Par Julien Derville, fondateur d’Ekip, fintech de la FoodTech.
Nous débattons depuis
des mois du titre-restaurant. Pourtant, nous passons peut-être à côté de sa
plus grande opportunité.
Aujourd’hui, avec nos
tickets restaurant, on est tous bloqués à 25 euros par jour.
Dans le débat public
actuel, la discussion s’est cristallisée autour d’un duel stérile opposant les
restaurateurs à la grande distribution. Pourtant, le véritable enjeu est
ailleurs : même si vous voulez mieux consommer, ce plafond reste le même.
Or, on sait que mieux
consommer coûte souvent plus cher : les produits bio, par exemple,
affichent en moyenne des prix de 20 à 30 % supérieurs selon l’Insee.
Et si on changeait ça ?
Imaginons un système
plus juste, basé non pas sur la contrainte, mais sur l’incitation. Grâce à la
dématérialisation totale prévue pour 2027, il devient enfin possible de moduler
les règles d’utilisation des titres-restaurant selon les achats réalisés.
Concrètement, à titre d’exemple,
le plafond quotidien pourrait rester fixé à 25 euros pour les achats
classiques, mais être porté à 40 euros lorsque l’on choisit :
- du bio
- de l’anti-gaspi
- des produits Green
Score A
- des restos
éco-labellisés Écotable
Cette idée rendrait le
mieux-manger enfin accessible à tous, sans distinction.
Ce n’est d’ailleurs pas qu’une intuition. Cette idée s’appuie d’ailleurs sur un constat déjà démontré.
Une expérimentation menée par l’ADEME et beta.gouv a montré qu’une incitation
financière ciblée pouvait doubler la consommation de produits plus vertueux,
sans augmenter le budget alimentaire des participants.
Le mécanisme proposé
ici est différent. Mais le principe reste le même : lorsque les
comportements les plus vertueux sont encouragés par une incitation économique,
les citoyens changent rapidement leurs habitudes de consommation.
Et si, en améliorant
notre alimentation, nous réduisions aussi les dépenses publiques ?
Car oui, les bénéfices
ne s'arrêteraient pas au pouvoir d'achat des salariés. Une alimentation plus
durable, c'est aussi moins de pesticides dans l'eau, davantage de biodiversité
préservée, moins d'émissions de gaz à effet de serre et, à long terme, une
meilleure santé publique. Autant de coûts évités pour la collectivité.
En orientant
positivement la consommation, nous transformons un avantage social passif en un
outil de prévention budgétaire majeur.
Alors pourquoi
continuer à appliquer les mêmes règles à tous les achats, alors que la
technologie permet désormais de mieux encourager les plus vertueux ?
Le gouvernement prépare
justement une réforme du titre-restaurant. La technologie transactionnelle est
prête, robuste et sécurisée. Qu'il s'agisse des acteurs historiques comme
Edenred et Pluxee ou des fintechs de nouvelle génération comme Swile et Ekip,
les infrastructures de paiement sont déjà capables d'appliquer ces règles
automatiquement au moment du paiement.
Il ne manque plus qu'une
volonté politique.
Et si ensemble, on faisait suffisamment de bruit pour que le nouveau gouvernement s’empare de cette idée ? Voulons-nous laisser le titre-restaurant devenir un simple chèque alimentaire déconnecté des enjeux de notre siècle, ou préférons-nous en faire le premier accélérateur de la transition alimentaire au quotidien ?tr


