents (41 %). Chez les dirigeants, le calcul
change : la survie du poste passe au second plan, mais l'image professionnelle
devient une obsession — près d'un sur deux (48 %) redoute qu'un aveu de
faiblesse fasse fuir clients, salariés ou banquiers. De part et d'autre, un
même moteur : le silence coûte moins cher que la vérité.
|
Et si
vous hésitiez ou préfériez vous taire, pourquoi ? (deux réponses maximum) |
||
|
Réponses |
Salarié·es |
Dirigeant·es |
|
Par peur pour mon emploi, mon poste ou ma carrière |
45 % |
19 % |
|
Par
peur d'être perçu(e) comme fragile ou moins compétent(e) |
41 % |
45 % |
|
Par crainte que cela laisse une trace (dossier,
réputation) |
29 % |
31 % |
|
Parce
que je pense que cela ne changerait rien |
31 % |
21 % |
|
Parce qu'il n'y a personne à qui en parler dans mon
environnement professionnel |
17 % |
23 % |
|
(Dirigeants
/ indépendants) Parce que montrer une faiblesse fragiliserait la confiance de
mes clients, salariés ou banquiers |
— |
48 % |
|
Aucune de ces raisons / je n'hésiterais pas |
5 % |
3 % |
Pour les dirigeants,
tomber malade une semaine n'est pas permis
60 % des dirigeants
déclarent être incapables de s'arrêter une semaine sans mettre leur activité en
danger : 37 % estiment que personne ne pourrait les remplacer et 23 % que leur
entreprise ou leurs revenus seraient menacés. De l'autre côté, un salarié sur
quatre pense que tout continuerait sans lui.
|
Aujourd'hui,
si vous deviez vous arrêter une semaine du jour au lendemain pour raison de
santé, cela poserait-il une difficulté à votre travail ou à votre entreprise
? |
||
|
Réponses |
Salarié·es |
Dirigeant·es |
|
Non, tout continuerait normalement sans moi |
25 % |
8 % |
|
Oui,
une gêne, mais gérable |
58 % |
31 % |
|
Oui, une difficulté sérieuse : personne ne pourrait me
remplacer |
12 % |
37 % |
|
Oui,
cela mettrait en péril mon activité, mon entreprise ou mes revenus |
2 % |
23 % |
|
Je ne sais pas |
3 % |
1 % |
Salariés et dirigeants
d'accord : le dirigeant épuisé doit être protégé
79 % des salariés et 94
% des dirigeants jugent anormale, ou plutôt anormale, qu'un chef d'entreprise
épuisé par son travail ne soit pas protégé comme un salarié. En effet, leur
effondrement est aujourd'hui rangé au rang de simple accident de la vie privée.
À l'arrivée, la thèse du « quand on est à son compte, on assume » ne convainc
quasiment personne : 6 % des salariés, 4 % des dirigeants.
|
Un
salarié dont l'épuisement est reconnu comme lié au travail peut être
indemnisé à ce titre. Ce n'est pas le cas d'un chef d'entreprise ou d'un
indépendant : son effondrement est juridiquement considéré comme un accident
de la vie privée. Qu'en pensez-vous ? |
||
|
Réponses |
Salarié·es |
Dirigeant·es |
|
C'est anormal : un indépendant ou un dirigeant épuisé par
son travail devrait être protégé comme un salarié |
56 % |
75 % |
|
C'est
plutôt anormal, mais leur situation est trop différente pour appliquer les
mêmes règles |
23 % |
19 % |
|
C'est normal : quand on est à son compte, on assume ce
risque |
6 % |
4 % |
|
Je
découvre cette différence, je ne savais pas |
13 % |
1 % |
|
Je ne sais pas / je préfère ne pas répondre |
2 % |
1 % |
Un accès à la santé au
travail encore méconnu des dirigeants
Même si patrons et salariés dénoncent à l'unisson l'absence de protection du dirigeant épuisé, une première solution existe depuis la loi du 2 août 2021 et reste inconnue de 79 % des dirigeants.
Près de 8 sur 10 ignorent qu'ils peuvent être suivis par la
médecine du travail. Et parmi les rares qui le savent, presque personne ne s'en
sert : à peine 6 % y ont effectivement recours.
|
Depuis
une loi de 2021, un travailleur indépendant ou un chef d'entreprise peut,
s'il le souhaite, bénéficier d'un suivi par un service de santé au travail
(médecine du travail). Le saviez-vous ? |
|
|
Réponses |
Dirigeant·es |
|
Oui, je le savais et j'y ai recours |
6 % |
|
Oui, je
le savais mais je n'y ai pas recours |
15 % |
|
Non, je l'ignorais complètement |
79 % |
Face au coup dur, près
d'un dirigeant sur cinq est isolé
19 % des dirigeants
avouent n'avoir personne à qui parler en cas de détresse psychologique, soit
plus du double des salariés (8 %). Quand ils cherchent un appui, c'est d'abord
la sphère privée qui est privilégiée (58 %) puis le médecin traitant
(47 %).
C'est très rarement le
monde du travail puisque seuls 12 % des dirigeants songeraient au médecin du
travail, contre 32 % des salariés.
|
En cas
de coup dur psychologique (épuisement, grande détresse), vers qui
pourriez-vous vous tourner en priorité ? (deux réponses maximum) |
||
|
Réponses |
Salarié·es |
Dirigeant·es |
|
Mon médecin traitant |
53 % |
47 % |
|
Le
médecin du travail ou un service de santé au travail |
32 % |
12 % |
|
Mon conjoint, ma famille, un proche |
49 % |
58 % |
|
Un ou
une collègue |
17 % |
11 % |
|
(dirigeants / indépendants) Mon expert-comptable ou mon
banquier |
— |
13 % |
|
Une
association ou un dispositif dédié |
7 % |
12 % |
|
Personne : je ne vois pas vers qui me tourner |
8 % |
19 % |
|
Je ne
sais pas |
1 % |
1 % |
Le rapport qui devait
tout dire, enterré à l'abri des regards
Pour les salariés (46
%) comme pour les dirigeants (49 %), un travail parlementaire ne devrait jamais
pouvoir être enterré, et c'est pourtant ce qui s'est passé le 8 juillet
dernier. En ajoutant ceux qui jugent la décision « regrettable », près de deux
tiers des répondants la trouvent problématique. Mais le plus édifiant est
ailleurs : un salarié sur trois (35 %) découvre cette affaire en répondant.
|
Le 8
juillet 2026, un rapport parlementaire issu de cinq mois de travail et de 45
auditions sur la souffrance au travail a été rejeté en bloc, ce qui empêche
sa publication. Il ne peut donc être ni lu, ni débattu publiquement. Qu'en
pensez-vous ? |
||
|
Réponses |
Salarié·es |
Dirigeant·es |
|
Ce n'est pas normal : un travail parlementaire de cette
ampleur devrait toujours pouvoir être rendu public et débattu |
46 % |
49 % |
|
C'est regrettable,
mais cela fait partie du fonctionnement des institutions |
13 % |
15 % |
|
Cela ne me choque pas |
4 % |
6 % |
|
Je ne
connaissais pas cet épisode |
35 % |
29 % |
|
Je ne sais pas / je préfère ne pas répondre |
2 % |
1 % |


