D’après une étude Natixis IM, les conseillers financiers maintiennent leurs ambitions de croissance. Et ce, malgré l’essor de l’IA et des néo-courtiers.
A travers l’enquête de CoreData conduite en mars, avril et mai dernier auprès de 2.950 conseillers financiers dans 23 pays, Natixis Investment Managers a cherché à mieux comprendre le quotidien, les attentes et les défis des CGP. « 43 des conseillers, en France comme dans le monde, considèrent les outils d’investissement autonomes pilotés par l’IA comme leur principale menace concurrentielle à horizon cinq ans, est-il fait observer dans un communiqué. Les conseillers continuent, néanmoins, d’afficher des ambitions de croissance élevées, avec une progression attendue des actifs sous gestion sur 12 mois de 11,9 % (11,6 % en France). La concurrence des néo-courtiers inquiète particulièrement en France : 72 % des professionnels jugent leur modèle directement menacé (contre 56 % au niveau mondial). »
Un avantage concurrentiel
Autres enseignements à tirer de cette enquête réalisée pour le compte de Natixis IM : « Les biais comportementaux demeurent un défi majeur : 58 % des conseillers dans le monde citent des décisions prises sous l’effet d’événements comme l’erreur la plus fréquente des investisseurs. En France, ce sont les attentes de rendement irréalistes qui arrivent en tête (52 %), devant les réactions émotionnelles et l’actualité. » Malgré le conflit au Moyen-Orient et un choc énergétique mondial (même si l’accord de paix signé à Versailles le 17 juin a pu commencer à faire évoluer la situation), les réalignements géopolitiques ou l’incertitude persistante sur les taux d’intérêt, les professionnels du conseil financier maintiennent des perspectives de croissance « soutenues ».
Ils projettent une augmentation annuelle moyenne de leurs encours sur trois ans de 12,8 % (13,1 % en France). Pour atteindre cet objectif, plusieurs challenges devront être relevés : accélération de l’innovation technologique, intensification de la concurrence, conséquences des évolutions démographiques… L’IA est perçue comme la disruption la plus significative, que ce soit pour les portefeuilles ou pour les cabinets. Il convient surtout de retenir que trois conseillers sur quatre estiment que leur dynamique de croissance a encore de l’avenir.
« Sur le plan opérationnel, est-il également précisé dans le communiqué, l’adoption de l’IA progresse. En France 76 % des professionnels déclarent l’utiliser. 80 % sont convaincus qu’elle donnera un avantage concurrentiel à ceux qui s’en emparent. L’objectif principal est de gagner du temps. 73 % des conseillers français indiquent qu’elle leur permet de se consacrer davantage à leurs clients. L’intégration reste toutefois difficile : 70 % des conseillers reconnaissent qu’elle s’avère plus complexe qu’ils ne l’avaient anticipé. »
Un besoin de conseil
Parmi les autres conclusions du sondage figure l’importance de la qualité de la relation. Les investisseurs continuent, dans une proportion de 71 %, d’accorder davantage leur confiance aux conseillers qu’aux algorithmes. Cette confiance atteint même 91 % lorsque la relation de conseil est déjà établie. Le transfert « intergénérationnel » est, quant à lui, considéré comme un enjeu « existentiel » par 64 % des conseillers. La France compte déjà 42 % de clients de moins de 45 ans, mais doit s’adapter à leurs besoins « spécifiques ». A noter aussi que l’intégration des actifs privés suscite un intérêt chez 58 % des Millennials dans l’Hexagone. Si elles ont les mêmes attentes que celles qui les ont précédés, les jeunes générations souhaitent cependant bénéficier d’un conseil « différent » : plus de simplicité, plus de transparence, plus d’innovation…
« L’émergence de nouveaux acteurs et la démocratisation de l’intelligence artificielle, fait remarquer Romain de Beco, directeur distribution et assurance pour le marché français chez Natixis IM, ne remettent pas en cause le besoin de conseil. Elles transforment les attentes, dans un contexte d’interrogations croissantes sur le financement de la retraite et la recherche de performance à long terme. Les professionnels capables de conjuguer expertise, proximité et innovation disposeront d’un avantage décisif dans les années à venir et pourront ainsi profiter de l’IA, plutôt que de la subir. »
Michel Lemosof


