À l’occasion de la sortie de son analyse sur
le marché des data centers européens au S1 2026, Cushman & Wakefield,
leader mondial de l’immobilier d’entreprise, présente son éclairage sur l’état
et les trajectoires du marché au niveau de la France et plus largement au sein
de la région EMEA (Europe - Moyen-Orient - Afrique).
Paris : troisième
marché EMEA, porté par l’ambition souveraine française
Paris s’affirme comme
l’un des marchés les plus dynamiques d’Europe. Avec 1,95 GW de capacité
opérationnelle (c’est à dire la puissance totale des installations déjà en
fonctionnement), en construction et planifiée, la capitale française occupe
désormais la troisième place en EMEA, derrière Londres et Francfort. La
capacité opérationnelle atteint 665 MW au deuxième trimestre 2026, en hausse de
65 MW sur un an, tandis que la capacité en construction progresse de 23 % à 278
MW et que le pipeline planifié franchit le seuil de 1 GW.
Digital Realty reste le
premier opérateur avec 142 MW, devant DATA4 à 120 MW et Equinix à 107 MW, ces
trois acteurs concentrant 55 % de la capacité opérationnelle.
La dynamique francilienne est indissociable de l’agenda de souveraineté numérique porté par la France. Annoncé lors du Sommet pour l’action sur l’IA de février 2025, un campus IA ouvert de 8,5 milliards d’euros associant MGX, Bpifrance, Mistral AI et Nvidia, ainsi que quatre projets Prologis totalisant
584 MW en
Île-de-France, illustrent l’ampleur des ambitions. Le pipeline précoce inclut
par ailleurs un potentiel projet AWS en autopropriété de 200 MW à Tigery en
Essonne.
Depuis mai 2026, les data centers d’importance stratégique, notamment pour la souveraineté nationale, peuvent être qualifiés de « Projets d’Intérêt National Majeur », ouvrant la voie à des procédures d’instruction simplifiées. Pour autant, la capacité de raccordement au réseau demeure contrainte :
RTE, gestionnaire
national du transport d'électricité en France, recense près de 18 GW de
demandes de connexion nationales, très au-delà des volumes livrables à court
terme.
Selon Geoffrey Swartz
Oriou, Directeur Data Center chez Cushman & Wakefield France : « Paris connaît une
transformation structurelle de son marché de data centers, portée par la
convergence de la demande hyperscale, de l’essor de l’IA et d’une politique
publique activement favorable à la souveraineté numérique. Ce mouvement
repositionne la France comme un acteur central de l’infrastructure digitale
européenne, aux côtés de Londres et de Francfort. »
12,1 GW opérationnels
en EMEA : une croissance de 36 % en deux ans, mais une livraison sous
contrainte
La capacité
opérationnelle des data centers en EMEA a quant à elle dépassé 12,1 GW au
premier semestre 2026, soit une progression de plus de 36 % par rapport aux 8,9
GW recensés au deuxième trimestre 2024.
Le pipeline engagé (3,8
GW en construction et 14,5 GW en phase de planification) s’établit à 18,3 GW,
en hausse de plus de 34 % sur un an. Si ces volumes témoignent d’une demande
structurellement soutenue par le cloud et l’intelligence artificielle, cette
progression doit toutefois être nuancée : la capacité à sécuriser de l’énergie,
à obtenir les permis nécessaires et à livrer dans des délais commercialement
viables s’impose désormais comme le principal filtre de développement.
Les marchés FLAPD (qui
comprennent Francfort, Londres, Amsterdam, Paris et Dublin) concentrent encore
43 % de la capacité opérationnelle du continent, avec
5,2 GW en service et 1,17 GW en construction. La part du pipeline futur s’érode en tombant à 32 % au
S1 2026 contre 39 % six mois plus tôt.
Londres demeure le premier marché européen avec 1,38 GW opérationnels et un pipeline d’environ
1,77 GW. À l’inverse, Amsterdam voit son pipeline planifié reculer de 20 % sous l’effet de restrictions réglementaires, tandis que Dublin reste fortement contraint par les nouvelles exigences de connexion imposées par la Commission de régulation des services publics irlandaise.


