Par Fabrice Rossary, Directeur de
l'activité de dette privée chez Sienna.
Le durcissement des
conditions de crédit touche particulièrement les petites entreprises alors même
que le sujet du refinancement des PGE (Prêt Garanti par l’Etat) va prendre de
l’ampleur. Pour atténuer les effets négatifs de cet environnement contraint,
des dispositifs peu coûteux pourraient être mis en œuvre.
Le contexte n’est guère
favorable aux petites entreprises en quête de financement. La fragmentation de
l’économie mondiale, l’endettement des Etats et les tensions géopolitiques
autour des zones de production de matières premières sont autant de facteurs
nourrissant un nouveau régime de croissance plus faible et d’inflation
persistante en Europe. Ce phénomène contraint la Banque centrale européenne
(BCE) à conserver ses taux à un niveau jugulant les pressions inflationnistes
au détriment de la relance de la croissance. Ce nouveau resserrement des
conditions d’octroi de crédit frappe particulièrement les petites entreprises
en créant une certaine tension sur leur trésorerie et un report des
investissements dans un contexte de plus grande incertitude.
En France la fragilité
de l’écosystème des petites entreprises est toujours de mise avec un nombre
élevé de faillites. Une enquête de la Banque de France, parue en avril dernier,
indiquait que leur nombre s’établissait à 69 392, un nouveau record avec une
accélération au premier trimestre. Et les perspectives ne sont pas bonnes. En
effet, le début de la période d’échéance des PGE (Prêt garanti par l’Etat)
attribués pendant la crise sanitaire va commencer cet été. 680 000 entreprises
en ont bénéficié pour plus de 144 milliards d’euros, dont 69 milliards sont
encore à rembourser. La possibilité offerte par le gouvernement de rééchelonner
ces dettes de deux à quatre ans devrait atténuer le phénomène de « mur de
remboursement » mais pour de nombreuses structures, cela restera insuffisant.
Pour l’instant le taux d’appel à garantie est resté contenu à 4% mais pour
combien de temps ?
En outre, 25% des
faillites constatées s’expliquent toujours par des retards de paiement. Deux
propositions de loi visant à durcir les sanctions contre les mauvais payeurs
sont actuellement en discussion. L’ironie étant que l’Etat lui-même n’est pas
un très bon payeur. En effet, environ un
tiers des retards de paiement proviennent de collectivités territoriales ou
d’organismes publics.
Mobiliser plus en amont
les créances du Crédit d’impôt recherche (CIR)
Pour y remédier, l’Etat
a annoncé vouloir porter un fonds public d’affacturage qui devrait voir le jour
en 2028 et assurerait, sous un mois, le paiement des factures en lieu et place
d’une entité publique pour les PME dont 30% du chiffre d’affaires y serait lié.
Le fonds se substituerait alors à l’entreprise pour recouvrer la créance.
Parmi les autres
solutions permettant de financer directement l’économie réelle, la mobilisation
des créances de Crédit d’impôt recherche (CIR) constitue une illustration
particulièrement intéressante. Pour certaines entreprises, le CIR représente un
outil de financement structurant : jusqu’à 30 % des dépenses éligibles de
R&D peuvent être remboursées par l’État. L’anticipation de cette créance,
par un acteur privé, permet d’accélérer les cycles d’investissement, de
soutenir l’innovation et d’améliorer la situation de trésorerie des entreprises
concernées. Certains fonds d’investissement proposent ce type de mécanisme.
Au-delà de son utilité économique, cette approche présente la particularité de s’appuyer sur un risque
« État français », tout en offrant une rémunération attractive au regard du
risque sous-jacent qui peut atteindre 5 % net (Euribor 6 mois + prime de 2,5
%). Ce rendement est comparable à celui des obligations high yield pourtant
notées BB/B et dont le taux de défaut annuel devrait s’approcher de 4%. Cette
prime importante au regard du risque est due aux barrières à l’entrée de ce
type de financements. En effet, ils requièrent une organisation spécifique et
une forte technicité sans commune mesure avec la simplicité d’investir dans des
obligations high yield.
Dans le contexte actuel, où l’incertitude laisse présager une hausse des taux de défaut des entreprises, ces types de financements, décorrélés du cycle économique, devraient tirer leur épingle du jeu. Ils permettent aux investisseurs de construire une position d’attente tout en conservant un rendement compétitif.


