Le rapport GEM France 2025/2026, déclinaison nationale de l'étude internationale Global Entrepreneurship Monitor menée dans plus de 50 pays, analyse chaque année les dynamiques entrepreneuriales françaises.
Réalisée auprès de 3 839 Français âgés de 18 à 64 ans, cette nouvelle édition met en lumière un paradoxe : alors que la France bat un record historique avec plus de 1,16 million de créations d'entreprises en 2025, l'entrepreneuriat qui progresse aujourd'hui est souvent bien éloigné du modèle de la start-up en hypercroissance. Derrière les records se dessine un entrepreneuriat de proximité, porté par des femmes, des seniors et des créateurs qui entreprennent autant pour construire leur activité que pour sécuriser leur avenir professionnel
Le rapport GEM France
2025/2026 dresse le portrait d’un entrepreneuriat du quoditien territorial et
souvent éloigné de l’image de la start-up en hypercroissance
En 2025, la France
enregistre 1 165 800 créations d’entreprises, un record absolu en hausse de 5 %
par rapport à 2024. Derrière ce chiffre historique, l’enquête annuelle du
Global Entrepreneurship Monitor France, conduite auprès d’un échantillon
représentatif de 3 839 Français âgés de 18 à 64 ans, révèle une réalité plus
nuancée : l’entrepreneuriat français progresse fortement, mais il ne se réduit
pas au modèle de la start-up technologique. Il est aussi porté par des
créateurs du quotidien ancrés dans les territoires, souvent engagés dans la
construction de leur propre emploi.
Un bond de 33 % de
l’activité entrepreneuriale en un an
Le taux d’activité
entrepreneuriale émergente, indicateur central du GEM, mesure la part de la
population adulte engagée dans la création d’une entreprise ou dans le
développement d’une jeune activité. Il atteint 11,6 % en 2025, contre 8,7 % en
2024. Cette progression de 33 % en un an constitue la plus forte hausse
annuelle observée depuis que la France participe au consortium GEM en 1999.
L’augmentation concerne les hommes, dont le taux passe de 10,0 % à 13,2 %,
comme les femmes, dont le taux progresse de
7,4 % à 10,0 %. La France reste
néanmoins en retrait par rapport à la moyenne des pays du G7, située à 17,1 %,
ce qui montre que le dynamisme entrepreneurial français a encore une marge de
progression substantielle.
Entreprendre pour
gagner sa vie : quand la nécessité prime sur l’opportunité
En 2025, 48,9 % des
entrepreneurs émergents déclarent créer leur entreprise pour gagner leur vie,
faute d’emplois disponibles. Cette motivation de nécessité redevient la
première motivation déclarée, devant la recherche d’enrichissement, citée par
42,4 % des entrepreneurs émergents. Ce résultat intervient dans un contexte
économique marqué par un niveau élevé de défaillances d’entreprises, avec
69
957 défaillances recensées en 2025. Ces deux records simultanés, créations et
défaillances, révèlent un marché qui se renouvelle vite et sous pression : pour
une part croissante des créateurs, entreprendre est une réponse pragmatique à
une situation professionnelle fragile, davantage qu’un pari sur une opportunité
de marché. La France reste toutefois en dessous de la moyenne du G7 sur cet
indicateur, établie à 62,2 %, ce qui nuance l’idée d’un basculement massif vers
un entrepreneuriat contraint.
La France se classe 2e
au sein du G7 pour son contexte entrepreneurial
Sur l’index NECI, qui
évalue la qualité du contexte entrepreneurial national à partir des avis
d’experts, la France obtient un score de 5,01 sur 10 en 2025. Elle progresse de
la 22e à la 11e place mondiale parmi les économies comparées. Au sein du G7, elle
se classe au 2e rang, derrière le Canada, mais devant le Japon et les
États-Unis. Ce bond dans les classements internationaux suggère une
amélioration de la perception du contexte entrepreneurial français, notamment
en matière d’accompagnement, de politiques publiques et de financement
accessible aux porteurs de projets. Des fragilités persistent cependant, en
particulier sur la lourdeur administrative, la culture entrepreneuriale dans
l’enseignement primaire et secondaire et les normes sociales associées à la
prise de risque.
Femmes et seniors
redessinent le profil de l’entrepreneur français
L’enquête GEM France 2025/2026 confirme une transformation progressive du
profil des entrepreneurs. Les femmes enregistrent une forte progression, avec
un taux d’activité entrepreneuriale émergente de 10,0 % en 2025, contre 7,4 %
en 2024. L’écart avec les hommes se réduit, même s’il demeure significatif. Les
seniors connaissent également une dynamique remarquable : chez les 55-64 ans,
le taux passe de 4,4 % à 7,2 % en un an. Entreprendre après 55 ans n’est plus
un phénomène marginal. Ces évolutions posent une question concrète aux acteurs
de l’accompagnement : les dispositifs existants sont-ils calibrés pour des
trajectoires entrepreneuriales qui ne ressemblent plus à celles d’il y a dix
ans ?
« Ce que le GEM mesure, ce n’est pas l’entrepreneuriat des magazines. C’est celui d’une boulangère qui ouvre son deuxième établissement, d’un cadre de 58 ans qui se met à son compte après un licenciement, d’une jeune femme qui lance son activité depuis son territoire. En 2025, ces Français-là sont plus nombreux que jamais, et ils méritent d’être mieux compris. » Karim Messeghem, Professeur à l’Université de Montpellier, co-responsable scientifique GEM France, Directeur de l’Entrepreneurial Ecosystem Lab.
« La France qui monte au 2e rang du G7 pour la qualité de son contexte entrepreneurial, c’est une bonne nouvelle. Mais le signal fort de cette édition, c’est la montée d’un entrepreneuriat plus contraint. Comprendre cette réalité est essentiel pour mieux accompagner celles et ceux qui se lancent. » Frank Lasch, Professeur à MBS School of Business, co-responsable scientifique GEM France.


