Après plusieurs années de forte dynamique post-Covid, le secteur du conseil et des études entre dans une nouvelle étape de son développement.
Ralentissement économique, besoin des entreprises d’être accompagnées,
déploiement de l’intelligence artificielle : l’étude Syntec Conseil 2025/2026
révèle un secteur en mutation, qui redéfinit progressivement son rôle, ses
modèles et ses missions.
Un marché qui se
consolide tout en maintenant un fort besoin de transformation
Après plusieurs années
de croissance soutenue, l’année 2025 s’inscrit dans une phase de consolidation
pour les activités de conseil et d’études. Dans un environnement marqué par les
tensions géopolitiques, les contraintes budgétaires et une croissance économique
modérée, les entreprises ajustent leurs investissements. Ainsi, le secteur
enregistre une contraction globale de son activité de 2% (hors inflation),
tandis que les effectifs diminuent de 2,6%. À juin 2026, le marché dans son
ensemble est attendu en hausse de 1%. Parallèlement, le PIB français devrait
progresser faiblement au global pour 2026 (+0,9 % selon l’OCDE et la Banque de
France).
Tous les métiers ne
sont toutefois pas concernés de la même manière. Le conseil en recrutement
apparaît comme le segment le plus fragilisé, avec une chute de 15% de
l’activité en 2025 et des perspectives encore négatives pour 2026. Les métiers
des études reculent de 1%, tandis que le conseil en stratégie et management
limite la baisse à 1,5% et anticipe un léger rebond à +2% pour le premier
semestre 2026.
Les dynamiques
sectorielles demeurent contrastées. Les secteurs de la défense, de
l’aéronautique, les services financiers résistent, tandis que d’autres marchés
connaissent un ralentissement comme le luxe, la distribution ou l’automobile.
Pour autant, les
acteurs interrogés ne parlent pas d’un effondrement structurel du marché. Les
besoins de transformation restent très présents, mais les clients privilégient
désormais des projets plus opérationnels, plus rapidement activables et plus
directement reliés à des enjeux business immédiats.
La mesure de l’impact
s’installe progressivement dans le secteur
Autre enseignement
majeur de l’étude : l’importance croissante accordée à la démonstration de
l’impact réel des missions.
Cette évolution reste
toutefois encore largement en construction. En 2025, les missions faisant
l’objet d’une évaluation de l’impact ne représentent que 23 % du chiffre
d’affaires des cabinets en moyenne (et 25% pour 2026).
Cette mesure repose
encore souvent sur des approches qualitatives comme le NPS ou la satisfaction
clients. La fidélité des clients, le renouvellement des missions ou encore la
recommandation restent des indicateurs couramment utilisés pour évaluer la valeur
créée par les cabinets. Parmi les impacts mesurés, il y a d’abord les impacts
économiques, ensuite sociaux et enfin environnementaux.
Cette montée en
puissance de la logique d’impact transforme progressivement la relation entre
les cabinets et leurs clients. Les entreprises attendent moins des livrables
standardisés que des transformations réellement activables et durables. La
relation tend ainsi à devenir plus continue, plus partenariale et moins
transactionnelle.
L’étude met également
en évidence une réflexion croissante autour des modèles de rémunération liés
aux résultats. Même si ces pratiques restent encore minoritaires - seules 14%
des sociétés de conseil et d’études proposent aujourd’hui une rémunération conditionnelle
liée à l’impact - elles traduisent la volonté de réinventer, sur certains
aspects, du modèle historique du conseil, jusque-là plutôt orienté « moyens ».
L’IA accélère une
redéfinition profonde de la valeur du conseil
L’étude montre que l’IA
n’est plus perçue comme un simple outil de productivité mais comme une force de
recomposition systémique du secteur. Recherche documentaire, benchmark,
synthèse, reporting ou préparation de livrables : de nombreuses tâches historiquement
réalisées par les consultants sont désormais automatisées ou fortement
accélérées.
Les cabinets évoquent
des gains de productivité parfois significatifs sur certaines activités de
production documentaire. Toutefois, ceux-ci restent fortement conditionnés aux
investissements technologiques réalisés, aux dispositifs de formation mis en place
et au niveau d’appropriation des outils par les équipes.
Ces gains de
productivité observés offrent aux sociétés de conseil et d’études l’opportunité
de concentrer davantage leurs ressources sur les activités à plus forte valeur
ajoutée. Ainsi, les cabinets renforcent leur valeur sur des dimensions plus
difficiles à automatiser : expertise sectorielle, interprétation stratégique,
accompagnement humain, gouvernance ou contextualisation des décisions.
Le secteur s’engage
pleinement dans cette transformation. En 2026, 68% des acteurs du conseil et
des études déclarent faire du digital et de la data une priorité stratégique,
contre 63% l’année précédente. Parallèlement, 66% des sociétés ont mis en place
un plan de développement dédié et 46% mesurent désormais la part du digital et
de la data dans leur chiffre d’affaires.
L’étude met également en évidence l’évolution des collaborateurs de « consultant assisté » utilisant l’IA comme assistant quotidien de production, d’analyse et de structuration à « consultant augmenté » dont la manière de travailler se transforme, l’IA lui permettant de se concentrer davantage sur les dimensions stratégiques, relationnelles ou créatives.

La RSE recule comme
marché, mais devient une exigence implicite du business
L’étude met en évidence
un paradoxe fort autour de la RSE. D’un côté, les missions explicitement liées
à ce sujet ralentissent nettement dans un contexte de tensions budgétaires et
de recentrage des entreprises sur des enjeux jugés plus immédiats. Les offres
RSE représentent désormais 7,7 % du chiffre d’affaires des cabinets en 2025,
contre 9 % en 2024, et devraient atteindre 7,5 % en 2026.
Plusieurs acteurs
évoquent un « backlash RSE », marqué par le recul de certains projets ESG, une
réduction des équipes dédiées chez les clients et une moindre priorité accordée
aux sujets environnementaux.
Mais dans le même
temps, les exigences RSE continuent de s’intégrer profondément dans les
pratiques des cabinets et les attentes des clients. Aujourd’hui, 85% des
sociétés de conseil et d’études déclarent avoir mis en place des actions pour
limiter l’empreinte de leurs missions, tandis que 69% des répondants indiquent
avoir développé une démarche RSE structurée ou être en cours de formalisation.
Les labels,
certifications et dispositifs de reporting deviennent progressivement des
standards incontournables pour accéder à certains marchés et répondre aux
appels d’offres. Ainsi, 47 % des sociétés ont déjà mis en place des labels ou
certifications RSE.
La RSE cesse ainsi
progressivement d’être un marché autonome pour devenir une condition implicite
de crédibilité et d’accès au business. L’étude souligne également une nouvelle
ligne de tension entre intelligence artificielle et responsabilité environnementale
(consommation énergétique des infrastructures IA, empreinte carbone des modèles
génératifs, impacts sociétaux de l’automatisation), ouvrant ainsi de nouveaux
champs d’expertise pour les acteurs du conseil.

Une nouvelle équation
pour le conseil
L’étude Syntec Conseil
2025/2026 montre ainsi que le secteur entre dans une nouvelle phase de son
histoire. Le besoin de conseil ne disparaît pas, mais ce qui fait désormais sa
valeur change progressivement.À mesure que l’IA démocratise l’accès à certaines
capacités analytiques, les cabinets sont davantage attendus sur leur capacité à
sécuriser les transformations, à contextualiser les décisions stratégiques et à
construire une relation partenariale durable avec leurs clients.
« Le conseil entre dans une nouvelle phase de maturité. L’intelligence artificielle, la mesure de l’impact et les nouvelles attentes des entreprises ne réduisent pas le besoin de conseil : elles en renforcent l’exigence et la valeur. Les cabinets qui sauront conjuguer expertise humaine, maîtrise technologique et capacité à accompagner les transformations disposeront d’opportunités considérables pour contribuer à la compétitivité et à la transformation des organisations », conclut David Mahé, Président de Syntec Conseil.


